‹ Les sources inédites de l'histoire du Maroc de 1530 à 1845Chapitre 264 sur 362 · Les lettres patentes du 28 mars lù'Si'i. p · texte numérisé non relu

Les lettres patentes du 28 mars lù'Si'i. p

non plus que l'arrêt du 2ii jiiillcl, n'ont pu 7. V. ihiilcm. p. TjSij.

être retrouvés, mais l'arrêt du 0 août i038 S. V. iiifra, p. ,589.

en reproduit la partie essentielle. V. inj'ra. 9. V. inj'ra. Doc. (dL p. ûqj.

pp. 5(j3-â64. 10. V. inj'ra. Doc. (A\V. p. 608.

2. Cf. Bibl. Nat. l'aclum Lit'"' ij. p. :>. 11. Il en restait en assez grand nomlire .'i

3. \ . supni. p. 5j(). Tétouan, \ . inj'ra, pp. (175 et (177. Quant

4. \. inj'rii. des extraits de cet arrêt, à ceux a])|iartenanl au Cliérif, ils devaient Doc. XCVllI, pp. 5(i3-5()7. être peu nombreux ; les neuf derniers

5. Sur la querelle entre les Trinitaires furent mis en liberté en juillet l638. V. et les Mereédaires, V. P Dksla.nukes, t. I, Doc. XCVI, p. 553.

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porter au delior.s l'aryen tel les mai cliaiidises nécessaires au railiat, (levaient également s'adresser à la Cour pour obtenir la délivrance des Maures détenus sur les galèresde France, une rédemption comportant presque toujours au Maroc comme opération préalable un échange de cap tifs ' . C'était même le seul mode de libération admis par la France dans les négociations diplomatiques, car le lioi estimait qu'il n'était pas de sa dignité de discuter avec le Cliérif un prix de rançon '.

Si les ordres rédempteurs avaient besoin delà Cour, celle-ci, de son côte, était parfois heureuse de recourir à leurs services pour faire des rachats de captifs en sauvant la face. Le Roi allacbait une grande importance à ne pas laisser en captivité les gens de mer, voiliers, callals, pilotes, etc. qui, nécessaires à notre marine, pouvaient être utilisés contre elle par les pirates. On espérait en outre que les matelots, voyant le souci que prenait le Roi de les faire racheter, iraient à la mer avec plus de confiance et de hardiesse et embarcjueraient à meilleur compte '. La Cour, en pareil cas, remettait aux religieux rédempteurs des fonds qui complétaient les aumônes que ces derniers avaient recueillies dans leurs quêtes.

La condition des captifs chrétiens, fort dilTéreiile au Maroc de ce qu'elle était dans les régences barbaresques, rendait fort dillicile la rédemption dans le premier de ces pays. Les Chrétiens pris par les pirates et amenés dans les régences étaient vendus sur les marchés, ils devenaient la propriété privative de leur maître et étaient dans 1 acception du mot arabe des esclaves

« abd » Juc ou « niamelnuk » IJ.liT. Ils résidaient prescpie exclusivement dans

les villes de la cote et n'étaient transportés qu'exceptionnellement dans l'intérieur des terres. Us faisaient le service personnel de leur propriétaire, travaillaient dans sa maison ou à son jardin : leur condition était plutôt dégradée cpie malheureuse. .Vu Maroc, au contraire, les prisonniers chrétiens appartenaient

de droit au souverain comme tout butin (ghenima  Jc-) fait à la guerre; ilj.

n'étaient pas vendus sur les marchés comme esclaves et on ne leur donnait

pas ce nom ; on les appelait el-.\ssara (gjL-Vl (captifs, prisonniers de guerre).

