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PROVISIONS DE CONSUL POUR ANDRÉ PRAT

Paris, 3o novembre lOïg.

En fcle : Lettres patantes de provision du consulat pour la nation Françoise au pais de Toutouan et ville de Sallert, de la personne d'André Prat.

Louis, par la grâce de Dieu, roy de France et de Navarre, à nostre cher et bien amé André Prat, de la ville de Marseille, salut.

Sur l'advis qui nous a esté donné du traffic et négoce que les François noz subjectz, principallemant ceulx de nostre pais de Provence, font au royaume de Toutouan " et ville de Salle en la coste de Barbarie, au deçà du destroit de Gibraltar, et qu'il seroit neccessaire d'establir èsdicts lieux quelque personne de qualité requise pour y avoir la charge de consul pour la nation françoise et y rendre adcistance à noz subjectz qui y traffiquent.

A ces causes et sur le tesmonage qui nous a esté rendu de voz sens, suffisance, loyaulté, preud homie et bonne dilligcnce, nous vous avons commis et ordonné, coinmclons et ordonnons, par ces presantes signées de nostre main, à la charge de consul de la nation françoise èsdicts lieux de Toutouan et Salle pour en jouyr aux honneurs, authorités, perrogatives, precminances et droitctz qui y apartienent, telz et semblables que les autres consulz de la nation

1. Sur ce personnage, V. Introiliiclion, note i; t. II, p. igo, note i; et supra, notice biographique. p. 82, note 3), avait pris une certaine hcgé-

2. La ville de Tétoiian, sous l'autorité monie sur les Djebala du pays de Hibt, ce des En-Neksis (V. i^e Série. Pavs-Bas. t. I, qui explique l'expression: royaume de p. 3gg, note i; p. 3i8, note i ; p. 32Ô, Tùtouan.

Ut Castkies. III. — iS

27^ 3o NOVEMBRE I 629

françoise establis en Levant, tant qu'il nous plaiira. Sy donnons en mandemant à nez amez et feaulx les gens tenans nostre cour de parlemant et cour des comptes, aydes et finances de Provence que ces presantes ilz facent registrer et du contenu en icelles jouyr et user plainemant et paisiblemant sans y contravenir ny souffrir y estre contravenu en aulcune manière. Car tel est nostre plaisir.

Donné à Paris le trentiesme jour de novembre, l'an de grâce mil six cens vingt-neuf et de nostre reigne le vingtiesme.

Siïné : Louis.

Et plus bas :

Par le Roy : Boutbillier.

Et scellées du grand sceau de cire jaulne à simple queue ' .

Archii'cs départementales des Bouches-du-Rhône, Section d'Aix. — Série B, registre n" 33iS\ ff. 267 v°-269.

I. Ces lettres patentes furent enregistrées tement au texte des lettres patentes dans

par arrêt du Parlement de Provence en date le registre 33j^8.

du 8 février i63o, sur requête d'André Prat 1. Ce registre est intitulé : Registre des

présentée le 4 février i63o. Cette requête lettres royaulx des années 1639, i63o,

et cet enregistrement font suite immédia- i63i et iGSa.

RELATION d'une SORTIE DES TROUPES DE TANGER 2'y5

RELATION DUNE SORTIE DES TROUPES DE TANGER" lo-i I janvier iG3o.

(traduction)

En titre : Relation véritable d'une victoire ([ue Notre-Seigncur a daigné accorder à D. Fernando Mascarenlias, çrouverneur et capitaine général de Tanger^, et que celui-ci a remportée sur le marabout Laez\ qui tenait la campagne avec toutes les forces qu'il a aujourd'bui en Barbarie, le lo janvier i63o.

Don Fernando Mascarenlias, gouverneur et capitaine général de Tanger, avait plusieurs fois fait preuve d initiative hardie et de vaillance contre les pervers descendants d'Ismael, leur faisant la guerre et leur livrant combat, détruisant leurs villages, enlevant leurs subsistances, s'emparant de leurs chevaux, prenant leurs soldats, sans laisser passer aucune occasion de leur faire du mal. Il y a peu de temps, le 2 seplenibre, il leur enleva une grande quantité de menu bétail, trois cents bœufs et quelques Maures, et le i" janvier il tua trois chevaux et un Maure, ayant fait prisonniers les deux autres cavaliers.

