Hccutlis pour: je rccuUis. pp. ^f{i-t\lifi
.3. Sur l'arrestation du consul Pierre (i. Allusion à la j)ris(! faite par lla/illj
De Castries. 111. — 2g
!^bo 9 JUILLET i63/i
mestres, il en feroit bien pix et à tons, tant de François qni tumberoient en ses mains ; que, quand il eust advis de la venue dudit Cabiron, il feist jouer touttes sortes de ressortz pour garder qu'il ne dessendit en terre, prenant prétexte que c'estoit fere mespris du Roy de luy envoyer un cuysinier et qu'on luy devoit avoir envoyé quelque seigneur qualifBé, conforme à son mérite, que allors luy feust respondu par l'un des alcaïdes qu'ils cognoissoienl ledit Cabiron de sy long temps, venu capitaine dans un navire, et avoit rezidé et traitté en la terre plusieurs années, et prioient au Roy de l'envoyer quérir, et que ce n'estoit pas peu de recebvoir une lettre du roy de France ; et que le Roy avoit commandé qu'on envoyât quérir ledit Cabiron avec une escorte de gens de clieval, pour le conduire à Marroq.
Le xij' jour de mars, après avoir balancé touttes les raizons que j'avois recully de tant de personnes, et mis en considération les mémoires que j'avois de Sa Ma"", et entre autres l'article par lequel m'ordonne de fere entendre au roy de Marroc la vérité de l'aflere et mescliancetté desdits Pallaclies, prins resolution de recuzer tous les Juifs, et, pour avoir plus de jour en l'aCTaire, présenter la lettre qui fait mention du duplicata du traitté de paix^ pour en cas que le roy de Marroq feust en volonté de demeurer aux termes desdits articles, et, ne les voulant acepter, les raporter.
Le xiij" jour du mois de mars, environ trois heures après midy, le roy de Marroq m'envoya appeller par un de ses huissiers, qui me conduit à l'iVlcassave', au Grand Mechouard'*, où résident les gardes du corps du Roy et oii l'alcaïde Ileya Agena me vint prendre par la main, à qui ayant fait les submissions requises, luy dis que le Roy, mon seigneur, m'avoit envoyé vers luy pour luy porter la lettre que luy presentois, lequel le saluoit avec toutte affection. Il respondit que j'estois le bien venu et qu'il estoit bien aise
et Du Chalard d'un navire appartenant aux 3. L'Alcassave, la Kasba.
Pallache. V. supra, pp. 3qi-3ç^2.
1. Ces mémoires, ou plutôt ces instruc- ^- '^I^chouarJ, mechouar jl^^t, cour lions, n'ont pu être retrouves. ouverte où le Clurif tenait son conseil et
2. Du duplicata du traitté de paix. Il faut donnaitses audiences. Ily avaitdeuxemplacnlendre : du duplicata de la ratification du céments affectés à ces séances, et on les traité de i63i. V. supra, Doc. LXIII. p. !t3~, appelait le Grand et le Petit Mechouar. V. et infra, p. 454, note i. infra, p. 45i, et p. 465, note i.
RELATION d' ANTOINE CABIRON 45 I
d'entendre de nouveles du roy de France. Et ordonna à l'alcaïde Heya de prendre ladite lettre, que je luy donnis dans une bource de satin incarnat brodée d'or, et, ayant fait un peu de silence, luy dis que j'avois ordre du Roy, mon seigneur, de prier Sa Mag'° Imperialle de ne souffrir que aulcun Juif feust interprette de sa lettre ny s'entermisscnt en ses affaires, sinon de Mores. Ce que luy feust refferé par Moyse Pallache, qui servoit de trucheman, lequel vint blesme et pensa mourir de honte, car il ne s'attendoit pas cela. A quoy le Roy rcspondit qu'il seroit fait ainsy que je requerois. Et ainsy bailla les lettres ez mains dudit alcaïde Heya, avec ordre de les fere interpréter par Talbe Hemed Belcassem et l'alcaïde Morat François', lesquels après je fcuz viziter et les priay de ponctuellement traduire ladite lettre, et (pie je les gralifficrois. Le x\' dudit mois de mars, le Roy m'envoya derechef apeller à une gallerie qui est entre le Grand et le Petit Mechouard, servant de parloir. Là vindrent ledit alcaïde Heya, en compagnie de l'alcaïde Morat et Talbe Hemed Becassem. Lequel caïde Heya dit audit Cabiron que le roy de Marroq avoit fait interpretter la lettre que le roy de France luy avoit envoyé, par laquelle avoit veu qu'il fezoit de grandes plaintes, particulièrement sur ce que David Pallache. juif, n'avoit pourté les despechcs que luy avoient esté baillées en France", ny la ratifflcation de la paix, le double de laquelle il m'avoit baillé pour fere voir au roy de Marroc ; et que ledit roy de Marroq disoit que le roy de France avoit grand tort d'avoir conflé à un Juif une chose de sy grande importance ; que,
I. Ce caïd était un renijgat français, l'agent anglais Robert Blakc qui l'engageait
« hombre de muy buenas prendas » dit le à livrer la place à l'Angleterre (V. Ibidem et