Légalement, ils n'auraient dû être employés cju'au service de l'Etat ou au service privé du souverain, qui pouvait les donner ou les échanger contre d'autres captifs. En réalité ils étaient chargés de toutes sortes de travaux : ils fabriquaient la chaux, faisaient des terrassements, mais leur occupation la plus habituelle et la plus fastidieuse consistait à fouler en cadence l'argile dans les

constructions en pisé (toub i j J»)'. La condition de ces captifs, plus dure que

celle des esclaves chrétiens dans les régences barbaresques, n'était pas cepen-

1. C'est ce qui so passa avant l'oxpédi- 3. V. Doc. LXWII, pp. 5o3 cl 5o4. lion (le Du Chalard <;n \6'iô. V. pp. iSi, !i.C(.3.)iloRGXs,Hist desEtalsBarbares- 482, i8.") cl 310. lyues... Traduction L.vuGiER DE Tassy, t. Il,

2. V. p. 1 '|(,) ft nolo 3. pp. 25ii-255el278;D. BusNoT,pp.i55-i56.

LES ORDRRS nKnEMPTKUtîS ET LES CAPTIFS C1IHÉT1E>S Al MAIiOC ."iHl

(lanl aussi lamentable quon pourrait le supposer, d'après les récils de plusieurs auteurs trop crédules qui ont généralisé des cas exceptionnels de supplices', ou ont enregistré comme des injures intolérables tel propos peu clioisi dont se servaient les surveillants maures. Le langage des gardes cliiournie n'est policé dans aucun pays, et celui qu'on employait parfois au Maroc pour appeler les captifs à l'ouvrage « j Vamos a Irabajo, cornutos ! Au tnnMil, cncus! - » devait avoir son équivalent sur les galères du roi de France.

Les religieux rédempteuis ne pouvaient opérer au .Maroc ([u'eu tenant compte de cette condition particulière des captifs clirétiens. Alors que, dans les régences barbaresques, il leur sullisail (l'aller dans les villes de la cote où ils traitaient de gré à gré avec les maîtres des esclaves, au Maroc, ils élaien obligés de s'aventarer dans l'intérieur des terres pour rejoindre le Chérif à sa mahalla ou dans la ville de sa résidence. Une fois là, ils devaient entamer une interminable négociation avec la cour chériflenne. La rançon, après avoir été débattue par tête, était fixée à une somme globale pour un nombre donné de captifs ; ce prix était dû intégralement et ne subissait aucune défalcation pour les décès et les évasions qui pouvaient survenir entre la signature du contrat do racliat et le payement définitif, lequel, en raison de l'élévation de la somme, était parfois à échéance de plusieurs années. Telle était au Maroc la manière d'opérer pour les rachats des captifs. Dans la république de Salé, par contre, les choses se passaient à peu près comme à .\lger et à Tunis; la condition des Chrétiens capturés par les raïs et qui n'étaient pas envoyés au Cbéi'if y était la même et leur rachat s'effectuait par des procédés analogues^.

En dehors des ordres religieux, quelques rachats de captifs se faisaient au Maroc par l'entremise des négociants chrétiens élal)lis sur la cole*^. Mais ces intermédiaires auxquels les Pères rédempteurs étaient parfois obligés de recourir étaient très onéreux par suite des commissions élevées qu'ils prélevaient". En outre leur probité laissait quelquefois à désirer : certains d'entre eux employaient les sommes qui leur étaient confiées pour des rançons à leurs opérations commerciales; d'autres, en compte courant avec le Chérif auquel ils fournissaient des articles européens, retenaient l'argent des rançons et le portaient au crédit

I. C'est cet état d'esprit qui a inspire les re.wyije.f. . . Trathictioii I-*l'gii:k dk Tassy,

gravures liorriliques qui illustrent l'édition t. Il, pp. 279-280.

hollandaise de l'ouvrage du P. Dan publiée 3. Cependant, môme à Salé, le racliat

en 1684. — Le 1'. Du Tertre, l'Iiislorien s'opérait souvent aussi pour une somme

des .■Vntilles, raconter que des « engagés » globale et le prix était fixé sous « pleige-

qui avaient été autrefois captifs en IJarbaric ment de la mort et fuite «. V. infra. Doc.