Lacz ressentait déjà grandement la défaveur dans laquelle il tombait forcément aiq)iès des tiibus vcjisines, et il clierchait à venger les pertes (ju'il avait éprouvées. A cet eifct, il rassembla tous les gens

I. Sur cet ongageracnt, V. Fernando de il était précédemment gouverneur de Ceuta.

Mene7.es, pp. ii5-i46. Mfnezes, Histoire de Tanger, p. i^5.

a. D. Fernando Mascarenlias avait 3. /.<- marrt6ou(Z,aer, Sidi el-Ayachi. Sur

succédé au mois de juin ï0?,8 à I). Miguel ce personnage, V. supra, Introiluctioii cri-

de Noronlia comme gouverneur de Tanger ; tique, pp. 187-198.

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qu'il put de Salé, El-Ksar, Tetouan, Farrobo', Chcchaouen, Béni Msaouer, Ouedras, Angera et autres lieux, et il vint jusqu'à nos territoires, en se dissimulant. Le prévoyant général, instruit de ees préparatifs, se disposa à la bataille, et, voulant prendre la campagne le 10 janvier, il envoya la nuit précédente deux espions, qui s'avancèrent intrépidement dans les grottes profondes du pays et dans les sentiers qui serpentent au mdicu d une végétation fertile et de l'ombrage des arbres; ils reconnurent les quelques rares embuscades qui y avaient été dressées et assurèrent qu'il n'y avait personne dans toute l'étendue de cette plamc. Alors, à dix heures du matin, il fit sonner le tocsin, mais, en rassemblant le troujjeau, on oublia une vache ; or il est bon d'avertir que l'enlèvement du troupeau par les Maures est tenu pour un afïront honteux ^

Pourévitercedéshonneur. Alexo de Sosa y Menezes, du royaume', avec un courage intrépide et une vaillante détermination, bravant un danger de mort évident, lâcha la bride à son cheval et alla recueillir la vache, estimant qu'il y avait moins d'inconvénient à la perte d'une vie consacrée dès les tendres années à la défense de la Foi et déjà exercée avec éclat à la guerre, qu'à la courte gloire que l'ennemi pouvait tirer de la vache oubliée. Mais sa chance fut telle, et son habileté si admirable, que non seulement il la ramena du lieu éloigné où elle était, mais qu'il sauva encore sur la croupe de son cheval un fourrageur, qui le rejoignit harassé et épuisé au point de ne pouvoir làire un pas de plus, et qui sans doute aurait été fait prisonnier, si ce secours ne lui était arrivé. Et il faut noter que celui qui l'a donné n'a pas dix-neuf années d'âge, et qu'il se risqua à y aller seul et sans compagnon (si l'on peut dire que celui qui porte sa valeur avec lui est sans compagnon). Ainsi, que le lecteur curieux considère quels heureux résultats peuvent se promettre les glorieux commencements de ce gentilhomme portugais, dans lequel, sans aucun doute, nous admirerons plus tard ce que le poète lyrique a dit d'un autre vaillant esprit :

I. Farrobn, Djebel cl-Kharroub. Sur les troupeau dans la place. On sait que la razzia

aulres noms de lieux ou de tribus, V. est l'objet principal de tous les combats

Flotte de Roquevaike, Carie du Maroc. livrés par les Maures.

3. Pendant les prises d'armes de la 3. Du royaume, c'est-à-dire: du Portu-

garnisou de Tanger, ou faisait rentrer le gai.

RELATION D INE SORTIE DES TROUPES DE TANGER 2'y'y

Qu'avec le temps, il reléguera Mars à la seconde place.

Imposera un joug à la mer, un frein au soleil, et l'envie au monde.

