MÉMOIRE ADRESSÉ AU CONSEIL DU ROI
Trotsii'me voyage de ftazilly.
Le premier jour d'avril, le vaisseau nommé « la Licorne », commandé par le sieur chevallier de Rasilh , fusl rendu prest et partit de Brest et se randit à Brouage le dix-neuf' dudict moys.
Le lendemain, lediet sieur chevallier visita les six vaisseaux du Roy commandez pour les voyages de Canada 'et de Maroque, sur lesquels il trouva les hommes de l'équipage en plus grand nombre qu'ilz n'estoicnt ordonnez, tant lalTeclinn & fidclitlé des capitaines a esté grande en cest arménien I.
Le deux'"'' jour de may, lediet sieur chevallier de Rasilly receut la despesche de Sa Majesté et de monseigneur le Cardinal par le sieur Du Chalard, parly de Suzcavecqe l'instruction de ce quiestoit affaire ausdicts voyages, comme aussy une lettre de la Royne, mère de Sa Majesté, portant très-exprès commandement de surceoir lesdicts voyages et d'aller premièrement accompagner avec sa flotte les navires chargez de sel du grand party jusques au Conquet^, à cause des advis qu'il y avoit vingt navires de guerre qui altendoient ladicte flotte de sel, qui obligea lediet sieur chevallier à mettre sur sondict vaisseau deux cens 3o hommes, et aussy qu'il avoit eu ordre d'en laisser cent ailleurs, ainsy que messeigneurs du Conseil se souviendront. Lediet convoy fut faicl avec le vaisseau commandé par lediet sieur Du Challard, qui se trouva seul en estât, les
I. D'après les instructions données à dessus p. 1 S/i, le passage relatif au « voyage
Razilly le 18 février 162g. avant la conclu- de Canada » qui d'ailleurs n'eut pas lieu, sien de la paix avec l'Angleterre, sa mission 2. Sur cette lettre de la Reine et ces
avait pour objet le Maroc et le Canada. On secondes instructions adressées à Uazilly , V.
a retranché de ces instructions, publiées ci- p. i8i, note i, p. iSô, note 1.
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auttres ne l'ayant peu estre, à cause que les radoubz n'estoient pas achevez, ny les cabales, cordages et munitions de guerre délivrez du magazin de Brouagc, où les choses nécessaires manquoient et les fallust faire venir de Bourdeaux, ce qui retarda le partement de deux mois.
Le vingt-ung" dudict mois lesdits s" chevallier de Rasilly & Du Challard partirent et conduircntladicle flotte de sel au Conquet, où ilz arrivèrent le vingt-quatriesmc.
Le vingt-six', ilz partirent du Conquet et le vingt-neuP arrivèrent à la rade de Chedebois '. où ils trouvèrent tous les vaisseaux du Roy prestz à faire leurs voyages, ce qu'ils eussent accomply, mais le vingt-neuP ledict sieur clievallier de Rasilly receut une despesche de Sa Majesté qui luy donnoil advis de la paix faicte avec les Anglois, et luy commandoit de ne partir pas qu'il n'eust aultre commandement. Sur quoy if envoya un courrier exprès à monseigneur le Cardinal pour sçavoir son intention.
Le vingt-sept" de juing, ledit courier fut de retour, qui porta commandement de partir. Ce qui fut exécuté le mesme jour, que tous lesdits vaisseaux, au nombre de dix, comprins le navire oUonnois armé par ledict sieur Du Challard, la patache dudict sieur de Rasilly & la pinasse du s' de Treillebois, mirent soubz voille pour commancer la routte du voyage de Barbarye.
Depuis ledict jour vingt-sept' juing laditte flotte fist sa course et mouilla l'ancre à la rade de Salé le vingt'' juillet.
Le vingt-ung", ledict sieur chevallier de Rasilly escrivit au gouverneur de Salé et luy demanda les François de la part du Roy. A quoy ledict gouverneur fist responce par des demandes si extraordinaires (comme qu'on leur donnast ung million de livres et cent pièces de canon), qu'il fust jugé que c'estoit au mespris des armes du Roy, de sorte que ledict sieur chevallier fist assembler les capittaines de la flotte, ausquelz il fist entendre lesdietcs demandes, et proposa s'il estoit plus à propos de faire la guerre ou (jue toute la flotte allast à SafTy pour Iraitter a\ec le roy de Marocq. Sur quoy, ayant esté advcrlis [)ar ung marchant demeurant à Salé^ qu'ils
I. C/i('(/c6oi.s : (llicl'dc Baie, [loiiitc for- li. Ahrahani van Lihorgoii. V. p. 112
m«inl ail nord la baie de La liuchelle. noie !\ et p. 26?^, noie i.
De Casthiks. 111. — 17
estoient révoltez et ne cognoissoient plus l'authorité de leur roy et que, sy on alloit à SafTy, on ne pouroit pas retourner à Salé, où la plus grand part des François esclaves estoient (à cause que le vent est d'ordinaire contraire), fust résolu de leur déclarer la guerre et d'envoyer deux vaisseaux audict SafTy porter le Frère Rodolphe, capucin, qui iroit trouver le roy de Marocq avec les despesches de Sa Majesté et les letties particuUieres dudict sieur chevallier de Razilly.
