‹ Les sources inédites de l'histoire du Maroc de 1530 à 1845Chapitre 275 sur 362 · LA ZAOUIA DE DILA ET LA CHUTE DE LA DYNASTIE SAADIENNE O · texte numérisé non relu

LA ZAOUIA DE DILA ET LA CHUTE DE LA DYNASTIE SAADIENNE O

Miiulav AlimeJ el-Mansour n'avait pas dû voir d'un très bon œil grandir à ses côtés cette influence religieuse', mais il avait cru sage de temporiser en dissimulant son véritable sentiment sous des apparences bienveillantes. Les guerres civiles et les famines qui, après sa mort, désolèrent le Maroc contribuèrent au développement de la zaouia, car, en ces temps troublés, elle accueillit tous ceux qui avaient besoin de sécurité et de paix. Moulay Zidàn, mal alFcrmi sur le trône, jugea prudent de vivre en bonne intelligence avec les Dilaïtcs, à la tête desquels Sidi Mobammed ben Abou Beker (loGo-iCiSy) avait remplacé son père en 1612. Ce dernier, nommé par les auteurs chrétiens Ben Bucar^, « réunit en religion et en politique l'autorité suprême... et son pouvoir spirituel arriva à un degré qu'aucun de ses contemporains n'avait pu at-

teindr

Mais ce fut surtout sous la direction de son fils Sidi Mobammed

el-Hadj* (1589-1671) que la zaouia dilaïte devint une grande puissance tem-

témoin des débuts de Sidi Bou Amama à Mograr Tahtani en 1880. J'arrivais dans cette chétive oasis le •i[\ février i88o avec un fort goum de Hamyan. Mes cavaliers élaient très surexcités à la pensée de voir celui dont on commençait à parler avec mystère sous les tentes. Sidi Bou Amama me reçut avec toute mon escorte. Le soir, d'immenses plats de kouskous furent apportés à mes cavaliers qui ne manquèrent pas de s'extasier et de crier au miracle, sans songer qu'une caravane de Rezaina avait, quelques jours auparavant, apporté à la zaouia, à titre d'olfrande religieuse (ziara), de nombreux tellis d'orge et de blé. Dans la nuit mes Hamyan se firent initier et ainiicr à la confrérie naissante, ils passèrent leur temps à psalmodier le Coran sur les terrasses. Le lendemain, quand je quittai Mograr Talitani, tout mon monde était changé : une ferveur religieuse exaltait ceux que je connaissais pour les moins dévots ; les fumeurs ne fumaient plus, et, quand je les interrogeais, ils me répondaient: « bottel alina ed-doukhaii Sidi Bou .Vmama

tabac nous a été défendu par Sidi Bou Amama ». Enfin, poussés par un besoin irrésistible de proférer le nom de leur saint, ils j\iraient à tout propos par Sidi Bou .Vmama. L'imagination s'en mêlant, on prétendait dans mon goum qu'il m'arrivait Dk Castkies.

à moi-même de jurer ainsi. Un jour le caïd des Sendan, voulant, dans luio afTaire grave, donner plus de solennité à son affirmation, s'écria devant moi : « Ou hak Sidi Bou

Amama elladi rak tehalef bih. \>- J

<i ,ji!Uy illj t^JI Ztif- y (^.l— . J'en

jure par Sidi Bou Amama par le nom duquel tu jures toi-même ».

1. La méfiance des chérifs régnants à l'égard de ces inlluencos religieuses et soidisant réformatrices est non moins grande que celle que conçoivent aujourd'bui à leur endroit des souverains chrétiens. Moulay Mohammed ech-Cheikh el-Aseghir. écrivant aux chefs de la confrérie de Dila, s'exprimait ainsi : c< Les mines qui fournissent la calomnie, la trahison et la médisance, l'hypocrisie et l'elfronterie, ce sont les zaouias, les ribat... » El-Oufràm, p, /iiS.

