V. Arciiives dép. du Calmdos. Série 1617, p
INTRODUCTION
Mocquet fit de sérieuses études de botanique et de pharmacie, qui devaient lui faire obtenir un jour la charge d'apothicaire ordinaire du Roi'. On voit d'ailleurs qu'il mettait les connaissances pratiques fort au-dessus de la science de certains chirurgiens, experts en langue latine, mais manquant « de la cognoissance des medicamens et d'expérience " ». Ses pérégrinations « en terres eslranges et esloignécs » commencèrent en 1601 ' : il n'avait d'autre but que de parcourir le monde. Dans la suite, la plupart de ses voyages furent entrepris à la demande du roi Henri IV'', à la cour duquel on constate sa présence en i6o5: Mocquet, à cette date, revenant d'Amérique, explique devant le Roi à Fontainebleau comment les Indiens se procurent du feu en frottant de petits bâtons ^
Dans la série de ses voyages'', ceux qu il accomplit au Maroc sont chronologiquement le premier (1G01-1602) et le troisième, qui eut lieu en 1606- 1607.
Il s'embarqua la première fois à S'-Malo. le 9 octobre 1601. sur un navire appelé « la Sirène ». chargé de sel et qui allait faire la pèche au banc d'Arguin. Après avoir repoussé une attaque de pirates, le navire mouilla près du Cap Blanc. Mocquet, étant descendu à terre pour se procurer quelcpies œufs d'autruche, faillit être pris par les Maures. « La Sirène » alla pêcher au large du fort d'Arguin occupé par les Portugais, mais les Espagnols survinrent avec cinq navires, s'emparèrent du bâtiment et le ramenèrent à San Lucar de Barrameda
1. C'est ainsi que Mocquet est qualifié compte de son voyage au Roi. V. t" Série, dans le « privili'ge » de son livre en date France, t. II, p. 417. Il mentionne assez du 12 août 16 16. Il semble avoir exercé fréquemment ses entretiens avec Henri IV celte fonction au moins depuis i6o5, date et Louis XIII.
de son départ pour un deuxième voyage 5. y AaVoyaijes de JeanMocquel.^.81.
au Maroc, dont il rendit compte au Roi à 6. Mocquet fit 6 voyages : i" sur la côte
son retour. d'Afrique et au Maroc (1601-1602); 2° sur
2. V. /" Série, France, t. II, p. 388. le Maragnon, avec La Ravardière (i6o4);
3. Ce premier voyage conduisit Jean 3° au Maroc (1G05-1607); 4° à Mozam- Mocquct précisément au banc d'Arguin et bique et Goa (1607-1610); 5" en Syrie et sur la côte du Maroc. Terre Sainte(i6i 1-1612); 6°, en ce voyage
Ix. Dans la dédicace de son ouvrage à Mocquet voulait faire le tour du monde;
Louis XIII, Mocquet dit que Henri IV lui mais il ne put aller plus loin que Cadix
avait fait l'honneur de lui commander une (i6i/i-ifii5). Le récit de ces voyages est
bonne partie de ses voyages. A son retour d'un grand intérêt, car Mocquet est un au-
du Maroc, en 1607, Mocquet était allé rendre leur véridique et précis.
INTRODUCTION XXIX
(février 1602). Fort heureusement, l'adelanlado ne maintint pas l'embargo et le capitaine de « la Sirène » se hâta d'aller à Lisbonne afin de vendre son poisson «pour le caresme » ; mais il s'en trouva beaucoup d'avarié qu'on dut jeter à la mer. « La Sirène» ayant été affrétée à Lisbonne pour porter un chargement de blé à Mazagan, dont la garnison portugaise se mourait de faim, Moccpiet repartit pour la côte africaine le 28 avril 1602. L arrivée du navire sauva une fois de plus Mazagan de la famine. Mocquet, très bon observateur, fait bien connaître la vie misérable des soldats portugais dans les «fronteras ». Il rentra à S'-Malo le i" août ir)02 '.