Le vingt-quatriesnie, les navires des sieurs chevaliers (Juitault et Des Roches partirent et allèrent à SatTy, où le Frère Rodolphe fut mis à terre et allast trouver le roy de Marocq, qui le receut favorablement, acceptant le présent que Sa Majesté luy envoyoict et, désirant la paix, promist de randre les François esclaves qu'il a en son pouvoir, ainsy qu'il se voit par la lettre qu'il a escript audict sieur chevallier de Rasilly. de quoy ledicl Frère Rodolphe donnoit advis audict sieur chevallier par terre à l'adresse de Calé, où les lettres furent retenues.
Depuis le vingt-cinq'^ dudict mois jusques au quinziesme aoust, les vaisseaux de Sa Majesté s'employèrent à faire la guerre contre ceux de Calé, ausquelz par force de combats on a faict brusler leur navires admirai et viz-admiral, qui estoient du port de trois cens thonneaux. armez de vingt pièces de canon, et deux autres navires eschouerenl, 1 un entre La Mamore et Salé, et l'autre entre Larache et La Mamore, et prins trois autres navires armez de douze, quatorze et dix-huict pièces de canon, dont deux ont esté venduz aux Espagnolz avec cinquante Mores ; plusieurs Espagnolz. qui estoient esclaves sur lesdils navires prinz, envoyez libres au nom du Roy et de monseigneur le Cardinal au gouverneur de La Mamore ; et l'autre navire est avec le s' chevalier de Jalenc, qui a esté contrainct par le mauvais temps de relascher à Calis.
Les vaisseaux du Roy mancquans d'eau douce, qui ccstoient perdues au roulis, ledit sieur chevallier de Rasilly advisa ce qui esloit à faiic, et. par conseil prins de tous les capitaines, résolut d'aprocher la rade de La Mamore, ce que voyant le gouverneur fist sortir une grande chalouppe et envoya offrir audict s. chevallier ce qu'il avoit besoing, de quoy il le remercia : et après s'eslrc informé de Testât de la place, qui estoit en grande nécessité de vivres, les
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Alarabes en nombre de plus de Irenlo mil hommes s'asemblans pour l'assiéger, il fit dire audict gouverneur cpi'il luy donneroit tout le secours et assistance de sou pouvoir- en laveur de la bonne union des deux couronnes, de sorte que ledict gouverneur en donna advis au loy d'Espagne et à monsieur le duc de Medine- Sedonia à Sainct Lucas, qui envoya plusieurs carabelles chargées de bledz et autres vituailles à la faveur de la flotte des vaisseaux du Roy, sans qu'aulcun ayt esté prias de ceux de Çallé comme ils estoient auparavant : ce quy donna une si grande réputation aux François en Espagne, que le commun peuple disoict leur avoir plus d'obligation qu'à leurs palriottes qui n'avoient jamais rendu la coste sy libre, de quoy ledict sieur duc de Medine remercia par lettres ledict sieur chevallier, qui fist faire ensuitte ayguade à La Mamore à toute la flotte.
Le quinziesme aoust, pour mettre ceux de Salé en leur tort, ledict s' chevallier de llasilly envoya le sieur Du Chalard avec son vaisseau à la rade de Calé, auquel il bailla soixante-quatre prisonniers mores pour les changer en des François esclaves, ce que ledict sieur Du Challard vouUant exécuter envoya sa chalouppe et son lieutenant au bord du rivage de Salle pour faire bailler une lettre, par un des prisonniers qu'il fist descendre à terre, au gouverneur de Salle, lequel, au lieu de recognoistre ce bon proceddé, fist desseing de surprendre ladicte chaloupe ; ce qu'il eust faict, sans que ledict s' Du Challard avoit dict par presentiment à sondict lieutenant que s'il sortoit plus d'une chaloupe du port de Salé, qu'il tireroit un coup de canon à balle pour signal qu'il se retiras! : car ceux de Salé firent sortir une fregalte à vingt rames, et une autre grande chaloupe, et vogoient de grande force pour investir la chalouppe dudil sieiu' Du ("hallard, estimant qu'aiaiit son lieutenant il auroient meilleure condition, ce qui ne leur reusit pas; et ledit sieur Du Challard leva l'ancre à 1 heure qu'il avoitescript qu'il feroil audict gouverneur s'il n'avoit sa responce, et retourna trouver ledict sieur chevallier de Rasiliy h la rade de La Mamore.
Depuis ledict quinziesme aoust juscpies au xii'' de septembre, les vaisseaux du Roy s'emploierent à tenir la mei' d'un bout sur autre, pendant lequel temps il n'entroit ne sortoit rien de Salé, et celluy du sieur Treillebois print une barque qui y alloit.
