‹ Les sources inédites de l'histoire du Maroc de 1530 à 1845Chapitre 225 sur 362 · LETTRE DE PIERRE DE GONDY' A BOLTHILLIER · texte numérisé non relu

LETTRE DE PIERRE DE GONDY' A BOLTHILLIER

En exécution des ordres du Roi, il a fait remettre nu sieur de La Touche- Barbin les esclaves maures de Salé.

Toulon. i3 novembre i634.

Au clos, alla manu : M'' le General des Galères, du iS" novembre i63'4.

Suscriplion : A monsieur, monsieur Bouthillier, conseiller du Roy en ses conseilz et secrétaire de ses commandemens. — ■ A la Cour.

Monsieur,

Ayant receu un commandement du Roy par vous de faire délivrer au sieur de La Touche-Barbin les Turcs de Salé qui estoientsur les gualleres, j'ay vouUu vous donner advis comme aussy tost j'ay satisfaict à Tordre de Sa Majesté, remettant audict La Touche- Barbin tous ceux qu'il m'a demandés, et me sert de cette occasion pour vous supplier très-humblement de me conserver tousjours la part que vous m'avés promise dans vos bonnes grâces et dont j'ay eu de sy bonnes preuves qui m'obligent à estre jusques à la mort.

Monsieur, Vostre très-humble cl très-alTeclionné serviteur,

Signé : Joigny Retz.

AToulloii, ce I.'}. novembre ifiSI.

Archives des Affaires Etrangères. — France. — Mémoires et Documents. Vol. 1702, ff. -WI-W-2. — Original.

I. Pierre de Gondy, comte de Joigny, son pire, se démit en lOST) en faveur du depuis duc do Retz (1602-1076), général manpiis de l'ont-Courlay, neveu de des galères en 1626, en remplacement de Iticlicliou.

LXXYIII

(P. François d'Angers.)

Voyage de P. Du Chalard au Maroc.

Titre : Le quatriesme voyage de Maroque en Afrique.

L'afliction des captifs de Maroque iN: le péril de leur salut dans les suplices avoient fait une si forte impression dans l'esprit pitoyable du R. P. Joseph, qu'il pensoit continuollcmenl aux moyens efectifs pour les soulager & les garentir de ce naufrage.

C'est ce mouvement de compassion qui luy fit redoubler ses très-humbles prières à M. le Cardinal, pour obtenir du Roy que Sa Majesté envoyât retirer ces pauvres captifs, ou déclarer la guerre à ces Barbares, envoyant des vaisseaux vers Alger, Tripoly, Bizerte «Se vers le Détroit, aux côtes de Maroque.

Il réitéra tant de fois sa demande, qu'enfin on se résolut encor une fois à l'exécution, pour renvoyer au dernier^ en Afrique.

Ce fut monsieur Du Chalard qui en eut seul la commission^ ; M. le commandeur de Razilly cloit absent, qui avoit entrepris de faire des establissemens dans Canadas, ou Nouvelle France, où il étoit allé*. Le sieur Du Chalard rcceut les ordres du Roy'^ pour achever

1. Cette date est placée en marge dans l^. Isaac de Razilly mourut à La Hève l'édition princeps. (Acadie) en i636.

2. Au dernier. Il faut entendre: pour 5. Ces « ordres du Roy » comprenant la dernière fois. les instructions du 2i octobre i634 (V.

3. Antoine Cabiron accompagna P. Du p. ^gi et p. 5oo), un état du 3i décem- Chalard à litre de « marchand envoyé par lire i634 (V. p. 53^) et une ordonnance Sa Majesté pour le débit des marchandises ilu cardinal de Richelieu en date du 17 h faire valloir «. V. Faclam Du Clialard, février i()35 (V. Ibidem) n'ont pu être bibl. Nat., Impr. l'3, ij5:io. retrouvés.

de conclure le trait té de paix avec le roy de Maroque & le rachapt des esclaves. Il partit' le dernier avril de cette année i635. de l'isle de Ré, & ariva à la rade de Sapliy le 12. may, d'où il écrivit à Sa Majesté pour accompagner celle du roy de France, qui portoit que l'on l'envoyoit pour confirmer la paix entre les deux couronnes, & demandoit un sauf-conduit, afin de descendre à terre & exécuter sa commission, en luy rendant ses respects & ses devoirs, avec deux Pères capucins qu'il avoit menés, dont le R. P. Pacifique de Baugency étoit le premier, & le Père Jaques de Sainct-Agnan le second ; ou bien qu'il plust envoyer quelques-uns de ses plénipotentiaires, afin de traitter avec luy de ce négoce, &: le finir.

