I . Messieurs de Salle : le divan de Salé
PROCES-VERBAL n ANURK CHEMIN 22g
ouy ce signal de deffiance. virent les chaloupes qui nageoient terre à terre' : mais l'esquif qui estoit léger se sauva à bort de son vaisseau, sans qu'ilz le peussent atraper, et, s'il n'eustesté léger, il estoit pris.
Le sieur Du Challard, voyant reste traliison sy manifeste, leva l'encre et s'en vint trouver son admirai, auquel il fit son raport de ce que dessus ; et dès lors, on tacha de faire en sorte de prendre encor quelques autres navires de Salle. Et, à cesl eflait, le sieur de Trellebois, advan-garde, feust commandé d'aller mouiller à la rade de Salle, et les autres vaisseaux mis en l'ordre cy-devant.
Le vingtième dudit mois d'aoust, arryva sur la barre de Salle une prise françoise, du port de (rente (lionneaux, chargée de blé et de cercles ', laquelle se trouva au matin à portée du mousquet de noslre advan-garde, qui la voyant fil esquiper sa chaloupe et la fit aborder et prendre par sadile chaloupe, et l'envoya au bord de l'admirai à la rade de La Mamore.
Le premier jour de septembre, au point du jour, du costé du noi d-est de La Mamore. nous apeurseumes un vaisseau de deux cens cinquante ihonneaux qui s en venoit terre à terre. L'ayant aperceu. on luy coupa le chemin de mer et de terre, de sorte qu'il feust contraint de s'eschouer à une lieue au nord-est de ladite Mamore, par grosse mer, dont la phispart de lesquipage d icelluv feurent noyez et le vaisseau feust bruslé entieremenl.
Ce mesme jour, arryva deux tartanes qui venoient d'Espagne, chargez de biscuit pour la forteresse de La Mamore, dont l'une estoit commandée par un capitaine françois apellé Daniel Deshayes, de Diepe, qui aportoit une lettre du duc de Mcdine pour monsieur le chevalier de Uazilly, dont la teneur ensuit :
Lettre de Medina-Sidoma a Razillv.
// /r remercie des bons procédca danl la floUe française uxe ù l'ér/ard des navires espa'jnols. — // en a rendu compte au roi d'Espaqne.
San Lucar do linrramfd:i, t'A aoiU i6'j(|.
El maestrc de campo, gouvernador de La Mamora. me a abisado
I. Terre à terre, c'est-à-dire : en Ion- 2. CVrcfa. On n'a pu trouver de sens pour
gcant la côte. ce mot qui a dû être mal copié.
de la asistancia que V. M. liaze en su costa con los navios de su cargo y lo buena correspondanzia que a tenido con V. M., que en sallado los vazelles (jue d'Espana jîassan con vaslimientos a ella, de que yo estoy con inucho reconocimiento, desseando monstrarlo a V. M. en lo que se ofrociere de su servicio y del vcneficio y socoi'o de sus navios y gente. Esto offresco a \ . .M. con muy buena volontad. despues de aver escrito al Rey, my senor, la que V. M. a manifestad en estos mares, cunpliendo con la del Rey Christianissimo.
j Guarde Dios a \. M. como puede I
San Lucar de Varemodo y Agosto 28 de 1629.
El Ducque de Medina-Sidonia.
A M', de Razilly | que Dios guarde ! a cuy cargo desta lescadra de los navios que assisten en la costa.
Autre lettre dudit duc de Médina audit sieur chevalier de Razilly.
Lettre de Medina-Sidonia a Razilly.
// renouvelle à la Jlolle française l offre de ses bons offices. — Recommandation en faveur de Daniel Deshayes. — Il a écrit au gouverneur d'El-Mamora.
San Lucar de Barrameda, 2(j aoiU iGjg.
Desseo que aya llegada a manos de \. M. la carta que escrivi con los patronos de una sailias que vino guargadas de vastimiento a La Mamora porque, va que tenemos à V. M. en esta vincidad, no se pierde tienipo de ver sv, con esta ocazion, siolTrezer muclias de su servicio y de la coinodidad, buena correspondanzia y acogida de los nabios y gente de su cargo, en que buelvo offrezer a V. M. lo que experimentara y lo que y essa que sera accepto al Rey, my seûor, de mas de la ohligazion y inclinazion con que yo vivo a la nation franceza.
El cap" Daniel Deshayes, de cuya mano rescrira V. M., esta un
vesino desta cieudad, persona de muv buene parte y un de las que mas estiiao sei' Franseses; por tal merese la honra que yo lo desseo \ que suplico a V. M. le haya en lo que se ofTreziere ; y con el podra V. M. y avisarme a mandar en que le sirva. Y al governador de La Mamora escrivio quanto agradesco que lo haga el por su parte y selo invidie.
j Guarde N. S. a V. M. muchos annos !