Le treiziesme jour de septembre, ledict sieur chevallier de Razilly receut par le moien du gouverneur de La Mamore une lettre des François esclaves à Salé', portant que, s'il envoyoit un de ses navires faire enseigne de paix, que ceux de Calé estoient à présent disposez à les randre, et d'accommoder les alTaires, ce qui le porta d"y renvoyer ledit sieur Du Cliallard avec son vaisseau, auquel il donna tout pouvoir de traitter pour le bien du service de Sa Majesté et la liberté desdicts François, à quoy il travailla si courageusement qu'ilz signèrent une suspention d'armes pour cinq mois, et accordèrent de rendre lesdicls François esclaves pour le prix qu ilz ont cousté aux maistres qui les ont acheptez au marché, (pii reviennent à deux cens soixante-cinq livres pour teste, ainsy qu'il se void par les articles de ladicte capitulation". Et en consequance fut dressé par ledict sieur Du Cliallard des articles pour la paix qui eussent esté aussy signez, lesdicts François esclaves relirez, sans que une tourmente furieuse du vent de sud-ouest le força de quitter la rade de Salé ; et c'estant ledict s' Du Cliallard trouvé transporté par les grands courans beaucoup au dessoubz des isles de Fadal ', il fut résolu qu il continueroit sa routte à SalTy avec les sieurs de La Touche, Treillebois, le chevallier de Jalesne, où ilz trouvèrent lesdicts sieurs chevallier de Rasilly, Guitaull et Desroches, qui fut le qualorzicsme dudict mois', ayant demeuré à faire la routte depuis ledict sept\
Le quinziesme, ledict sieur chevalier escrivit au roy de Marocq l'arrivée dudict sieur Du Cliallard et des autres vaisseaux, le supliant d'envoyer les François esclaves et personne de sa part pour recevoir le présent que le Roy luy cnvoioit. A quoy il nefist response que le xxi% comme il ce void par sa lettre", et demandoict que ledict s' Du Cliallard l'allast trouver avec ledict présent.
Le xxii", ledict s' chevallier escript encore au roy de Marocq ^
I. Celaient deux lettres des g Rt 10 août, le i4 octobre ; l'auteur croit avoir déjà
reçues par Razilly, non le i3 septembre, mentionné ce mois, mais le 21 août. V. pp. 233-238. 5. Voir cette lettre dans le /'r«f('st'cr6«i
3.\. Procis-verbald'André Chemin, p. 2!i!i. d'André Chemin, p. 201.
3. Lrs isles de Fadal, Fedala. Sur ce fi. Voir cette lettre, datée du 26 et non
point, V. j''' Série, France, t. II, p. 201, du 2 2 octobre, dans le Proccs-uerinlfrAnf/rc
note 3. Chemin, p. 353. — La date du 36 est évi-
li. Le ijtmtorziesme dudict mois : entendez dcmment la bonne.
MKMOIHE ADHESSÉ AI CONSEIL nU IlOI 261
que ledict s' Du Challard ne pouvoit aller porter le présent à terre, Sa Majesté ayant deffendu à tous les capitaines d'y dessendre, et qu'il luy pleust d'envoyer les François esclaves et donner commandement au gouverneur de SafTy ou autre personne de recevoir le présent, ne pouvant plus attendre à cause de la saison de l'hiver et que leurs vituailles ce consommoyent ; que neantmoins il feroit avec les capittaines qu'ilz patienteroient encore cinq ou six jours, sy le temps leur permeltoit. Et la veritlé est que ledict roy de Marocq n'a retardé que pour avoir le temps de se faire les harnois des chevaux qu'il desiroit envoier à Sa Majesté et pour faire habiller tous les François esclaves.
Le vingt-sept% ledict s' chevallier Razilly ordonna aux sieurs Treillebois, Guitault et Des Roches d'aller avec leurs vaisseaux, le navire oUonnois et la pinasse à l'isle de Mongador, pour y prendre de l'eau, qui levèrent l'ancre après midy, le vent estant sud-ouest, apparence de mauvais temps.
Ledict jour et du mcsme temps, ledict sieur chevallier de Rasilly, les sieurs de La Touche et Du Challard levèrent aussy les ancres, mirent souhz voillc pour ce garentir du* péril de la terre de SafTy, où il est impossible de tenii- du vent d'aval, ce mirent au large en mer, firent la roulte au nord-ouest i/4 à ouest le reste du jour et la nuict pour ne s'esloigner pas, aussy ce trouva le matin qu'ilz n'avoient couru que dix lieues.
Le vingt-huictiesme, le vent sestanl renforcé, les voilles furent serrées et mis à la cappe, la drive fut tenue au Nord.
Depuis ledict jour xxvin' octobre jusques au cinq' du moys de novembre, ledict sieur chevallier de Razilly avec lesdits sieurs de La Touche et Du Chalard reprindient la loultc le long de la coste de Rarbaiye, le vent estant est-nord-est, qui sauta sur les quatre heures après midy au sud-sud-oucst que on estoit à cinq lieues du cap Caiityn. Mais ledict vent vinct sur la nuici sy grand, avec une sy grosse pluye. cpi d fui force de repratidic au larg(" au nordouest, et continua la lourmante sy furieuse jusques au quart du jotu- de la nuict du qniiiziesme. que ledict sieur chevallier de Razilly. ayant parié ausdicls sieurs de La Touche et Du Challard. leur dictqu'ilfalloil faire la traverse à retournera Chedebois ou Brouage, estant impossible de tenir la mer. Et peu de temps après, la brume
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fut sy grosse el le vent si impétueux qu'il fust séparé des aultres vaisseaux, le sien s'estant ouvert par dessoubz la pouUayne, qui fut emportée d un coup de mer, de sorte que l'eaue estoit entre les pons à la seinture des hommes qui nepouvoienl fournir à franchir les pompes, sy bien quil print congnoissance de l'isle de Groye et entra dans le Port-Louis, et les autres vaisseaux arrivèrent à la rade de Chedebois.
