V. HoNOUÉ Bouche, loc. cil
INTROnrCTION M.III
hantise du pays natal : « cette demeure dans les terres infidellcs ne liiy agréoit jins, et il desiroit de retourner à son pays, en la Chrétienté ' ». Aussi saisit-il avec empressement roccasion des différentes missions françaises qui furent envoyées au Maroc à la suite de laffaire Castelane, pour entrer en rapj)orls avec le Uoi et lui rendre tous les services en son pouvoir. Déjà, au commencement de l'année lOiy, il correspond avec Ilarlay de Sancy ambassadeur de France à Constanlinople et lui donne avis « que tous les François sont à la chaisne » ". Le i a juin de cette même année, en réponse à une lettre qui lui a été remise par Boniface de Cabanes, croyant que Louis XIII lui a accordé des lettres d'abolition, il écrit; « J'ey veu ([u il a pieu à ^ ostre Majesté me donner mou abollssion pour le fet de l'omycide. Sertes je ne m'étois moins promis de la clemance d'un sy granl Rov ' ». (]ette nouvelle était prématurée, car nous voyons Saint-Maudricr revenir à la charge dans une lettre adressée au Roi le ("janvier i6i8 : « Mes pleut à Dieu, écri\ait-il, que Votre Magesté degnat ce servir de moi, et me voUul donner une abolission, qui vès mor'ant de désir de morir en son servisse' ». Et de même, dans toutes les intrigues du capitaine provençal avec les autres puissances chrétiennes, on le voit toujours subordonner son concours à cette condition d'obtenir des lettres d'abolition du roi de France.
Ce n'est pas seulement en ellet avec la France que Saint- Mandrier chercha à entrer en relations. Dès l'année 1617 il aurait fait des ouvertures à l'Espagne'. En 1619 on retrouve l'aventurier provençal à Sali auprès de Moulay ZidAn, qui. pressé par les rebelles, songeait à demander protection aux Espagnols. D. Jorge Mascarenhas, qui espérait avoir l'honneur de recueillir le Chérii", suivait avec anxiété les événements. Voulant profiter des oUVes de Saint-Mandrier, il fit partir pour Sali F'^" Diaz Faleiro avec la mission de s abouchei- avec lui et de lui faire entcndie que, s'il
1. V. Ho.NOKÉ Bouche, Inc. nit. Sainl-Maiidi ier lui avait adressé de Mcrra-
2. Cf. infra, p. 7, Lettre de Ilarlay de Iccchune loi Ire dans laquelle il proposait ses Sancy à Léon Foureau, i3 mai 1617. services au roi d'I'^spaptie et demandait un
3. V, infra, p. i5. sauf-conduit pour se rendre soit à Maza- /i. V. infra. p. uj. gan, soit à Larache. Ce sauf-conduit fut 5. D. Jorge Mascarenhas, en janvier accordé par Philippe IIF. mais ne fut pas
1619, écrit qu'un an et demi auparavant, utilisé.
INTROniTTION
parvenait à décider ^^oulny Zidân à se réfugier en Espagne, la reconnaissance de Philippe 111 lui serait acquise et que ce serait pour l'expatrié « le meilleur moyen d'obtenir la liberté qu'il désirait tant' ». Mais Saint-Mandrier, sollicité par les Hollandais, détourna le Chérif de demander asile aux Espagnols. « Il lui démontra, dit Cespedes, tous les avantages qu'il pourrait retirer des Hollandais et le décida à ouvrir un port sur la côte atlantique, destiné à inquiéter nos flottes" ».
La création de ce port fit de 1619 à 162.4 1 objet des négociations des puissances chrétiennes avec Moulay Zidàn. Safi était alors sur la côte atlantique le seul port chérifien ; Mazagan, El-Mamora, Larache étaient aux mains des Chrétiens; quant à Agadir, il relevait le plus souvent des rebelles du Sous. Un nouveau mouillage avait été reconnu dans la lagune d'Aïer. située dans le pays des Doukkala, à 20 kilomètres au nord-est du cap Cantin. Saint-Mandrier, qui avait visité les lieux avec sa compétence d'ingénieur, estimait qu'en faisant sauter un banc de rochers, la lagune pourrait, à peu de frais, être mise en communication avec la mer et former un excellent mouillage. L'Espagne prit ombrage de ce projet du Chérif, et de savoir que l'exécution en serait probablement confiée aux Hollandais n'était pas fait pour diminuer ses inquiétudes. Les États-Généraux, empressés de satisfaire les désirs de Moulay Zidân, s'offraient à faire les travaux, moyennant une promesse de concession \
Cependant, contrairement à ce qu'écrit Cespedes, ce ne fut pas aux Hollandais que Saint-Mandrier crut devoir soumettre ce projet. Il voulut en faire bénéficier la France. Précisément à l'époque dont il s'agit, au commencement de janvier 1619, il était arrivé à Safi un vaisseau commandé par le chevalier de Razilly, à bord duquel se trouvait un « ambassadeur » ou plutôt un simple envoyé du roi de France, le s' Claude Du Mas. C'est à eux c|ue Saint-Mandrier exposa les intentions de ^loulay Zidàn concernant la création d'un port à Aïer. Il fit ressortir les grands avantages qu'on pourroit tirer de ce port pour la pèche du corail, pour la récolte du sel et d'autres
1. V. infra, p. ."îî. 3. Cf. /" .Série. Pays-Bas. t. III, à la