‹ Les sources inédites de l'histoire du Maroc de 1530 à 1845Chapitre 118 sur 362 · Moulay-ZidAn, d'après Ei.-Olikàni milieu · texte numérisé non relu

Moulay-ZidAn, d'après Ei.-Olikàni milieu

(pp. 4o3 et 4o4), mourut à Merrakccli, 6. Ses (/eux/rcres cadcis: les deux chérifs

le 20 septembre 1627 (g Safar 1087). Il Moulay el-Oualid et Moulay Mohammed

devait avoir environ cinquante ans. <cb-Cheikh cl-Aserjher. Cf. El-Oufràni,

If. On lit en marge: Psal. 5^. a^. p. /|o5.

i58 iGaô-iGag

remar(|uerent qu il avoit une sorte d'inclination pour Louys le Juste, nostre deffunct monarque'. & ensuitte pour les François : les principaux de sa Cour l'étoient. On eut sujet de croire que ce cliani^emcnt donneroit fjuelqne nouveau jour au traité de paix, en ce qu'on pouvoit ouvertement traiter avec Sa Majesté; car lalcaide Amar, qui gouvernoit tout, n'eût jamais permis que M. le Commandeur reçeùt le moindre déplaisir. Et puis le lloy, du vivant même de son père, avoit témoigné son sentiment là dessus, n'aprouvant point qu'on negociasl cette afaire que dans les ports de ses Etats; d'oîi ses bons Pères prirent sujet décrire au Père Joseph pour avancer ce traité. 6î se promettoient que, dans la Cour du roy de Maroque, il ne tireroit en longueur, le Roy étant fort expeditif.

Les lettres qu'ils écrivirent pour ce sujet finissentavec des paroles qui témoignent bien que ce n'étoit pas leur interest particulier qui les rcndoit empressés à la solicitation de cette afaire, mais seulement l'état présent qu'ils éloient obligés de repiesenter. atin de donner par leurs avis la lumière nécessaire en la cour de France, outre que l'obéissance les y obligeoit, le R. P. Joseph leur ayant plusieurs fois commandé d'estre soigneux à luy donner continuellement des avis sur ce sujet; de plus encor le besoin de plusieurs qu'ils reconnoissoient sur le bord du précipice, & les retenoient avec peine. L'inclination que le Prince avoit pour les François leur étoit un nouveau sujet de creindre qu'il n'en prit à son service, ce qui ne fût arrivé sans renoncer leur créance.

Le nouveau roy continuoil à témoigner l'inclination qu'il avoit pour les François: ces bons Pères furent avertis qu'il en vouloit deux cens. Si cela fût arivé, il ne falloit plus penser au rachapt, car la pluspart des esclaves étoienl à demi desespei'és par l'excès de leurs misères. Un mal abat d'avantage par la longueur de sa durée que par sa violence; quand aussi tous les deux se rencontrent, ils font d'étranges ravages. Il y en avoit même qui s'y exposoient volontairement, ce qui alligcoit plus ces fervensrehgieux

I. La relation du P. l'rançois d'Angers Louis XIII puisque le premier imprimatur dut être écrite au moment de la mort de est date du 20 juin i643.

IIISTOIUK nii L.V MISSION DES 1>1>. CAPUCINS VU MAROC lOf)

(|iie toutes les disettes, ik ne pouvoient comprendre comme il étoit possible de nen voir pas un ([ui eût assés de cœur pour soufrir un souflet pour l'amour de Jesus-Christ. Ces bons Pères ne furent pas privés des preuves de la bienveillance royale; Sa Majesté s'avisa un jour de leur envoyer l'aire compliment de sa part, ce qu'à peine on eût creu rencontrer dans un pays si barbare : « qu'ils prissent courage Â: patience, qu'il ne les abandonneroit ».

Mais comme il avoit des aiaires plus importantes & pressées, il les oublia, aussi bien que ce projet premier, car ses deux frères puisnés s'oposoient avec des forces considérables à son établissement' ; toutesfois il les mit en déroute avec une médiocre armée. Alors il navoit point de pensée plus présente que pour s'afermir sur son trône À: régner avec douceur iSc de la gloire, ce qu il ne pouvoit faire sans peine, étant fort haï. La famine & la peste, qui augmentoient. ne favorisoient pouit son dessein ; le peuple étoit sur le poinct de se révolter, faute de bled, dont la charge valoit jusques à vingt écus. & alloit monter jusques à quarante. & l'orge, douze; & si on n en Ireuvoit pas. Ses frères atendoient cette ocasion pour se déclarer ouvertement, ik les santons'" se fussent mis de la partie, ce qui eût achevé de tout perdre.

A la vérité, si les afaires de France eussent permis qu'on eût alors envoyé monsieur le Commandeur, car on n'en demandoit d'autre, à cause de la haute estime qu'il avoit acquis en ce pays-là, sans doute on eût fait tout ce qu'on pouvoit désirer avec un présent médiocre. Le Roy avoit même dit à un de ses favoris qu'il voudroit que le chevalier de Razilly fût retourné & qu'il luy en eût coûté dix mille ducats de son épargne, et, parlant à un de ses renégats, (|ii il luy vouloit donner cinq cents ducats pour etrennes, quand r Amijassadeur seroit venu.