Il revint donc auprès du général, lequel ordonna aussitôt à un peloton de mousquetaires de sortir pour attaquer les Maures par une grêle de balles et de globes de feu. Ceux-ci s'étaient déjà divisés en trois escadrons, si bien ordonnés qu'ils se protégeaient les uns les autres. Et le général, pensant qui! n'avait pas là tous ses gens, ordonna aux arquebusiers de tirer avec toutes les flammes de leur vaillance, qui animait la flamme qu'ils vomissaient par les bouches fougueuses de 1 horrible instrument. Dieu voulut cjiie, sous la violence impérieuse des coups bien visés, beaucoup tombassent, se débattant au milieu de faibles signes de vie, dans 1 accablement certain de la mort : sur quoi leurs compagnons elTrayés s'enfuirent honteusement, instruits par leur jjropre expérience. Alors les nôtres, enorgueillis, chargèrent victorieusement et les poursuivirent lépée dans les reins, et par ce moyen, ils firent diverses prises de chevaux et autres choses. C'est alors que ladaïl Andres Diaz de França tua trois Maures et fit beaucoup de blessures profondes à d'autres; et ce jour là Dom Manuel de Castro. Arias de Saldaiîa, Alexandre de Sosa, Pedro de Oliveyra de Vasconzelos et Fernando Monteyro acquirent une réputation avantageuse, à cause du courage qu'ils montrèrent, dignes héritiers du noble sang de ces illustres Lusitaniens que l'anliquilé a tant célébrés.

Parmi les susdits se distingua Dom Jorge Manuel, qui, à la vue de tous, conduisant lavant-garde, attaqua celle des Maures, qui étaient plus de deux cents, et en désarçonna deux à la vue de tous, par de fiers coups de lance, dont ils l'urenl tués net. Avec la même intrépidité et un élan plus grand, il alla attaquer un autre Maure qui le chargeait au même moment : l'impétuosité et le choc des deux cavaliers furent tels que, leurs lances ne s'élant pas rencontrées, leurs montures se lieurlèrent : chevaux et ca\ alicrs tombèrent par terre ; le Maure se releva le premier, parce que Dom Jorge avait un pied pris sous son cheval, et le barbare scélérat marcha sur son adversaire pour le tuer; ils lui portèrent, lui et d'autres, di.\-neuf coups de lance, mais aucnn ne le blessa, parce que ses armes le protégeaient; ils ne lui firent (pi'une seule blessure à la tête, mais si peu grave que, dès le lendemain. Dom Joi-ge se Ironvail à eôlé du

2"8 lO-lI .lANVlER lfi3o

général, revenant à la poursuite des Maures. Ceux qui accoururent les premiers à sa délivrance furent Arias de Saldana (qui en passant donna un coup de lance mortel à un Maure) et Juan Fernandez Tavares, chevalier de l'habit du Christ.

En ce moment, on combattait en beaucoup dendroits, et la violence du déluge de balles et des traits de feu que tiraient les vaillants Portugais fit que la forêt paraissait composée plutôt de troncs humains que de souches sylvestres, car le général, en tout vivante image d'un courage viril, fit de grands et extraordinaires ravages parmi les ennemis. Le combat dura l'espace de deux heures, et, parmi les nôtres, il ne mourut qu'un jeune hommequi, atteintd'une balle perdue, tomba mort sur le sol.

Dom Jorge Manuel et Alexandro de Sosa furent blessés, ce dernier à une jambe, mais ce fut peu de chose. Simon Lopez de Mendoça, qui combattit comme un Cid, eut son cheval blessé. Le cheval du très vaillant cavalier Hernando Montero fut tué. Mais, parmi la pernicieuse secte suscitée par ce faux prophète, il en mourut d'innombrables. On n'en sait pas le nombre certain, mais on les vit occupés longtemps à traîner un grand nombre de morts vers leur camp, et, lorsque les Maures se retirèrent, on en vit sauter cinq réduits en pièces par l'effet de l'artillerie ; leurs blessés furent très nombreux.

Finalement, après la sanglante bataille, le barbare Laez envoya Reta, alfaquèque', à notre gouverneur, disant que le jour suivant il voidait parler à Sa Seigneurie, avec le caïd Almançor Cheikh et d'autres cheikhs des villages. Ceux-ci s'estimaient contents parce qu'ils avaient pris quatorze fourrageurs qui. par suite de la négligence de la sentinelle, étaient sortis dans la campagne. Ils en avaient tué huit et avaient fait les six autres prisonniers. Mais le très sage général les congédia poliment.

Le lendemain, le messager apporta une lettre, dont les termes, quoique grossiers, étaient les suivants.

. ^^. «lus par le Roi ou par les communes

I. Alfaquèque (de l'arabe: £j\5^)l), devaient être de loyal caractère, versés dans

nom donné aui membres d'une confrérie la langue arabe, humains, braves, pounus

moitié religieuse, moitié militaire fondée d'un patrimoine servant de cautionnement

pour le rachat des captifs. Les alfaquèques pour les sommes qui leur étaient confiées,

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