Le second voyage de Jean Mocquet au Maroc avait priiuilivemenl pour but les Indes Orientales, mais à Lisbonne, n'ayant pu réaliser ce projet, il s'embarqua le 3 août 1606 sur un navire de La Rochelle allant en Barbarie. Ce navire ayant fait escale à Safi (8 août 1 606) et la présence de l'apothicaire français ayant été connue, on demanda à ce dernier de donner des soins au secrétaire de Moulay Abou Farès, venu récemment avec une caravane. Mocquet administra au malade une telle purgation qu il lui fit « jetter par bas comme de petits serpenteaux. . . . tels qu'on ne pourroit presque s'imaginer que si vilaine et horrible chose peut cstre dans le corps d'un homme"». Cette cure fit sa réputation et on lui proposa d'accompagner la caravane, qui retournait à Merrakech. Il quitta Safi le 28 août et arriva le 2 septembre dans la capitale chérifienne. où il alla rendre visite au sieur A. de Lisle, logé dans le Mellah. Mocquet fait de la ville et des habitants une description très fidèle et donne sur la situation troublée du Maroc des renseignements intéressants. Il quitta Merrakech le 22 octobre et revint à Safi trois jours après. La chute de Moulay Abou Farès et la nécessité d'obtenir un nouveau passeport de son successeur le retinrent deux mois sur la côte, pendant lesquels il alla herboriser, recueillant « des plantes et de très belles fleurs pour en rapporter au Roy ».Ilput s'embarquer le 2 4 janvier 1607 et arriva au Havre le 17 mars'.
A la veille de son cinquième voyage, accompli en Syrie et en
I. V. /" Série. France, t. II, |>p. 383- 2. V. ["Série, France, t. II, p. Sgi.
3g I, le récit du |)rcmicr voyage de Jean 3. V. le récit de ce voyage, /" Série.
Mocquet au Maroc. France, t. Il, pp. 391-^17.
XXXII INTRODUCTION
Terre Sainte de 1611 à 1612, Mocquet, suivant son habitude, vint à Paris faire sa révérence au jeune roi Louis XIII et à la reine régente. « Leurs Majestés, raconte-t-iL furent bien aises de voir mes singularitez et commandèrent de me faire bailllcr lieu propre en leur palais des Thuilleries pour y dresser un cabinet de toutes sortes de raretez et choses curieuses que j'avois pu ramasser en tous mes voyages par le monde' ». Ainsi fut créé, en 16 12. le premier musée royal. Jean Mocquet, déjà apothicaire ordinaire du Roi, en fut nommé conservateur. On voit en efTet que, le 8 octobre 1616, le Roi ordonna au trésorier de 1 Epargne de payer la somme de quatre cent cinquante livres à u Jehan Mocquet, l'un de noz appothicaires et garde de nostre Cabinet des singularitez en nostre pallais des Thuilleries..., de laquelle nous lui avons faict et faisons don par ces présentes signées de nostre main en considération de ses services^. »
La relation imprimée des voyages de Jean Mocquet porte la date de 161 7, et l'absence de toute mention du voyageur à partir de cette époque dans les mémoires et journaux du temps donne lieu de croire qu'il a survécu de peu à la publication de son ouvrage.
Guillaume Curiol. — Lorsque les relations diplomatiques avec le Maroc eurent été renouées par la deuxième mission de A. de Lisle, Henri IV, qui ne reconnaissait pas la nomination faite par les Ligueurs de Georges Fornier comme consul en ce pays et qui considérait que cet office était vacant depuis la mort de Guillaume Bérard, y nomma par lettres patentes du iG septembre 1(307' '^ sieur Guillaume Curiol, marchand et citoyen de la ville de Marseille*. 11 accordait en môme temps la survivance de la charge à Jean Philippe Castelane. Guillaume Curiol éprouva sans doute, comme ses prédécesseurs, de grandes difficultés à faire acquitter par les négociants français les droits qui lui revenaient en raison de sa charge.
1. V. Voyages en Afrique, Asie.... faits 878, les provisions de G. Curiol.
par Jean Morijuel. Ed. princeps, p. 4i8. l\. On trouve un Jean Curiol deuxième
2. MWÀ.'^Ai. Pièces orhfmales. vol. ig/5. échevin de la ville de Marseille en i664. cote 45.35y, n" 2. Cf. O. Teissier, Les anciennes familles