De cet embarquement, c'est-à-dire du io'i, 255 et
De CASTKits. IIL — 22
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11 le persuada à M. le Cardinal, à qui sa charge donnoit toute la conduite de la mer, de sorte qu'il en parla à Sa Majesté, & la suplia de renvoyer monsieur le commandeur de Razilly au roy de Maroque & aux rebelles de Salé, pour ramener les esclaves françois & traiter de paix, veu qu'on ne pouvoit pas pour lors faire une guerre ouverte, & par ce moyen empêcher qu ils ne continuassent à prendre les François, & y établir le commerce. A quoy Sa Majesté, touchée de sa pieté ordinaire, consentit volontiers, & fut ordonné que monsieur le Commandeur monleroit le vaisseau dit « la Licorne » & que le sieur Du Ciialard seroit son vice-admiral sur « la Renommée » & le sieur Pâlot auroit une patache, ne jugeant pas à propos d'armer davantage de vaisseaux, puisque la force ne pouvoit mettre ces Barbares à la raison, joint qu'on avoit besoin de vaisseaux en France, étant en guerre indirecte contre l'Empereur, l'Espagne & la Savoye, à cause de M. le duc de Mantoue', que le Roy protegeoit contre l'invasion de ses Etats, commencée par Cazal.
Cette ilollc leva l'anchre à la rade S. Martin", le 28 juin \ & mit sous voile pour aller droit à Salé. Il y avoit danger de ne rien faire avec le roy de Maroque, si on eût traitté premier avec ceux de Salé : sans doute il eût treuvé mauvais que l'on luy eût préféré ses sujets. Ils y alloient droit, non pour commencer leur traité par Salé\ mais pour la grande facilité qu'il y avoit de là à Saphy, qui est, comme nous avons dit, le port de Maroque''.
Le 12. & i3. juillet, quelques vaisseaux marchands se joignirent à eux vers le cap de Finisterre, qui fuyoient des corsaires, dont ils étoient poursuivis.
Le 23. du môme mois, ils arivcrent à la rade de Salé, où d'abord ils prirent un vaisseau chargé de sel que ces habitans pyrates
I. Louis XIII soutenait les droits de licutcnanl-géncral du roi d'Espagne dans le
Charles do Gonzague duc de Nevers, héntior Milanais, d'investir Casai (aS mai i63o).
du duché de Mantoue, à la mort du duc 2. S'-Martin de Ré.
Vincent II (1637), contre l'Empire, 3. \.suprn,p. 28g et note 2.
l'Espagne et la Savoie. Le siège de La !i. Dans une lettre au Chérif(V. p. 3ii),
Rochelle avait fait ajourner l'intervention Razilly s'excuse d'avoir, contrairement à ses
de la France, qui ne put empêcher le comte désirs, commencé par négocier avec Salé,
de CoUalto, général de l'armée impériale, de 5. Le porl de Maroque. c'est-à-dire: le
s'emparer de Mantoue (i03o) et Spinola, port de la ville de Merrakech.
HISTOIRE DE L.\ MISSION DES PP. CAPUCINS AU MAROC SSl)
avoient volé. Ce qui empcclia presque l'efet de ce voyage, car ces habitans mandèrent à M. le Commandeur qu'ils n'entendroient à aucun traité que ce vaisseau ne leur eût été rendu, que la force ne les obligeroit jamais à leur donner contentement, qu'étant venus pour traiter d'alliance, on ne devoit pas commencer par la guerre. A quoy monsieur l'Admirai répondit qu'ils étoienl dans ce blâme, ayant commencé par la prise de plusieurs vaisseaux François ; qu'ainsi ils n'avoient sujet d'ofTense & ne dévoient non plus refuser un traité, sauf à convenir de ces prises en le faisant.
Cesdificullés continuèrent jusques au second d'aoust, & pendant ce temps on leur arêta encor deux prises, l'une françoise, oii il ne restoit sinon un peudemairin, l'autre espagnole, chargée de chaux. Sur ces incidens, on tint conseil & on jugea que, n'étant venus que pour la paix, selon 1 intention du Roy, il falloit chercher les moyens pour y arriver. En efet, ce même jour, on treuva une voye pour adoucir les choses «k préparer les esprits à un entier accommodement'. DuranI ces rencontres, le sieur Du Chalard fut à terre demander le R. P. d'Athis. religieux de l'ordre de la Rédemption des caplifs', qui n'avoit pu s'embarquer l'an passé, afin de s'instruire de l'état des choses & de la volonté de ces messieurs sur les propositions qui avoient desja été avancées.