P. Fb. DEL Puerto (p. 462). Jean Marges z" Série, Angleterre, 3i décembre i638).
qui le qualifie de « grand bascha et gcnc- Il ne faut pas confondre Morat Françoisaveo
rai de l'armée du Clierif » dit qu'il était Murât Raïs le renégat hollandais qui était
originaire de Marseille et « affectionné au amiral de Salé (V. p. Sog, note 3), ni avec
scr\ice du roi de France ». V. p. S^Q- — Morat Genevois (V. p. 538 et notes i et a).
n signe 5 Sali au bas de la rédaction fran- 2. Les « dépêches baillées à Pallache »
çaise du trailé du 18 juillet i635 pour en étaient la lettre pour le général des galères
certifier la conformité au teste arabe do Marseille (V. p. .'|54), celle qui était
(p. .'igi). C'est lui qui commande le ren- adressée au Grand Maître de Malle pour la
fort envoyé par le Chérif (i637-i638) dans mise en liberté du marabout Sidi er-Regra-
la kasba de Salé (V. Introduction critique, gui (V. p. 407) et très probablement une
p. 197). Il aurait repoussé les avances de lettre pour le Chérif.
Il02 9 JUILLET l634
le roy de Marroq n'avolt point envoyé ledit Juif vers le roy de France, ny ne l'avoit jamais qualiffié son fidelle ministre ; que, quand l'embassadeur de France' vint, luy feist donner sa lettre contenant response à celé qu'il avoit porté en mains propres, et que, si ledit Juif en avoit porté aulcune autre, elle estoit donc faulce. Je luy respondis que, quand monsieur de Moleres feust à Marroq, il ne raporta aulcune l'esponce, ains partit de Marroq et feust à SafTy et se rembarqua, attendant que Moyse Pallache la raportast; et que messieurs de Ilazilly et Du Challard avoient esté conslraintz d'envoyer un marchand expi'ès à Marroq pour fere atter" d'envoyer lesdites despeches, lesquelles ledit Moyse Pallache porta à bord ausdits sieurs ; ne sachant ' sy son frère en avoit pourté autre pour l'introduire en cour de France'*, d'autant que je ne m'estois point truvé en telle action, de sorte que n'en pouvois [parler] que comme incertain et par presupposition, et que ce qui me donnoit telle croyance estoit que ledit Pallache, estant arrivé en France, feust mené à la Cour par lesdits sieurs de Razilly et Du Challard, de quoy n'auroient heu nécessité, n eust esté que sans doubte il avoit quelque lettre à rendre ; mais que l'importance de l'affere estoit qu'il faloit croire pour chose infalible que le Roy, mon seigneur, n'auroit point escrit telle chose, s'il n'estoit véritable, n'y ayant prince au monde qui n'adjoustat foy à ses escris, et que ses lettres ne feussent receues avec autant de vérité et d honneur qu'on sauroit désirer ; et partant qu'il ne faloit point mettre en doubte la parolle d'un roy sur les calompnies d'un effronté couquin de Juif, lequel, ayant trompé deux roys, vouloit eschaper sa meschanceté par ses manteries et rendre les lettres d'un prince tel qu'est le roy de France faulces ; que, quand à moy, en lestatque jeprocedois.jedemandois justice au roy de Marroc contre ledit Juif, et que, si le roy de Marroq ne me la rendoit, le roy de France avoit les bras assés longs pour se valoir de ceulx qui lui fesoient du tort.