(c maudissaient l'heure qu'ils en estoient CI, p. .")8().

sortis », se trouvant beaucoup plus mal- /|. V. supra, Doc. \1X, pp. go-92, C'on-

lieureu.t dans leur nouvelle situation. trat de rachat de captifs, et Doc. XGVI,

Du Terthe, Histoire Générale des Antilles, p. .")").).

t. I. p. 81. 5. Cf. Bibl. Nat., Ms fr.. A'"" Acqui-

x. V. .1. MoBGAN, Hist. des Etats fiarba- silinns, I!s3/i.

De Casthies. 111. — 36

562 INTnODUCTION cniTiguE

de leur roval débitour. sans se préoccuper des captifs qu'ils étaient chamés de racheter. Les Juifs eux-mêmes faisaient, pour leur plus trrand prolil, de la « rédemption ». En 1637, Isaac Pallache passe un contrat avec les parents de captifs marseillais qui promettent 17000 florins pour la délivrance de leurs enfants, en plus du remboursement des frais divers'.

Quant au prix des rançons, il variait à l'infini, suivant la nationalité-, l'âge, la santé, les aptitudes, les ressources présumées des prisonniers. Le prix d'achat était aussi un élément dont il était parfois tenu compte dans la fixation de la rançon. On a vu que les patrons salélins prétendaient réaliser sur la vente de leurs esclaves un bénéfice de 4o pour 100^. Le prix de 200 à 3oo livres parait avoir été une moyenne, au cours du xvii" siècle.

Parmi les captifs français détenus au Maroc il s'en trouvait qui appartenaient à la religion réformée; ils étaient pour la plupart originaires de l'Aunis et de la Sainlongc, dont la population maritime fournissait un grand nombre de matelots. Catholiques et protestants ne faisaient pas toujours bon ménage dans la « ségène », et, à l'occasion de l'exercice de leur culte, éclataient des rixes violentes qui parfois obligeaient le Chérif à intervenir. Le Gendre raconte que Moulav Zidàn, témoin d'un semblable conflit, lit bailler à chacune des deux parties « cinq cens coups de baslon sur les fesses et leur lit défenses de se plus quereller sur peine de la vie*. »

Les Eglises protestantes ne se désintéressaient pas du sort de leurs captifs et des quêtes étaient prescrites pour les racheter. Les sommes recueillies étaient remises soit à des marchands, soit même à des Trinitaires, quoique ces derniers, comme on peut le penser, n'apportassent pas grand zèle à cette mission. En 1643, « les religionnaires de La Rochelle, écrit le P. Dan, avant advis du voyage en Barbarie du Père Lucien, firent quelques poursuites pour trouver de l'argent pour faire rachepter les captifs de leur créance, 6; le sieur Mestrezat-" escrivit à ce Père qu'il feroit quester dans toutes les églises de France à ce sujet. Mais ce Père ne voyant pas cet argent bien prest pour l'attendre, il se mit en chemin pour Marseille''. »

I. Cf. Rijksarchief. — Hof van Holand. Godard a interprété d'une façon un peu

n° J2I. — Senlentien, n" 44' — i63j. tendancieuse en écrivant : « Les ordres

2. Les esclaves espagnols, dont beau- rédempteurs seront toujours une des gloires

coup étaient des forçats éctiappés des presi- de l'Eglise Ln pasteur de La Rochelle

dios, étaient estimés au plus bas prix. Maitrezal tenta une contrefaçon de cette

3. V. supra, ce que dit à ce sujet Du œuvre d'absolu dévoùment. » Godard, Clialard, pp. 5o3 et 5og. Ilist. du Maroc, t. II, p. 50".

4. \. infra. Doc. CXXIX, p. 781. 6. Cf. P. Da.n, Histoire de Barbarie et

5. C'est sans doute ce passage que l'abbé ses Corsaires... Éd. i64g, p. iA4-

aurèï nu CONSEIL privé 563

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