2. Ben Bucar, Benbucar, Ben Buker, Boukar. Ces noms ont été appliqués par les Chrétiens à Sidi Mohammed ben .Vbou lieker et à son fils Sidi Mohammed el-lladj (V. infra, note 4). Les deux marabouts désignés par cette même appellation ne doivent pas être identifiés avec cheikh Bckkar dont la fille épousa en 1678 le chérif Moulay Ismaïl. V. Ez-Zaïani, p. 3a et note I .

,S. Cf El-Oufkàni, p. .lôg.

f). L'aîné des enfants de Sidi Mohanum-d

h~S INTRODUCTION CIÎITIOUE

porelle, après avoir c'té sous les chefs prôcédents une grande puissance religieuse et morale.

Sidi Mohammed el-lladj lit recoimaitre son autorité par les villes de Fez et de Mekinès avec tout leur territoire ainsi que par le Tadla. Les Berbères du Moyen-Atlas, Zaïan, Béni Mguild, Ait Youssi, etc., lui étaient aveuglément soumis et venaient se grouper autour de la zaouïa au moindre appel. Sollicités par Sidi El-Ayachi, les Dilaïtcs apportèrent leur concours au zélé « moudjahid » dans ses expéditions contre les Espagnols des IVonteras et dans ses entreprises contre les Andalous de Salé. En iGS", ce furent eux qui saccagèrent le pays à dix lieues au sud de Salé, brûlant les blés et les fourrages, pour empêcher Moulay Mohammed ech Cheikh el-Aseghir de s'approcher de cette place qu'il voulait replacer sous son autorité'. Ce débonnaire souverain, sans pouvoir et presque sans territoire, n'inspirait aucune crainte aux chefs de Dila, qui lui reprochaient « de n'agir que d'après les conseils des renégats- ». Ils rompirent ouvertement avec lui et secouèrent son autorité, « comme on .secoue un vêtement pour le débarrasser du sable ou de la cendre qui l'ont sali' ». Quelque temps après (lo décembre 1637), comme il se portait de nouveau sur Salé pour débloquer cette place, ils lui signifièrent, dans une lettre comminatoire', de ne pas franchir l'Oumm er-Rbia, sous peine d'être attaqué par les forces de la zaouia. Le faible chérif, ayant marché sur l'oued el Abid, fut attaqué par les troupes dilaïtes au gué de Bou Akba^ (3 G octobre

ben Aboii Beker fui appelé comme son père Sidi Mohammed; « il fut surnomme El-Hadj, parce qu'il avait fait plusieurs fois le pèlerinage en compagnie de son père el de son grand-père. » El-Oufràni, p. 464. Ce surnom de El-Hadj que des copistes arabes ont fautivement fait précéder du mot « ben » ou du mot « ould » a été la cause de confusion dans la traduction de Ez-Zaïani. Le grand marabout de Dila est appelé tantôt Mohammed oïdd el-lIadj (p. 2), tantôt Mohammed ben el-IIadj (p. 3). .\ la page i3, on lit : « Mohammed el-Hadj mourut en 1072 (1661-1662) ».

Or il faut rétablir cette fois : Mohammed ben Mohammed el-Hadj, car il s'agit du fils du chef dilaïlc, qui avait été nommé par son père gouverneur de Fez (V. infra.

p. 58i). Le marabout vécut jusqu'à un âge très avancé et mourut à Tlemcen en 1671. Le traducteur de Ez-Zaïami s'étonne à bon droit de voir reparaître en 1 667 )\Iohammcd el-Hadj que l'on avait fait mourir en 1661-

1663. Cette même confusion entre Sid Mohammed el-Hadj et son fils Mohammed se retrouve dans .Y. Cour, p. 180.

1. Pour les relations des chefs de Dila avec Sidi el-Ayachi, V. Introduction critique. Les Moriscos à Salé et Sidi el-Ayachi, pp. 196-198. On a jugé utile de revenir ici sur certains événements déjà exposés, afin de présenter d'ensemble l'histoire de la zaouïa de Dila.

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