Ledit alcaïde Haya rentra vers le Roy et aussytost ressortit, di-
1. L'embassadeur de France: M. de l^. En réalitc David Pallache était porteur Molères. V. supra, pp. Sga-SgS. d'une lettre de son frère Moïse à l'adresse
2. Aller, pour: hâter. du cardinal de Richelieu. V. supra Doc.
3. Ne saclianl... pour; que je [Cahiron] LVII, p. 430, et Introduction critique, ne savais... pp. SgS-Sg^.
RELATION DANTOINE CABIRON 453
sant que le Roy demandoit de savoir sy j'avois porté ladite lettre, que David Pallache disolt avoir porté de sa part. A qui je dis que n'estoit pas la coustume de raporter une lettre qui avoit esté envoyée, mais qu'elles ne se perdoient point et qu'on la pourroit raporter auec le temps. Ledit caïde Ileya rentra, et, pendant c[u'il estoil avec le Hoy. les alcaïdes Mofletta et Sayd vindrent dire les mesmes raizons que le susdit Heya : ausquels feust répliqué comme à l'autre. Ils entrèrent ot ressortirent derechef, disant que Moyse Pallaclie nyoit que David, son frère, eust receu aulcune despeclie en France, ains au contrere, qu'il avoit esté fort maltraitté en cour de France.
Je leur dy derechef que la lettre du Roy devoit prévaloir par dessus les menteries d'un Juif, et que c'estoit fere tort au Roy, mon seigneur, de tenir tel discours et soulTrir qu'un meschant homme ouvrit la bouche pour parler contre un monarque, que la langue luy dcbvoit estre arrachée, et que, pour fere voir au roy de Marroq la meschancetté de l'un et de l'autre frères, ils ne pouvoient nyer d'avoir receu, sçavoir : au premier voyage qu'avoitfait ledit David', une cliesne d'or valant deux mil onces, six mil onces en argent comptant, un navue qui avoit esté déclaré bonne prinse, qui valoit plus de quarante mil onces, une licence d'embarquer trois mil muidz de sel qu'il vendit à La Rochelle six mil quatre cens onces, et ceux qui lachapterent de luy gaignerent plus de vingt-quatre mil onces; ce feust pour le premier voyage. Et le second, en deux fois, luy feust baillé six mil deux cens onces, qui est en tout soixante mil six cens onces, oultre et par dessus tous les fraix qu'il avoit fait en ses allées et venues et pendant qu'il avoit suyvi la Cour". De quoy quelque honeste homme de More seroit esté grandemant satisfait. Que, quand même l'alcaïde Heya seroit esté en propre, on ne le pouvoit traitter plus courtoisemant, luy ayant esté fait touttes ces honneurs à considération du roy de Marroques, son mestre, car, pour luy ni toutte leur race, on ne les auroit traittés que comme Juifs perfides, traittrcs et meschans,
I. Ce « premier voyage » était celui 2. Onluiavaitremis en outreunesommc
qu'avait fait Daviil Pallache pour venir de d'argent iraur les frais de son retour au
Hollande à Paris. CJ. Introduction critique, Maroc. \ . /'''•■ Série, Dépôts divers, Russie, à
p. 392 et 1"' Série, Angleterre, à la date du la date du 3o octobre i034, Instructions pour
i5 mai i63i. Brasset.
/15^ 9 JUILLET ifiS.'l
recogneuz ainsi par tout le monde. C'est pourquoy antiennemant feui'cnt bannis de France, où ils ne peuvent habiter, à peine d'estre bruslés.