Tellement qu'il se justifie que le voyage desdicts sieurs a esté utille à la réputation des armes de France autant que humainement il pouvoit l'estre, n'aiant peu vaincre le mauvais temps, sans lequel ilz eussent mené les esclaves françois etexeculté ce qu'il leur avoit esté commandé. Et sera consideié que depuis quinze ans le roy de Marocq n 'avoit pas voulu entendre la paix avec les François, ce qu'il a faict maintenant, dont l'on tirera de grandz adventages par le commerce et de la retraicte des vaisseaux qui se fera à la coste de Barbarye voisine d'Espagne, sur le chemin des Indes Orientalles et Occidentalles ; qu il n a esté rien donné des choses que le Roy a destinées pour le présent, qui ont esté rapportées.
Et ceux de Çallé, qui estoient en la présomption d'estre invincibles, révoltez contre leur roy, qui eussent ruiné les marchandz françois, qu'ilz venoient prendre dans les costes et jusques dans les rivières, ce sont soubzmis à ce qu'il leur a esté proposé de la part du Roy, dont ce recepvra des proffîctz inestimables, sy on forme une compagnie pour le commerce en ladicte coste d'Africque, à quoy il faut en emploier des vaisseaux du Roy qui yronl en guerre et marchandise, accompagnant par mesme moyen ceux de ladicte compagnie.
Et pour achever ce qui reste à executter, deux navires et deux pattaches le peuvent faire, pourveu que le voiage soit disposé pour partir au commencement d'avril.
Bibliothèque Nationale. — V de Colbert. — Ms. 203, ff. 37-W. — Copie du XVII' siècle.
HISTOIRE DE LA MISSION DES PP. CAPUCINS AU 'MAROC 2fi3
Troisième voyarje de Hazilly nu Maroc.
Le second' voyage de Maroque en Afrique.
Le R. P. Joseph, qui ressentoit au delà de ce qu'on en peut dire la captivité des Chrestiens à Marroque & surtout celle de ces deux excellons religieux" dont les peines lui tenoient le cœur pressé d'un extrême regret & n'eut été l'assurance de leur probité & les preuves qu'il recevoit de leur constance, je suis certain qu'il eût été inconsolable, mais la joye d'une si haute vertu soulageoit son ennui.
La ruine de Privas ' fut 1 aurore du bonheur de ce royaume & servit d'espérance au R. P. Joseph du progrès de son dessein ; car dès lors il pressa monsieur le cardinal de Richelieu, &: sur les aparences dune tranquillité prochaine par les glorieuses victoires du Roy, il fut résolu au Conseil que 1 on relourneroil à Maroque, afin d'en retirer les Chrestiens esclaves, par la douceur ou par la violence, le R. P. Joseph ayant fait connoistre au Roy, à Son Eminence & au Conseil la gloire d'une action si belle. Et si. comme Sainct Louys, Sa Majesté ne pouvoit ataquer l'ennemy du nom chrestien, au moins il retireroit ses sujets qu'il luy tenoit esclaves,
1. Le second voyage dans le rccil du du Vczins. V. supra, p. tio.
P. François d'Angers, mais en réalité le a. La ville de Privas, capitale du Yiva-
troisièmc de ceux que fit Ra^illy au Maroc. rais, défendue par Alontbrun, fut assiégée
V. p. 100, note 4. par Louis \III en avril ifiag et se rendit
2. Les PP. Pierre d'.Vlcnçon et Micliel à discrétion au bout de (juclques jours.
après avoir Aaincu ceux qui s'étoient élevés contre son authorité, qui sont les illustres marques d'un roy juste & trcs-chrestien.
On délivra donc commission à monsieur le commandeur de Razilly pour faire le voyage à Maroque & aux côtes de Barbarie en Afrique, avec une Ilote considérable de sept grands vaisseaux armés en guerre & une pataclie', & on luy députa de vaillans capitaines pour les commander sous son autorité, le Roy le faisant admirai de cette expédition, messieurs les chevaliers de Jalesne", Des Roches', deGuilaud*, & messieurs de La Touche", Du Chalard", Treillebois & de La Selle, tous résolus à bien servir comme gens de cœur quils sont, & bien équijiés, comme ils étoient'.
Après que monsieur le Commandeur eut touché le reste de ses assignations, receu ses ordres de la Cour, & que tout fut en bon état, il partit avec sa flotede la rivière de Seudre près Brouage & Oleron, le 3o juin de cette année, par la solicitation du R. P. Joseph, qui étoit dès lors presque toujours avec M. le Cardinal, j^ar l'autorité duquel les officiers de marine agissoient, en qualité de Surintendant gênerai de la navigation & du commerce de France.
