Sur ce personnage, V. p. :i5o, note i
7. Sur cette violation du droit des gens, \. la Rclalion du P, François d'Angers, p. 107.
BIOGRAPHIE DE MOLLAY AISD EL-MALEK .'^8 I
berger alloit au devant de ses ouailles pour les défendre de ce loup carnassier, et en recevoir sur luy les coups), luy tenant cpielques propos comme cpi'il vouloit c|u'il luy servist de soldat, & autres choses impertinentes, ce sainct homme s'en estant modestement excusé sur sa vieillesse, le priant tpi il le mist plustost hors de servitude, ayant la rançon toute preste à Masagan, quand il eut ouy nommer cestc forteresse, que les Espagnols detieiment de ses terres, ce fut alors que, tirant son espée hors du fourreau, il luy donna premièrement un si grand coup sur la teste, que son espée passant outre se rompit la pointe contre une muraille. Puis, ce Père se mettant à genoux, afin de recevoir le second, disant à haute voix en son langage: « / Vive la fe de my Redemtor Jesu Chrislo! Acabe, leoii hambriente, de despedaçar mi qiierpo. que es seniza para que mi iilma vaia presto goçar de la bien advciilareiirii. Esta coronna a muclio tieinpo que la deseo, mucha lionnt me haze », ne luy ayant pas encores osté l'usage de la parole pour celuy-cy, ains continuant de luy dire : « Perro ralAoso endemonado. lu no puedes que matar my cuerpo, mas my aima sera oy coronnada en el cielo », il l'acheva par un troisiesme. luy mettant toute la teste en deux. Et après se ruant pesle-mesle sur tout le gros, escrimant de rage & de fureur, & chamaillant de çà & de là, s'encourant de roidcur vers le susdit vertueux religieux jacobin ' qu'il aperceut parmy la brune (car la nuit le print en ce combat) à cause de la blancheur & forme de son habit, & luy criant qu'il reniast sa foy, il luy donna tant de coups d'espée, que, comme il l'eust laissé pour mort sur la place, il s'en trouva chargé, de ceux qui avoient porté, de sept grands, sçavoirde trois énormes sur les espaulcs, luy pensant avaler la teste, un à la main qui luy avoil tranché un doigt, deux au bras qui luy en avoit osté le mouvement, & un aux jambes dont il tomba par terre ne pouvant plusse soustenir". Cruautez qui furent suivies d'un meurtre (|u'il fit de sept de ses femmes, si tost qu'il fut arrivé dans son Abbedée ', ceste tragédie se jouant dans les jardins à une grande place proche de ses escuries. Et après son souper de ces deux mal-
1. Le P. Pierre Morcl de Rouen. V. p. 2. Le P. Morel guérit cependant de ses
38o. On sait que les religieux de l'ordre de blessures. V. p. 167.
Saint-Dominique étaient connus en France 3. Abbedée, El-Bedi. Sur ce palais, V. El-
sous le nom de Jacobins. Oufràni, Index, au mot Bédi'.
lieureuses aclioiis. sortaiil pour allci- l'aire un piie carnage en la jirison où esloienl les Pères capucins, s'il n'eust esté dissuadé d'y entrer par quelqu'un de ses alcaïdes, pour lemotion que cela pouvoil causer à la ville, à cause qu'il esloit trop 7iuil, il fut heurter à la maison d'un sien cousin germain, »S: leslrangla entre ses mains, comme il luy lut venu cjuvrir la porle'. Puis s'en revenant pour cuver son ^in. il fit jctlcr, pour coui'onnement de loules les actions de oestejournéc, deux de ses helchcs" dans ses cstangs, les ayant fait foueter cruellement.
Mais cecy sestanl passé ce jour, que penscs-lu qu'il fist les autres? Certes le jour ensuivant', comme il reposa de son vin, pendant que de leur costé nos pauvres martyrs françois s'estans tous assemblez au lieu où estoient les Pères capucins, non tant pour panser leurs blessures que pour se préparer à un plus cruel martyre, ce qu ils firent par une dévote confession & communion, avec une protestation & serment solennel faict après la lin de la saincte messe sur les sainctes Evangiles, chacun en pai'ticulier y apposant la main, que jamais, quelque genre de barbarie qu on exerçast sur leurs personnes, ils n'abandonneroienl la sainte foy, ce furieux energumene, estant éveillé, & se souvenant desdits Pères capucins & de leur compagnie, & que la nuit l'avoit empesché de les maltrailter, il les envoya quérir, pensez pour en faire sacrifice & en saouler son avide cruauté, si non que Dieu, qui use, quand il luy plaist, de sa puissance extraordinaire, le voulust adoucir pour cette fois. La chose estant ainsi succédée, qu'après avoir tenu plusieurs discours à ces Pères, qui, comme de généreux capitaines, se mirent au devant de la troupe pour combatre ce cerbère infernal, comme, entre autres, quelle estoit la meilleure religion, de la sienne ou de la leur, et ces Pères luy ayant constamment respondu que, si ce n'estoit la chrestienne, ils ne se fussent pas exposez à traverser tant de mers pour la venir défendre dans ses royaumes, & qu'ils estoient prests de la soustenir contre les plus doctes & versez qu'il choisiroit en sa loy, & par un feu qu'il feroit faire exprès, à fin que