Ils demandèrent les articles de la paix de la part du roy de Marroq, suyvant la lettre de Sa Mag'" Très-Crestiene. Je leur dis qu'il estoit véritable que lesdits articles et la confirmation ' m'avoient esté bailles, conforme à ceux qui avoient estes deslivrés à David Pallachc, à condition que, si le roy de Marroq vouloit demeurer aux termes du contenu en iceux, je les baillasse, ou sinon que je les raportisse au Roy, mon seigneur ; et que par iceux il paroissoit comme le Roy, mondit seigneur, avoit comply de sa part. — Ils me dirent que leur roy les vouloit voir et que raporleroient la responce, me requérant de les leur bailler. — Je les leur l)aillis donc, mis en une bource de satin incarnat brodée d'or. Ils pourtarent lesdites despecbes au Roy, et peu après les alcaïdes Heya et Aguadet vindrent me dire que le Roy avoit receu par leurs mains lesdites despecbes, lesquelles il feroit traduire, et qu'il estoit en volonté d'entretenir la paix, corres2Dondance et bonne amitié que ses prédécesseurs avoient lieue avec le roy de France, ainsi qu'estoit porté par lesdits articles ; mais qu'il truvoit une difficulté qui procedoit du costé du roy de France, c'est qu'il n'avoit point envoyé les cajitifs ses subjetz qui sont ez galleres de France, et partant qu'il estoit raisonnable'; et incontinant qu'ils seroient venus, ils restitueroient tous les François et leurs biens qui estoient en son pouvoir. — Je leur dis encores que Sa Mag'" Très-Crestiene avoit satisfait de sa part et fait deslivrer lettre audit Pallacbe contenant ordre à monsieur le gênerai des galleres de Marceille pour la deslivrance des Mores subjets du roy de Marroq, et argent pour fere les fraix du voyage, et que, si ledit David Pallacbe avoit comis la faute, qu'il en devoit souffrir la peine, non pas de pauvres François, qu'on detenoit en tourmens pour la coulpe des susdits. — Ils dirent alors que le roy de Marroq desadvouoit lesdits Pallaches et que le roy de France feist cbastier en Crestienté, et
1. La con/irma/ion : Entendez le duplicata la rédaction ; il faut entendre: Et partant dont il est (picstion ci-dessus. V. p. 45o qu'il était raisonnable d'attendre l'arrivée et note 2 . des captifs maures qui se trouvaient dans
2. Il doit V avoir ici une omission dans les galères de I>"rancc.
RELATION d'a>TOI\E CABIRON' /j55
qu'il chastieroit de sa part celuy qu'il tenoit. — Je supliay lesdits alcaïdes de dire au Roy de me donner une lettre tle desadveu et que le Roy, mon seigneur, envoyeroit pour le ferc chasticr ; et que, puisque le roy de Marroq estoit en volonté d'entretenir la paix et qu'il desiroit d'avoir les Mores ses subjetz, je le supliois de restituer lesdits François et leurs biens, et me donnut un More tel qu'il luy plairroit pour venir avec moy, ez mains duquel lesdits Mores seroient deslivrés, pour les conduire à Marroq, et que aussy feust envoyé à Salle lesdits articles de paix et ez autres lieux dudit royaume, affin quelle feust publiée.
Quelcpie peu apprès, sortit ledit alcaïde Ileya, qui dit que le roy de Marroq iruvoit cstrange que messieurs de Razilly et Du Cliallard eussent souffert qu'un Juif eust mis la main pour le roy de Marroq et signé pour luy lesdits articles de paix '. — A quoy je respondis que, comme lesdits sieurs de Razilly et Du Cliallard avoient veu que ledit Pallache avoit esté acreditté pour pourter lesdits articles présentés de la part du roy de Marroc en arable et les leur fere signer, et que monsieur de Moleres leur avoit certiffié qu'il estoit tant favory du Roy et que sans doubte son seing ne seroit desadvoué, et ainsi, il avoit signé en présence de Juda Levy et Jacob Beuros, renteros du port de Saffi ', illec presens. — Sur quoy ils repartirent ([ue ledit Juif disoit y avoir esté forcé par lesdits sieurs de Razilly et Du Cliallard. — Je leur dis que telle menterie sedestruisoit d'ellc-mcsme, d aultant que jamais il ne s'estoit plaint d'avoir receu aulcune discourtoisie desdits sieurs, jusques à ce qu'il avoit esté convaincu de ses meschancettés, et que en France avoit esté truvé fort estrange qu'un Juif eust signé pour le Roy, disant que de Mores de qualité pouvoient bien avoir estes employés à telle action. De plus leur dis que je m'esbahissois que de personnes rcslevées comme eulx souffrissent qu'un Juif privast, mit le pied et prevaleust comme il fezoit près de Sa Mag"', et que, par un discours affecté, se produisit devant eulx. Ledit alcaïde Heya se soubzrit et avec ce dit que le roy de Marioq dcmeuroit cstonné
I . Sur celle signalure de Moïse Pallache, L'agent anglais Roberl Blake devait réussir
V. Introduction critique, p. 3g3 et note 8. un peu plus lard à se substituer aux ren-
ï. On sait que les droits de douane leros jviifs. V. ci-dessous. Relation de Jean
«Slaienl ordinairement anermûs à des Juifs. Marcjes. p. 543, et note 2.