Cette petite armée portoit un beau présent de la part du roy de France à celuy de Maroque. étant une coutume générale de ne point traiter avec les princes mahometans sans se donner\ L'Admirai avoit ordre de renouveller la paix ancienne entre les deux couronnes, rétablir le commerce & ramener les deux Pères capucins, ceux de
1. En réalité, huit vaisseaux, une patache vires qu'ils commandaient. V. Doc. XXXI, et une pinasse. Cf. supra, pp. 206 et 207. pp. 206-207.
2. Sur ce personnage, \. p. 207, note 4. 8. L'usage s'était établi d'offrir des pré- Le P. Apollinaire de Valence a lu :\alcsnes. sents aux chérifs du Maroc à chaque négo- \ . édition 1888, p. 189. ciation, et l'on entretenait ainsi non seule-
3. Sur ce personnage, V . p. 207, note 3. ment leur cupidité, mais encore leur infa-
4. Sur ce personnage, V . p. 207, note 2. tuation, car ils affectaient de recevoir ces
5. Il est appelé La Touche de Non dans présents comme un légitime tribut. Parfois, le Doc. XXXI. p. 30(5, et La Touche de La pour sauvegarder la situation, il fut décidé Ravardière par Le Gendre. \ . infra, Doc. que i< le cadeau « serait offert au nom de CXXIX, Relation de Le Gendre, p. 78^. l'ambassadeur au lieu de l'être au nom du
6. Sur ce personnage, V. supra, p. 200, souverain. Enfin quand ces présents comnote 2 et Introduction, notice hiographi- portaient une somme d'argent, comme que. dans le cas actuel, on évitait les apparences
7. On trouve dans le journal d'.\ndré d'un tribut en joignant cette somme au prix Chemin la désignation de chacun des na- du rachat des captifs.
HISTOIRE nE LV MISSION DES PP. CAPUCINS AV MAROC 265
l'équipage de monsieur le commandeur de Razilly, entre lesquels étoit son neveu, nombre d'autres gentilhommes, & plusieurs bons soldats & matelots, >kcn suite tous les autres Fiançois esclaves.
Voicy la copie dune lettre, d'entre plusieurs, que le R. P. Joseph écrivoit du camp de devant Privas à M. le Commandeur, avec la despesche du Roy, le 2 4 may.
Lettre du P. Joseph a Razillt.
Il lui envoie avec une lettre de commission les fonds nécessaires à sa négociation avec le Cliérif. — Importance de l'entreprise sur Mocjador. — Recommandations au sujet des PP. Pierre d'Alençon et Michel de Vezins. — Razilly devra s'efforcer de faire agréer par Moulay Zidân l'occupation de Mogador.
Devant Privas, 'il^ mai 1G29.
Monsieur,
J'ay receu trois de vos lettres & me réjouis que vous ayés avec vous pour vostre voyage les trois Pères capucins que vous me nommés. Vous recevrés par celuy qui vous rendra la présente une commission de M. le cardinal de Richelieu', grand-maistre, chef & surintendant gênerai de la navigation & du commerce de France, telle qu'il faut pour vostre voyage de Maroque, que Dieu a inspiré de se porter avec grande afection pour cette afaire, ce qui vous en doit faire espérer un heureux succès & une gloire non commune. On vous envoyé aussi de l'argent nécessaire pour leradoux & autres frais, & ne manqiieré ensuiltcde vous assister icy de tout mon possible. Je vous supplie vous souvenir de ce que vous m'avés promis, qui est de suivre les bons avis de M. Du Cbalard ', selon même les intentions de monseigneur le Cardinal, ipii vous estimera d'autant plus ([u'il vous verra donner créance aux personnes capables & de
I. Ils'agil ici d'unenmivoIleCommission 3. Du Chalard qui, comme il obt dit plus
modifiant les inslructions du 18 février bas(p. v.71), ccavoilprincipnle [)artcn lacon-
1629. V. p. iM'i, note I. Cette commission duite de cet armement )i, avaitété donné à
n'a pas été retrouvée, Ha/.illy comme guide et comme conseil.
a fi G ''"'20
mérite. Ne vous faschés pas, si, comme vostre sincère amy, je vous advcrtis que vostre inclination à la très-grande bonté a besoin de ceux qui vous en peuvent rendre sans vous faire tort. Considérés bien ensemble tout ce qui est de vostre commission. Le dessein de Montgador '. étant bien conduit, est celuy seul qui peut avoir delà suitte & donner fondement & seureté à plusieurs grandes clioses, à quoy monseigneur le Cardinal se porte constamment, & contribuera tout ce qui sera requis auprès de Sa Majesté pour cette généreuse entreprise.
Sur toutes choses, ne vous laissés point divertir, par qui que ce soit, d'aller droit à Maroque, & ne perdes pas l'occasion que N. S. vous met entre les mains. jNe vous fiés jjoint à ce l'oy barbare que sous bon gage ; c'est ce qui me fait priser le dessein de Montgador, que je tiens bien plus seur que la parole du More.