Le 28. de may, le Roy ariva à Saphy & envoya à M. Du Clialard un passe-port pour aller le treuver avec vingt des siens, & qu'étant pressé, il s'en devoit retourner dès le lendemain à son armée, qu'asseurement il l'expediroit promptement. Mais le sieur Du Chalard ne treuva pas ce passe-port assés seur ; aussi il récrivit au Roy, donnant avis à Sa Majesté des dificultés, & que, pour traiter avec une entière asseurance, il supplioit Sa Majesté d'envoyer quelques personnes à son bord pour otages, tandis qu'il se rendi-oil prés d'elle.

Le Roy s'en retourna le 26. à son armée, où le sieur Du Clialard envoya pour soliciter d'avoir un moyen raisonnable pour l'accommodement. Il se rencontroit toujours quelque clause qui avoit besoin d'explication. Enfin, après plusieurs conférences par écrit, & plusieurs remises, les articles de paix furent conclues le 18. juillet i635^, dont le principal est un renouvellement d'amitié entre les deux roys, leurs sujets et leurs couronnes ; que tous les esclaves françois seront délivrés, & aussi les .Mores que l'on tenoit: qu'il demeurera des consuls françois aux ports de l'obéissance du roy de Maroque, en toute seureté & liberté de leur religion.

Le sieur Du Clialard envoya au roy de Maroque les présents du Roy, et reccut aussi ceux de ce roy barbare.

Quand il fut temps de faire embarquer les esclaves, le sieur Du

I. Outre son vaisseau « la Renommée » Poincy et « l'Isabelle » qiii servait de pala- P. Du Clialard emmenait avec lui « l'Espé- che. V. p. 5i6. raiico en Dieu » commandée par le sieur de 2. V. ci-aprùs(p. licjï) le textodc ce traité.

Chalard pria le R. P. Pacifique de Baugency de descendre à Saphy, afin d"y mettre les ordres quil jugeroit nécessaires pour les faire avancer. Ce bon Père asseure que ce fut une merveille de voir comme ces Barbares le suivoient par la rue, \ ne s'arestoit pas un moment qu'aussi lût il éloit investi dune grande multitude de ce peuple, cliacun le considérant ik comme le mesurant avec les yeux. Quelques-uns d'eux, plus liardis que les autres, luy firent plusieurs questions, par lesquelles il reconnut qu'ils étoient dans une ignorance aprochant de la beste, aussi bien au faict de leur religion que de la nostre ; car, leur ayant proposé quelques-uns des plus communs poincts de l'Alcoran, ils luy témoignèrent n'en avoir jamais entendu parler.

L'un d'eux prit la croix qui pendoit au bas du chajselet de ce bon Père, à laquelle étoit attachée l'image du Sauveur crucifié. 11 luy demanda si c'étoit le Dieu que les Chrcstiens adoroient. A quoy ce Père repartit en l'interrogeant s'il croyoit qu'ils lussent privés de jugement jusques là que d'adorer une pièce de cuivre ; ajoutant que le jJi'emier article de la créance chrestienne étoit qu il n'y avoit sinon un seul Dieu. — «Un 1 «répéta ce pauvre homme avec grand etonnement, comme le furent tous les auditeurs, réitérant plusieurs fois : « Est-il vray ? » Ce bon Père réitéra ces asseurances avec des protestations ferventes qu il donneroit volontiers jusques à la dernière goûte de son sang pour le maintien de cette vérité.