^56 9 JUILLET l()3f^
qu'il ne vint point en raddo de navires marchans traitter en ses ports, comme ils avoient acoustumé au passé. — A quoy feust reparty : qu'il ne faloit pas qu'il en demeurast esbay, d'aultant qu'il n'y avoit aulcun prince qui ne se ressentit du mauvais traitemant qu'avoit receu le roy de France en la personne de ses subjelz, et que cela estoit cause que aulcun navire marchant ne vouloit venir traitter en la radde de SaÊfy, ains alloit traitter ez porlz des ennemis du roy de Marroq, là où ils estoit bien receuz, leur tenoit paroUe, payoit bien les marchans', s'ils alloient à terre, leurs personnes et biens estoient conservés, et partant cela les obligoit à bonne correspondance ; et que, si le roy de Marroq fezoit le mesme, il rendroit bons ses portz et ses rentes luy seroient conservées, et, vivant autremant, non seulemant il perdoitsesdites rentes, mais aussy renforçoit ses ennemis du sien propre, car touttes les marchendizes que convenoit achepter aux marchans de Marroques et autres dudit royaume se souloient amonceller audit Marroq où ils paioient les droilz, et après estoient reparties en divers royaumes et provinces de l'AlTrique. et que maintenant le comerce de Marroq estant perdu par les manquemens susditz, ce qui obligoit maintenant les marchans desdits royaumes et provinces de se pourvoir ez terres de ses ennemis. Adjoustant encores que, sy l'affere continue de la sorte, les navires de guerre et autres qui pourroient estre envoyés sur la coste garderont que aulcungs navires marchans ne traitteront ez portz et rades dudit roy de Marroq, et que, puis qu'il avoit la comodilé en main, ne la devoit laisser perdre, ains inclyner à l'establissemant d'une bonne jiaix et fere bien chastier ledit Juif pour example et restituer à autruy, et ainsi il demeureroit en bonne odeur envers son peuple.
Ledit alcaïde Heya reentra et peu d'espace apprès ressortit, disant pourquoy on n'avoit point envoyé le Morabite qui estoit captif à Malte. — A quoy luy feust respondu qu'on n'estoit point obligé à telle chose, mais que, par un article dudit traitté^, avoit esté dit que le roy de France fa voriseroit le rachapt de Hamed el-Re-
I. L'auteur fait ici allusion au commerce dessus p. igi, note 3; p. 365 et notes 4,
très actif qui s'était établi entre les Euro- Set 0.
péens etles sujets rebelles du Sous, que gou- 2. V. supra cet article pp. ^i3 et
vernait Sidi Ali ben Mohammed. V. ci- ^il).
UELATIOX d'aNTOINE CABIUON 457
gregui, qui est captif à Malle, ce qui avoit esté fait, ayant pour cest cfTect esté donné la lettre favorable dudit roy, mon seigneur, audit Pallaclie. — • Ledit alcaïde dit qu'il n'aparoissoit point de ladite lettre. — Je luy dis qu'il n'y avoit personne qui le seut mieux que ledit Pallache, qui l'avoit reccuc, les priant au surplus nie vouloir donner rezolution sur la restitution et sur l'envoy d'un More pour aller en France delà part du roy de Marroq. — • Lesquels dirent qu'ils l'aloient dire au Roy, et que incontinant sortiroient avec responce. Et environ demy heure après les alcaïdes Heya et MolTeta dirent que le Roy leur avoit commandé de dire qu'il ne pouvoit rien restituer sans par un préalable avoir les Mores des gallcres de Marceille, et ([u'il cscriroit à ceux de Salles de fere cessation d'armes pour six mois, et qu'il n'envoyeroient point de Mores, car il sufTiroit ce que lesdits Mores diroient à leur venue, que, quand la moitié en mourroit. les autres certifileroit leur deccez, et que avec cela leur roy seroit comptant, et qu'il escriroil une lettre au roy de France pourtant desadveu dudit Pallache et responce à celle qu'il luy avoit envoyé ; et que, avec cella, me devois contanter.