Je m'asseure que vous aurés aussi grand soin de nos Pères & que vous ferés estime de leurs avis, à qui vous donnerés ce paquet, s'il vous plaist, où il y a des lettres pour nos cliers & généreux Pères Pierre d'Alançon &: Michel de Vezins. S'ils sont encor en vie, ce sera bien fait de les retirer de leur captivité, pour leur donner un peu de repos. S'ils jugent pourtant à propos d'y demeurer, je m'en remets à vos avis ^ communs, ce qu'il ne faut pas faire sans grande espérance de profit & seureté. Que si on s'établit à Montgador, il est utile d'y mettre le P. Pierre pour supérieur, ayant grande expérience de ce païs-là. & peut beaucoup profiter aux occasions, pour le soulagement & le salut des ùmes abandonnées. Vous donnerés ordre qu'on leur porte ce qui est nécessaire pour remédier à leurs nécessités, y ayant long-tems qu'ils n'ont rien eu de France pour leurs vestement & autres besoins.
Escrivés-nous par les occasions qui se présenteront. La paix a été faite avec l'Angleterre le 20 de ce mois ^ prenés garde de ne la pas rompre & de ne vous pas faire blâmer.
La perfection de vostre ouvrage seroit, après avoir pris Montgador, de le faire trouver bon au roy de Maroque, & qu'il l'agréât pour la
I. Sur le « dessein de Montgador », V. 2. Le texte porte : amis.
supra. Doc. XXII, Mémoire de Razilly, pp. 3. La paix avec l'Angleterre, qui avait
117-118 et Doc. XXIX, p. 186, Lettre de été signée le 24 avril ifiag, avait été ratifiée
Richelieu à Razit/y. le 20 mai.
HISTOIRH DE LA MISSION DES PP. CAPUCINS AU MAROC afi"
seureté du commerce, À: luy faire voir le profit qui luy en arrivera pour la richesse & seureté de ses Estais, appaisant sa colère par le présent que vous luy portés, qui fait voir que Ton ne va pas vers luy comme ennemy. Que si pour cette heure il ne le veut pas consentir, il le pourra faire après par force ou par amour. Vous fercs bien d'épandre le bruit que vous n'allés pas à Maroque, pour prévenir les obstacles qui vous ont déjà fait tort ' .
Pour donner au lecteur satisfaction entière, Montgador est une isle dans laquelle il y avoit un fort, elle est un peu avancée dans la mer en cette côte, & commande aux ports de Salé & de Saphy ^ qui eût tenu ces Barbares en leur devoir & eût aidé au trafic, comme fait le Bastion ' en la mer Mediteranéc proche d'Alger, se pouvant maintenir contre les ennemis >S; estre secourue.
Cette armée arriva à La Mamorre, terre de Barbarie, le 17 juillet. Après avoir mouillé à cette rade, M. le Commandeur fit tirer le coup du signal, à ce que les capitaines se rendissent à son bord, qui étoit l'admirai, pour y tenir conseil, oii les PP. capucins, le R. P. Isidore de Baugé, le R. P. Pacifique de Mazé, & le R. P. Colombin de Nantes, & F. Rodolphe d'Angers'' furent appelles. Il fut aresté qu on leveroit l'ancre pour mouiller à la rade de Salé, à une lieue près, afin de couper chemin aux vaisseaux qui voudroient gaigner la barre & mettre à raison ceux de celte ville, remplie de corsaires & de rebelles à leur Roy, où étoit la plus grande partie des esclaves françois.
1. Allusion aux intrigiins q\ii avaient fait maisons non fortifiées. Il fut détruit en éclioucr la mission de itia^. V. p. log. i6()'i par la milice de Bône sur l'ordre du
2. Inexactitude grograpliique. Le fort divan d'Alger. A la suite des négociations élevé dans l'ilc de Mogador, située à lo^ de Sanson ÎVapollon avec les Barbaresques kilomètres de Safi et à plus de 4oo kilomè- (1636- 1628), le Bastion de France futVelevé très de Salé, n'avait aucun commandement et prit une grande extension; on vconstruide par sa position sur ces deux ports. sit une forteresse. Cf. F. Plantet, Corresp.
3. Etablissement pour la pécho du corail des Deys d'Alger et P. Masson, Hist. du fondé vers i5Go i)ar des Provençaux sur la commerce franc, dans l'AJr. barb. aux Index. côte barbaresque entre Bône et La Calle. 4. Le F. Uodolphe d'Angers était. Ce ne fut, jusqu'au xvii*' siècle, qu'un comme on le voit, revenu en France après refuge de péclieurs comprenant quelques sa mission au Maroc do iGa'j.
268 in<r)
On écrivit aux gouverneurs de la ville & forteresse, pour leur faire sçavoir qu'ils étoicnt venus de la part de l'invincible RoyTrès- Chrestien, protecteur de l'Europe & monarque de France, afin de traiter d'afaires importantes avec le très-puissant Mole Ahdelmelech, roY de Maroque ik empereur d'Afrique. On les prie de mander par quelle voye ils luy feront sçavoir les nouvelles de leur venue, donnant parole que ceux qui viendront de leui- part retourneront en toute scureté.