Reconnoissant à voir ce peuple qu'il prenoit plaisir de l'entendre, il continua son discours, ajoutant que Jesus-Clirist, dont ils voyoient l'image sur la croix, éloit le vray & unie fils de Dieu, non qu'il l'ait engendré d'une femme, comme ils s'imaginoient (tous les Chrcstiens étans bien informés de cette vérité), mais il produit et engendre son Fils, qu auliement on apcllc \crbc divin, non par l'aide dune femme, comme font les hommes leurs enfans, mais par la voye de son divin entendement, de luy seul & de sa propre substance & nature. C est pourquoy ce Fils étoit Dieu, ainsi que Celuy qui l'a engendré, & même Dieu avec Luy, non deux Dieux, ains un seul Dieu, comme le rayon qui procède du soleil est une même lumière avec le soleil, quoy qu'ils soient distincts l'un de l'autre.

il leur donna encor des comparaisons plus grossières, pour sac-

commoder à la stupidité de leur esprit, & aussi afin qu'ils eussent plus de moyen de comprendre quelque cliose d'un si haut mystère, ce peuple étant extrêmement grossier d'entendement, sans instruction pour leur créance, sans politesse pour la vie civile, & trèscharnels de leur nature, étant chose asseurée qu'il est de ceux desquels parle l'Apostre, qui ne vivent (|ue d'une vie animale & n'ont point d'autre lumière que celle de la nature, & prennent les mystères divins pour des imaginations extravagantes, ne les examinant quavec un esprit grossier, terrestre & enseveli dans la matière.

Néanmoins étant facile, & s'engageant ainsi de soy-mesme dans le discours en matière de religion, cela donneroit espérance «S; une belle ouverture d'y faire du profit. Et par cet ongle ce bon Pcre jugeoit la grandeur du lion ; car il fut toujours retenu dans les vaisseaux, aussi bien que les autres Pères, & on ne les mit à terre que pour un peu de temps, aussi que l'on n'en étoit pas dans le pouvoir, comme on la pu remarquer, ik moins en ce voyage qu'aux deux autres'.

Dieu pourtant ne voulut pas rendre cetuy-cy tout-à-fait inutile pour ce regard. L un de ces Barbares demanda de venir en France pour (piiller la loy de .Mahomet, avec son pays & le reste ; il fut baptisé à Paris avec une pompe". Cette conversion, comme asseure le W. P. Pacifique de Baugeucy, doit estre rapportée aux prières & mérites des RR. PP. Pierre d'Alençon & Michel de A ezins, par la communication descjuels il avoit receu les premières impressions du christianisme, marque de sa conversion véritable & de la bonne instruction qu'il avoit receue, ayant conservé les principes si long temps à couvert, comme du feu sous de la cendre.

Quelques renégats se réfugièrent aussi sous les drapeaux lleurissans du Roy Trcs-Chreslien, comme à l'azyle de la religion catholi([ue au.ssi bien qu'à celuy des opprimés. C'étoient de pauvres misérables, qui avoienttrop lâchement abandonné leur créance, par le mauvais ti'ailement & la force des suplices, & non par mépris ou

1. Allusion aux voyages de ifi2g et de Doc. lAIV, ]). .'|3fj), à moins qu'il ne s'ai63o. gisso du miîme événtMnent que le P. Fran-

2. Avec une pompe. Entendez; « avec çois d'.Vngers aurait placé par erreur dans pompe >i ou « avec une grande pompe ». le récit du voyage de Priam du Clialard — On a vu plus haut un cas analogue (V. en i635.

haine de la religion. Honteux, ils disoient, comme ces malheureux dans la Sapience, quoy qu'en autre sens : Nous nous sommes écartés du chemin de la vérité, ^ la lumière de justice n'a point paru sur nous, ny le soleil d'intelligence ne s'est point levé sur nous jusques à présent. Nous nous sommes lassés dans la voye d'iniquité & de perdition & avons cheminé par des voyes trcs-dijlciles^ .

Je ne dois pas oublier une chose digne de très-spcciale considération, que le R. P. Pacifique a mis dans ses mémoires', qui fait beaucoup à la gloire de Sa Majesté Tres-Chrestienne, que ces Barbares conceurent une haute opinion de sa bonté, en la considération du grand amour que Sa Majesté avoit pour ses sujets, envoyant tant de fois de grosses flotes pour les retirer de cajîtivilé, ce qui ne pouvoit estre fait sans de grandes dépenses, protestant à haute voix que leur prince ne le feroit pas. Et ce bon Père ajoute que les Espagnols esclaves, qui y estoient en grand nombre, temoignoient un même sentiment i^ en disoient autant.