Enfin après plusieurs éclaircissemens, le second jour d'aoust. on commença de se disposer pour entendre tout-à-fait au traité. Les otages furent en\oyés des deux côtés pour la seureté de ceux qui Iraiteroient ; monsieur Du Chalard alla au chasteau de Salé, où les gouverneurs & ceux du conseil du Douvan étoient, s'assirent sur des quarreaux de damas rouge, le pavé de la chambre couvert de tapis. Il y avoit une petite table haute d'une coudée^, où le secrétaire du Douvan écrivoit ce qui avoll été délibéré. Ce fut là qu'on leur présenta la lettre de Sa Majesté Très-Chrestienne, qu'ils receurent avec grand honneur.
Cette conférence fut conduite avec tant d'Iieur ^V de prudence, que le -j/x. jour cK- Dulhache ' de mil \ trente-neuf ans, & desChres-
1. Sur l'intervoiition de John tl.irrisuii cet ordre ù l'aris. V. p. 873.
en ces circonstances, \. suiira, [>. 3oi), 3. Cettepetitclablebasse, trèseniisagoau
note I. Maroc, s'appelle : maïda.
2. Il était commandeur du couvent de /i. Dulliachr, pour Dou el-IIiddja.
34o JLIN-NUVEMBRE 1 63o
tiens le 3. aoust' i63o fut fait une suspension d'armes entre les François & ceux du chasteau & forteresse de Salé, les Gouverneurs & ceux du Conseil ou Douvan, avec défense de rien entreprendre les uns contre les autres.
Le 4- lut acordé [que] pour le rachapt des esclaves françois qui se treuveroienl audit lieu de Salé >k terre de sa jurisdiclion on payeroit à leurs patrons l'argent qu'ils avoient coûté, avec quarante pour cent de profit, en toille de Ilouen à prix raisonnable. Et les François promirent aussi de relâcher seize prisonniers mores ou turcs. De France, ils étoient cent cinquante ik un, sans en compter vingt que le Père d'Athis avoit rachetés, & trois retirés par des particuliers. On délivra aussi deux l'cligieux hibernois. Ce rachapt se monta jusques à la somme de treize mil trois cens soixante ducats. Ce commerce dura jusques au g. d'aoust.
Le i5. le sieur Pâlot fut envoyé à Saphy porter la lettre que monsieur le Commandeur écrivoit au roy de Maroque, donnant avis à Sa Majesté que dans peu de jours il seroit à ce port, afin d'achever le traité qui fut commencé l'année précédente ; que pour cet efet il la suplioit luy envoyer à Saphy un passeport pour les François qu'il mettroit à terre afin de travaillera cette affaire.
Le 20. d'aoust. la pluspart des esclaves estoient rendus aux bords. Quatre des principaux de Salé furent complimenter monsieur l'Admirai ; &; pour leur rendre cette visite, M. le Commandeur y envoya le R. P. Isidore de Baugé, capucin, & Frère Rodolphe, du même Ordre, avec le R. P. d'Athis & son secrétaire^. Et le 22. ils en retournèrent fort satisfaits des honneurs qu'ils y avoient receus, avec une douzaine de peaux de vautour & autres raretés, desquelles on les avoit régalés.
Peu après ' deux des plus considérables bourgeois portèrent au bord de monsieur l'Admirai les articles de la paix dressés suivant les mémoires que leur avoit laissé monsieur Du Chalard, signés de tous ces messieurs". Il y avoit plusieurs articles qui seroienttrop
1. Exactement le 2 août. clés de la paix » présentés par les députés
2. Ce secrétaire était vraisemblablement de Salé. V. supra. Doc. XXXVI, p. 28a. Jean Armand Mustapha. \ . ci-dessus p. 3o4 , 4 ■ C'est le projet de traité rédigé en esnote I . pagnol et publié ci-dessus. V. Doc. XXXVI,