Les gouverneurs envoyèrent un marchand flamand, duquel nous avons parlé', pour leur dire qu'ils étoient les bienvenus, comme dans Paris, & qu'à présent Salé étoit ennemie du roy de Maroque & ne luy obéissoit plus^ ; que, pour les Cbresliens esclaves, que la peste avoit fait mourir à Maroque cens soixante-seize mil quatre cens personnes de diverses nations, & que les deux PP. capucins étoient morts au service des pestiférés, comme nous avons exprimé ; que, dans le moment que le P. Pierre rendit lame, tous les esclaves & autres personnes qui y étoient présentes virent une clarté sur son cbef, de quoy ils furent merveilleusement étonnés, i^: qu'on les estimoit saincts comme des martyrs. Celte nouvelle tira les larmes des yeux de tous ceux qui les connaissoient, mais sur fous de M. le Commandeur, qui en ressentit un déplaisir extrême. Il l'asseura aussi que son nepveu & les gentils-hommes étoient morts avec une grande connoissance du bonheiu- qu'ils recevoient par cette mort.
Sur les asseurances de ces habitans, il prit sujet de leur mander que, puisqu'ils étoient independans du roy de Maroque. & par conséquent souverains, qu'il traiteroit avec eux de paix, au nom du roy de France, pour rétablir le commerce qui a toujours été avec cette ville, & demandoit les esclaves françois, avec promesse de leur rendre les Mores qui dépendroient d'eux & qui seroient en France.
On commença donc en suilte à traitter, »^ le sieur Mazet^ consul des François, qui étoit là, comme prisonnier sur sa parole, vint à bord de l'admirai pour voir M. le Commandeur. Il luy dit aussi les malheurs arivés à tous ceux de son équipage, qu'il ne restoit
1. Abraliam van I^ibergen. V. supra, p. 3. Le sieur Mazet no fut nommé consul 112, note ^. par Razilly qu'en i63o. C'est donc à tort
2. \ . Inlrniluclloii crilùjiic, pp. i(ji-iy3. qu'il est appelé consul ici.
HISTOIRE DE LA MISSION DES PP. CAl'LCINS AU MAROC 269
plus que cenl esclaves à Salé, que le Roy en avoit quatre-vingt, & que quarante restoient ailleurs.
Tandis que l'on Iraittoit avec les bourgeois de Salé. M. le Chevalier commanda à trois de ses vaisseaux d'aller mouiller à Saphy, qui est le port de Maroque '. alin de faire donner avis au lloy de son arivée & de son dessein, luy demandant passeport pour cela. Il fut jugé à propos de charger F. Riulolphc, capucin, de cette commission, qui y avoit de l'habitude, lacililé de la langue espagnole, & qui étoit du premier voyage, quand les François lurent arestés. M, le Commandeur donna une lettre de créance à ce bon religieux, dont la teneur étoit :
Comme il n'a pu retourner plustost, à cause des guerres que le roy de France a eu sur mer, dans lesquelles il a été employé, qu'il est donc venu pour renouveller les anciennes alliances qui ont presque toujours été entre les roys de France & de Maroque, si Sa Majesté la agréable, comme je l'espère pour l'utilité commune des deux royaumes : mais qu'il a appris la plus triste nouvelle qui luy pouvoit ariver, la mort des deu.x Percs capucins, de son nepveu & de la plus grande part des gentils-hommes & principaux François de son équipage, & d'autres qui ont renoncé la foy chrestienne, ne restant plus que des misérables serviteurs, personnes sans conduite ny d'autre recommciidalion que de la charité. Ce qui l'alligeoit davantage étoit de ce qu'on l'avdil asseuré en ces pais qu'ils sont morts par les mauvais traitemens qu'ils ont soufferts par l'ordre de Sa Majesié. qui est tout le contraire de ce qu'il avoit asseuré au Roy son maistre, qu ils ne manqueroient d'assistance ; de sorte qu'il étoit comme au desespoir pour les justes & innevitables reproches (jue l'on luy leroit à son retour en France".
Il écrivit aussi au gouverneur de Saphy pour contribuer à l'exe-
I. Sophy'jtii est le port (le Maroi/tie, c'esl- 2. Le Père François tl'.\ngers donne ici,
à-dire: Sali qui est le port de Merrakcch. partie en substance et partie in extenso, la
On se rappi'lle que Mazagan était sous la lettre de Uazillv à Moulay Abd el-Malek du
domination espagnole et ([uc Mogador 23 juillet itiarj quiaété jiuhliéc ci-dessus, p.
n'existait pas comme port. 3i4, dans le Procis-vcrbal d'André Chemin.
cution de ce qu'il mandoil au Roy. Cependant qu il demeura à Salé, il fit beaucoup de mal à ces corsaires et rebelles. Il brûla l'admirai de leur tlotc monté de vingt pièces de canon : comme il vouloit entrer dans le port, il le fit échouer. Il en prit quelques autres qui venoient des courses, & sauva nombre de Portugais & Espagnols, qu'il renvoya à Mamore & autres places de cette côte qui sont à l'Espagne, & en tous ses exploicts il n'y perdit qu'un gentilhomme breton fort vaillant, qui fut tué à un aboi'dage, & deux ou trois personnes blessées légèrement. Les gouverneurs de ces places luy renvoyèrent des complimens pour ses services, & des présents nécessaires sur mer, que l'on y appelle des rafraichissemens.