Le mesme jour xv" mars, sortant du Michuard. un eunucquc françois natifd'Orleaus me dit avoir [esté] tousjours présent, pendant que le Roy fezoit fere les allées et venues ausdits alcaïdes, etqueMoyse Pallache estoit aussy devant le Roy, lequel l'avoit grandement reprimé, luy reprochant à tout moment qu'il estoitcauzedetoutle mal qui estoit arrivé et qu'il esloit un menteur. Et que ledit Pallache avoit impudemmant soubstenu que le roy de Marroq avoit, avec juste reson, rompeu la paix et captifvé les François, qu'ils estoient tous de traittres, et que tout ce que ledit Gabiron avait dit estoit faux. Et que le Roy, en sortant pour aller en son jardin pourmener avec ses alcaïdes, l'un d'iceux, nommé Adoub Tahila, antien serviteur de sa maison, dit au Roy que, si telle chose feust arrivée du vivant des roys ses père et frère, ils auroient fait couper le poing audit Pallache, trayné par la ville et arracher la langue, mandé sa teste au roy de France et fait brusler le corps, ce qu'il devoit fere. Les autres alcaïdes conclurent mesme chose, sauf l'alcaïde MoulTeta, qui se jctta aux pieds du Roy, le pria de ne le faire pas mourir, qu'il prendroit peu à peu ce qu'il avoit, et
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après en feroit justice, ce que le Roy luy avoit acordé avec beaucoup de desjilesir.
Ledit jour, comme le Roy sortit de tenir l'audience, commanda qu'on fist emprisonner Moyse Pallache, ce qui feusl fait.
Le xvij' dudit mois de mars, Ijaillis un billetescrit de ma main en espaignol à l'alcaide Heya jjour donner au Roy, dont la teneur s'ensuit :
«El capilan Cabiron tiene orden de auzar' a Su Mag'' que los Pillachos son fau tores d'Espagna. »
Et incontinant ledit Roy manda apellcr le talbe Hemed Bencassem pour traduire ledit Ijillet et luy esj)liquer le mot de fauteur, qui luy dit que cestoit à dire : salariés d Espaigne.
Despuis ledit jour xvij' de mars jusques au cinquiesme d'avril, presentis plusieurs requestes, tant au Roy que aux alcaïdes, mémoriaux et factomcs, consernans lesdits afferes et lendans à prompte expédition, restitution et justice, que, pour esviter prolixité, ne les ay incerés.
Le vj'jour d'avril i63/i, le Roy me manda apeller environ trois heures après midy à l'entrée du Petit Micliouard, l'alcaide Ileya me prenant par la main, me menant au devant du Roy, oîi, après avoir lait les complimens acousiumés. je dis que j'eslois là venu pour recc\oir ses commandemans, le remercyant très-humblement du bon traitemant que j'avois receu en ses terres, ce que je refiererois au roy, mon seigneur, le supliant de me donner responce el me rendre justice et restitution des personnes et biens des François qui avoient esté pris depuis le traitté de paix, comme plus amplement esloit contenu en la lettre que luy avois baillé de la part dudit roy, mon seigneur.
Lequel dit qu'il avoit receu et veu ladite lettre du roy de France, qu'il desadvouait David Pallache, lequel le roy de France debvoit fere chastier; avoit aussy bien receu les articles de la paix par mes mains, avec la confirmation, laquelle il vouloit entretenir en tous ses pointz, comme avoient fait ses prédécesseurs, et que le roy de France luy devoit avoir envoyé les Mores qui sont en ses galleres, ce que n'ayant esté comjily de sa part, il ne pouvoit