Ces Pères asseurent que ce n'a été sans regret extrême, s'ils n'ont pas fait le bien qu'ils pretendoient entre les Barbares, par faute d'ocasion, et qu'au moins leurs voyages n'ont pas été inutils dans les vaisseaux avec ceux des équipages. Quelques-uns qui étoient hérétiques se convertirent à la foy catholique, outre un règlement & façon de vivre qui ne s'étoit point encore veue dans les vaisseaux de guerre. Les juremens, si ordinaires aux soldats »& matelots, en étoient bannis ; les prières publiques y étoient faites le matin ik le soir: les dimanches & les festes on chantoit vespres, on y donnoit l'eau bénite & le pain bénit comme dans les parroisses ; les confessions y étoient fréquentes, sans attendre le péril. On y vivoit comme dans une maison régulière, jusques à faire lecture pendant le repas. Dejjuis, ceux qui ont été en de pareils emplois y ont ajouté la messe & les communions. Ce qui a été de grand exemple à tous les peuples, & qui augmentoit la fidélité & le courage des soldats. Une âme qui n'est point chargée de crimes laisse le corps avec moins de peine & s'expose plus hardiment dans les périls.

l. Sagesse, V, 6 et, ss. utilisée par le P. François d'Angers pour

a. Ces mémoires doivent être la source le récit du voyage de i635.

En conséquence de ce traité fait avec le roy de Maroque & ceux de Salé par le s' Du Clialard. il ramena en France, au mois de novembre i635', 3o4. François qui éloicnt esclaves', ik fit ùler des chaines & du travail 333 \ mis en liberté par le crédit du Roy & ses largesses, joint le soin particulier de ce brave gentilhomme, qui s'obligea à la rançon payable au gouverneur de Salé à la fin du mois d'avril i636'.

Outre que cela met en évidence un grand efet de la miséricorde & compassion du Roy pour ses sujets, cela découvre le zèle du R. P. Joseph, le soin vigilant qu'il prenoit pour negotier & obtenir le moyen de faire ces grandes & extraordinaires dépenses, & si peu j^ratiquccs. Reliquum aulein verhorum ejus. & omnia qiiie fecit, & sapientia ejus : ecce universa scripla sunl in libro verboruin dierurn ejus.

Bibliothèque Nationale. — Iniprimés 0 j^ 63. — L'histoire de la mission des Pères capucins... au royaume de Maroque"', pp. 32S-3^'2.

1. P. Du Chalard arriva à la rade de La la somme d'argent mise à sa disposition. Cet Prée dans l'île de Ré le 2.3 novembre i(J35. acte de générosité eut pour lui les consé- A . p. 5o6. quences plus fâcheuses. \ . Factum de P. Du

2. Ce nombre de 3oA est égal, à une Clmlard, Bibl. Nat., Impr. F3, 17580. unité prrs, à celui (3o3)que donne P. Du 3. Ce nombre est celui que donne P. Du Clialard dans sa lettre du i3 octobre i635 Chalard. V. p. ôo5.

(V. Duc. LXXXII, p. 5o3.) Sur ce nombre, !i. Sur le chiffre de cette rançon qui ne

deux cent quinze furen t rachetés aux Salétins fut jamais payée et sur le sort des captifs

qui en donnèrent quittance le 1" octobre français laissés à Salé, Y. infra, pp. 5o5,

i635 (V. infra. Doc. CXXIV, p. 665); Sog, 5i2, 523; Relation de Jean Marges,

quarante autres furent remis, sous promesse pp. 536-539; Introduction critique, pp.

solidaire de P. Du Chalard et de Gaspard 557-55g; Doc. CI, p. 58g; et 3' Série.

de Rastin de payer pour eux la somme de France, t. I, Relation de Henri Prat (iG6g).

55o3ducats,soit 27, 5i51ivres (V. infra, p. — Le P. François d'Angers, dans sa rela-

58g). Comme d'autre part le Chérif mit en tion très écourtée, passe sous silence un

liberté par voie d'échange 28 esclaves qui événement important: le combat dans les

étaient sa propriété personnelle (V. p. 5 10), eaux de Sali de P. Du Chalard contre le

il reste vingt captifs. Dix d'entre eux qui vaisseau anglais « la Perle » dont il s'em-

étaient bretons se rachetèrent eux-mêmes |>ara. V. p. 5o2 et pp. 5i6-522. (V. Arch. Ille-ct-Vilaine, C. 265.3, pp. 1 12- 5. Pour le titre complet de cet ouvrage,

ji3y P. Du Chalard dépassa de beaucoup \ . p. 11 1, noie i.

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