Les esclaves français de Salé eurent permission d'écrire à M. le commandeur de Razilly, le suppliant les larmes aux yeux d'avoir égard à la misère extrême où Dieu permettoit qu'ils fussent depuis long temps, & considérât les maux inexpliquables qu'ils apprehendoient de soulTrir à l'avenir, ne leur étant pas possible de les luy spécifier par écrit, tant ils étoient grands, moins encor de les souffrir sans desespoir, la patience étant vaincue par la longueur du temps & par l'excès des peines; &. nétoit l'espérance qu'ils mandoient avoir en la Providence divine qu'il moyenneroit leur rachapt & établiroit là une bonne paix, ils auroient cherché le moyen de trouver du repos. Voici une pièce de la lettre' :
Ce n'est pas la rareté de la pièce qui me la fait garentir du naufrage, mais seulement pour faire voir que la nécessité a fait les mêmes effets^ en de pauvres esclaves matelots que laSapience, qui ouvre la bouche des muets &; qui rend les langues des enfans éloquentes ^
Ils redoublèrent leurs lettres pleines des senfimcns de leurs besoins, la peine ouvre l'esprit, voyant que ces messieurs les Andaloux de Salé les traitoient plus mal, à cause qu'on vouloit les
I. Voir ci-dessus celtp lettre des esclaves Elle est datée de Salé, g aovH ifiag. français à Razilly publiée in extenso d'après 2. Le texte porte : efforts,
le Proces-verbal d'Aitdré Chemin, p. 233. 3. Sagesse, X. 21.
faire rendre par force & quon ruinoit leurs vaisseaux. Car ensuitte on prit le vice-admiral, du port de deux cens tonneaux, d'où l'on retira bon nombre d'esclaves. On gagna encor un autre vaisseau chargé d'armes, & un Turc'.
Monsieur le Commandeur répondit aux esclaves françois ce qui suit ^ :
Cette lettre aide fort à faire voir {"('tat des choses, mais elle sert davantage à faire connoistre la rare pieté de ce généreux chevalier, deux qualités' qu'ont remarquées en luy tous ceux qui l'ont connu, ik qui ne sont comnmnes aux hommes de mer & de guerre.
Ces Barbares témoignèrent avoir changé d'avis & voulurent commencer une conférence, demandèrent qu'on allât à Salé pf)ur traiter, promettant la foy À: scurclé. Monsieur Du Chalard fut député, qui, comme nous avons dit, commandoit un vaisseau & avoit principale part en la conduite de cet armement. Ces infidèles à Dieu ik aux hommes lâchèrent à surprendre sa chaloupe, ce qui 1 obligea à se sauver. Monsieur le Commandeur le laissa encore à la rade pour attendre l'efet des promesses de ces perfides, au moins étoit-ce pour les mettre dans tout le blâme. Ils prolongeoient la conclusion à mauvais dessein ; neantmoins il fit une trêve pour cinq mois, pendant lesquels on ne feroit aucune prise de part & d aulre, & qu'à la fin on rendroit les esclaves françois, qui seroient en liberté durant ce temps-là, & que 1 on feroit la paix.
Cela aresté, M. Du Chalard et les autres capitaines allèrent à Saphy, où M. le Commandeur éloit des le cinquième octobre, & y Ireuva F. Rodolphe, capucin, qui laltendoit avec la réponse du roy de Maroque, qui asseuroil le Commandeur & les siens d'estre les très-bien venus, & cpi il envoyait seureté à F. Rodolphe &
I. Sur ces faits racontes avec détails C/i'-min avec uiio date (a'i septembre) et un
dans le Proces-verbnl d'André Chemin, V. postscriptiitïi fjiic ni; reproduit pas le P.
pp. 219 et 323. l'rançois d'Angers, on a jugé inutile de la
3. Cette lettre étant flonnée ci-dessus publier de nouveau ici.
(pp. 24i-2.13) AamXel'roccs-vcrbald'André 3. Probablement, lapiétcetlagénérosité.
autres, pour traiter avec ceux qu il deputeroil en luule auiilic iSc franchise.
Mais monsieur le Commandeur >S; tous ceux de la flofe, voyant les tempestes qui commcnçoient d'estre furieuses en ces côtes, où il est impossible de tenir la mer et de subsister aux rades, si l'on [n'Jest en asseurance dans quelque havre, & il n'y avoit pas là de seureté, ils écrivirent au rov de Maroque pour luy faire sçavoir la nécessité de leur retour, avec promesse de retourner l'année suivante de bonne heure. Avant partir ils tirèrent le plan de lisle & forteresse de Montgador. qu'ils ne treuverent pas en état d'estre surprise. Puis mirent enfin à la voile 6: ariverent au port Louys, ou Blavet, en Bretagne, le 20 novembre 162g.
Bibllothàjue Nationale. — Imprimés 0' j 6^>. L'histoire 'le la mission des pères capucins de la province de Toiireine au royaume de Maroc, pp. 259-288.
PROVISIU.NS DE CONSUL l'OLU ANDRÉ PRAT 278