A San Lucar, Agosto de 29 de 1629.
Et de sa main il est escript :
Mucho desseo servir a V. M. el buen succzo que a hecho y esculto a los ba\iles de bastimientos que lien llcgado a esta fuerça.
Medina-Sidonia .
A Mons' de Razilly, caballero de San Juan.
Ledit capitaine Daniel, ayant fait descharger les tartanes à la forteresse de ladite Mamore, repassa au bort de ladmiral pour prendre la responce desdites lettres du duc de Médina qu'il avoit aportez, laquelle feust :
Lettre de Razilly a Medi\a-Sidonia'.
Baz'dly n reni la IcUrr de Medina-Sidonia; bon accueil (ju'il a put à Daniel Deshayes. — // n'a fait (ju'obdir à ses instructions et aux statuts de son Ordre en assistant les captifs espagnols. — Pertes qu'il a infligées au.r pirates de Salé; il les aurait exterminés, si la saison ne robUijeait à rentrer en France. — Services que lui a rendus le gourerneur d' El- Mamora; remerciements à Medina-Sidonia.
En rade ilo Salé, [12 septembre 162g]. ^
Monseigneur, Je me sens infiniment honoré des lettres que j'ay receues de
I. L'original de cette lettre se trouve seront signalées en note, dans les Archives du marquis de Rasilly, et 2. Celle date est restituée d'après l'ori-
clle a été publiée dans la Généalogie de ginal, la copie donnée par Chemin n'étant
Rasilly. p. 27/1. Quelipies-unes des variantes pas datée. V. p. 233, note i.
V. E. par les mains du capitaine Daniel, auquel', pourvostre considération et en ce qu'il est homme de bien, je luy ay offert tout ce qui est à mon pouvoir'', mesmes luy ay vendu deux navires' avecq cinquante Mores à bon marché. Je ne mérite nullement les louanges que V. E. m'atribue pour les assistances que ceux de sa nation ont trouvés dans ces costes par le moyen des vaisseaux du Roy, mon maistre, mais bien à ses saintes intentions et au commandement que m'en a fait monseigneur le cardinal de Richelieu, qui commande les armes de Sa Ma" en France, d'assister particullierement les subjetz du Roy Catholique, joint aussy à mon Ordre qui m'y oblige eslroitement. Sy, pendant ses courses, je fais rencontre de quelqu'un de ses vaisseaux qui ayent nécessité de secours, je les escorteray, ainsy que j'ay fait cy-devant.
J'ay envoyé bon nombre de Portugais et Espagnolz dans leurs maisons, que j'ay tirez de l'esclavitude des sept vaisseaux de Salle que j'ay pris, bruslez et perdus, avecq partyede leurs esquipages tuez et noyez, leur admirai, vaisseau de trois cens thonneaux. armé de vingt pièces de canons, bruslé, un eschoué et perdu avecq ses hommes', un autre non moing grand que son admirai bruslé depuis dix jours, et quatre autres de pris ' de deux cens tonneaux et douze pièces de canon, les autres de cent cinquante tonneaux avecq dix pièces et huit pièces de canon, et un vaisseau d'Alger de cent cinquante thonneaux '', douze pièces de canon et quatre-vingtz hommes, avecq le capitaine, sans adveu ny commission de personne, que j'ameneray en France' poui- en faire justice. Sy n'estoit que la saison nous presse à faire voille pour retraite, je paracheverois de prendre et perdre" les forces qui leur restent. INous avons, grâces à Dieu, toutes choses nécessaires en nos vaisseaux, soit pour la guerre que pour les vuituailles ; mondit seigneur le Cardinal y a songneusement pourveu et largement.
Je ne puis que me louer des assistances que j'ay receubz de monsieur le gouverneur de La Mamore ; je vous en fais très-humble
I. Généalogie : \equeï. comme le ^às-amiral de 200 tonneaux, armé
a. Gc/iéfl/oy/f : tout ce qui dcpandcle mov. de 12 pièces de canon.
3 Gênéalorjie : un navire. 6. Généalogie : de 200 tonneaux.
4. Généalogie : avec son monde. 7. Généalogie : avec tout son monde.
5. Généalogie : quatre autres de pris, 8. Généalogie : de brusier et prendre.
remercvement pour ce que V. E. a coopéré à ses courtoisies par les ordres quelle luv en avoit donnez. Les fabveurs qu'il plaisi à V. E. départir à la nation Françoise est manifestée à tout le monde ; se sont les elTais de sa f^enerosité qui me font souhaiter avecq passion les ocasions de luy tesmnigner ralTection que j ay à son service : et m'estimeray heureux, lorsqu'elle me fera l'honneur de me tenir, Monseigneur,
Son très-hunihle el obéissant serviteur.