Il faut avouer que ce prince n'éloit point trompé, d'autant que, si monsieur le Commandeur fût aproché avec force de cette côte, il eût donné de la terreur à ses t'unemis. et. s'il eût été trop pressé, il l'eût rencontré à propos pour s'embarquer avec ses plus précieuses richesses; aisément il se lut persuadé (|u on luy eût envoyé

I. Sur la n'voUc (le Moulay ol-Oualiil cl Oufhàni, p. lioï) et infra, p. 3t')3, note 3. 'le Moiilny Molianimed <(li-(;iieikh el- .l.sc- 2. Les sanfrias. Siili el-.Vvaclii et tjidi Ali

ijlier contre Moulay .\bil-il-\lalelv, \ . El.- l)cu Moussa, le marabout du Sous.

exprés. El pour ce il le desiroitavcc passion, se doulaiit du succès des armes, si on en venoil aux mains.

Les Pères, voyans de si l)elles ocasions pour faire prendre au traité une heureuse issue, s avisèrent de tâcher à le faire consentir qu'un d'eux fût venu en France afin d'y travailler. Mais il ne se trouva aucun qui eût assés de hardiesse pour luy faire cette proposition, toute cette Cour n'étant composée que de personnes d'une naissance basse, sans cœur.

Dieu visita ces bons Pères en ce temps d'une nouvelle atliction. Tant de misères produisirent enfin de grandes maladies. Le U. P. Pierre en fut incommodé trois mois entiers, & le U. P. Michel un peu moins, & à faute de soulagement, le premier fut long-temps à se remettre. Ce qu'on leur avoil envoyé de France ne leur fut pas à moitié donné, les marchands en retinrent, &, de ce que même ils leur envoyèrent, on en déroba encore; 6: eux distribuèrent la plus grande partie de ce qui étoit arivé jusques à eux. Il mourut un jeune gentilhomme nommé Boulainviliers', nep^eudu sieur de Montalet. qui a été capitaine des mousquetons de Sa Majesté; il avoit été nourry page de M. le mareschal de BrissaC^ & fut aussi un des enfans qu'il' avoit engendrés à Jesus-Christ. Ilvescut là en ange, tant ses actions furent innocentes, & sa mort fut autant précieuse que sa vie avoit été pure. Ils l'avoicnt non seidemcnt gagné à Dieu dans le monde, mais pour la Religion, où il avait résolu d entrer, ayant choisi celle de ces bons Pères.

Il est certain qu'ils avoient raison de presser l'exécution du traité de paix, car le roy de Maroque témoignoit le souhaiter bien fort. Pour preuve de l'inquiétude qui le pressoit, il demandoit des nouvelles du futur ambassadeur à tous les François qu'il rencontroit; & eux, connoissant cette grande inclination, asseuroient tout le monde que le printemps ne passeroit pas sans que ce bon œuvre

I. On trouve à la Bibl. Xat., Dossiers cation, comme on le voit, ne s'accorde pas

bleus, vol. iiQ. 11° 2r)5j, f. (j ti" : u Fran- avec ce que dit le P. François d'Angers, (.■ois de Boulainvillicrs, mort au retour 2. Charles de Cessé, duc de lirissac,

de Maroc où il avoit esté captif avec maréchal de France en i5g4, mort en 1G31 le chevalier de Rassilly en iCiag. Enterré 3. Il, entendez: l'un ou l'autre des PP

aux Cordelicrs de Pontoise. » Cette indl- capucins.

HISTOIRE DE LA MISSION DES PP. CAPUCINS AU MAROC l6l

fût achevé. Et est croiable que lesperance de ce succès retint le Roy qu'il ne prit les François comme il l'avoit résolu pour les faire Mores. On remarque qu'il avoit du dessein plus particulièrement contre ceux de l'équipage de M. le Commandeur. Il luy en fut mené un par ses ordres, qu'il tenoit dans son armée depuis un mois; le Roy luy demanda aussi si l'Ambassadeur viendroit, il répondit qu'ouy, & à même' prcsenla à Sa Majesté une lettre que les Pères luy avoient envoyé, qu'ils écrivoient en arabe à Sa Majesté en faveur de ce pauvre jeune homme, et confirmoient l'asseurance du prochain retour de M. le Commandeur, & que dans deux ou trois mois elle recevroit toute la satisfaction espérée. Ce qui ne fut pas inutile aux François, qui eurent depuis un peu de trêve des mauvais trailemens ordinaires. Et, sans parler de religion à ce jeune homme, Sa Majesté luy donna un ducat le renvoyant.

Tout le pays étoit perdu depuis leur prise, comme nous avons dit; car elle donna tant d'épouvante à tous les marchands de France

autres qu'ils y cessèrent leur commerce '. Toutes les denrées y étoient au poids de 1 or, (Se y faisoit tellement cher vivre que la famine étoit presque universelle dans ce royaume. Je laisse à penser en quelle extrémité étoient réduits les esclaves. Pour ceux de la prison dans laquelle étoient les Pères, se voyoient à ce poinct qu'il étoit besoin d'un miracle du ciel, sans quoy ils étoient résolus

à mourir de faim Et ce mal étoit prochain »& inévitable; le Roy

avoit retranché ses libéralités & ne se ressouvenoit plus de ses

ofres Ce qui rendoit encore leur misère plus certaine, étoit de

ne pouvoir retirer des marchands ce peu qu'il leur restoit entre les mains & qui leur avoit été avancé pour eux^. Les marchands de ces pays ressemblent à ceux desquels dit S. Jean qu'ils se sont fait riches de la puissance des délices de Babylone, et se tenoient loin d'elle pour la crainte de son tourment'.

Avec grande raison ils pressoient le renvoy de monsieur le

1. Et à même, c'est-à-dire: Et en niàmc 3. Les marchands établis au Maroc gartcmps. daicnt souvent l'argent reçu pour le rachat

2. Sur la cessation du commerce que des captifs. V. infra, p. 56l.

les trafiquants français faisaient au Maroc, 4. On lit en marge la référence: Apoc.

Page 1