Le chevalier de Razilly'.
Et en la suscription est escripl :
A monseigneur, monseigneur le duc de Medine-Sidonia, capitaine gênerai de la merOcceaneet coste d'Andallousye pour Sa Ma"' Catholique, à San Lucar de Varamedo.
Et, d'autant que les susditz vaisseaux pris sur les ennemys estoient tous fracassez et brisez de coups de canon et la plus part de leurs manœuvres coupez et rompus de coups de mousquetades, jugeant inqDOssible de les pouvoir conduire en France, on trouva bon par conseil de les vendre au capitaine Daniel qui s'en alloit en Espaigue, lesquelz on luy livra pour le prix et somme de saizc mil livres.
Le lendemain, vingt-unième dudit mois d'aoust, le gouverneur de La Mamore. ayant receu deux lettres adressantes à M. le chevallier de Uazill} de la part de tous les esclaves de Salle, les luy envoya à son bort exprez, dont la teneur ensuit :
Lettre des esclaves français a Razillv.
Hevirement des Andalous de Salé à leur égard; ils ont obtenu à i/r/tml peine l'autorisation de faire parvenir la présente lettre à Razilly. — Ils ne supportent les misères de leur captivité que par l'espoir d'une rédempliiin prociiiiine. — Bons offices que leur a rendus Pierre Mazet.
Monseigneur,
Salé, 9 aoiH iGaij.
Santé, joye vous soit et très-humble sallul.
Nous avons pris la hardiesse de vous escrire la présente, aprez beaucoup de peyne à en obtenir permission de ces M" gouverneur
I. On lil ciiMiitr il.Tiis l'original : « Salle, co 13 srplrmbrc ilV^rj ».
et douan de ce lieu, qui csloient aigrement iirytez, changement à nous grandement préjudiciable et desconlormante aux bonnes aparences qu'entendions, au commencement, que firent en hommage et esquitable correspondant quilz usèrent sur vostre première enqueste que de vos grâces leur fites, tellement que, à nos requestes et suplication, nous ont octroyé de pouvoir envoyer, sur noslre louyer', ceste barque qui part de ce lieu, à ce que nous puissions, et par ainsy présentement l'envoyons à lladvanture et conduite du Souverain Seigneur, pour suplier V. G., avecq les larmes aux yeux, d'avoir esgard et mercy à la misère, pauvreté et autres callamitez que de long temps avons suportez, par la grâce de Dieu, et les maux qu'il nous représentent de recevoir de rechef (il seroit impossible de les spécifier par escript), sy n'estoit le suport et l'espérance que nous avons de la Providence divine (jue V. (t. moyennera, par droite ligne de paix, noslre rédemption duquel sy longtemps désirée, conduite et establie en bonne et deue forme par un sy vertueux et brave seigneur, esleu par ce grand nectar" du monde en ce ciecle, nostre très-bon roy de France, à qui le Souverain Seigneur done l'unique fellecité que désirent ses très-humbles, obeissans et fidèles serviteurs. Et nous, qui sommes plus ou moins cent-cinquante, tant ycy qu'à la mer, en servitude, serons obligez éternellement à prier pour l'augmentation et heureuse fellicité de V. G. à la bonne grâce de ce magnanime Roy, nostre sire débonnaire, que par sa grande clémence et miséricorde que journellement uze de copieuse commoditez pour le suport de ses pauvres vassaulx pour réduire en leur repos publicq, qu'il souhaite en gênerai son bien-aymé peuple.
Et, d'autant qu'il se présente locasion par nous désirée, soubz la bonne conduite et par une charité chrcsticnne, nous a protégé et cauxionné Mr. Pierre Mazet\ marchand françois de Marseille, pour alléger en partye nos travaux et misères des cheynes et basses fosses', qui, en vérité et foy de nos consienses, nous a fait de très-bons olTices, dignes que nous le publions partout où il plaira à Dieu nous conduire ; pour ({uoy nous vous suplions de croire, mondit seigneur,
1. Sur nostre louyer, c'est-à-dire : fn la notice biographique.
louant nous-mêmes. ^. Basses fosses, matmoura Sj»«Ja.<,
2. Nectar. Il faut rétablir : Nestor. silo destiné à conserver le prain et servant