V. cette lettre pp
5. C'est au gué de Bou .\kba que se sont presque toujours rencontrées les mahalla venues de Fez et de Merrakech, et c'est sur l'oued el-.\bid que se sont livrés les combats qui ont décidé du sort du Maroc. En i536 l'armée des Bcni Mcrin y fut complètement battue par la mahalla chérificnne, et, à la suite de cet échec, les Saadieiis arrivèrent au pouvoir.
dans El-Oufràm,
LA ZAOLÏA DE niLA ET LA CHUTE DE LA DYNASTIE SAADIENNE SyQ
l638). Complèlemoiit battu, il s'enfuit d'une traite jusqu'à Menakech. A partir de ce moment, il cessa d'exercer son autorité au delà de l'oued el-Abid, et, loin de continuer la lutte contre la puissante zaouia, il ne chercha plus qu'à vivre en paix avec elle : l'empire saadien se voyait réduit à la banlieue de Merrakecii. Moulay Mohannned ech-Cheikh el-Aseghir mourut le oi janvier lOôâ'. Son fils Moulay Vhmed surnommé El-Abbas ne put défendre son trône contre les attaques incessantes des Chebàna, puissante tribu unie par plusieurs mariages aux chérifs saadiens-. Les Chebàna, aprèsl'avoir faitpérir traîtreusement, élevèrent au pouvoir leur caïd Ahd el-Kcrim, auquel le peuple avait donné le surnom de Keroum el-IIadj (9.4 novembre 1609^). « L'assassinat de Moulay el-Abbas mit fin à la dynastie des Saadiens ; leur pouvoir s'éteignit alors et leur soui'ce cessa de couler*. »
L'influence des Dilaïtes s'était également étendue au sud du Haut Atlas et en i632 les Béni Zoubir de ïabouassamt (Tafilclt) avaient sollicité l'appui de la zaouïa pour résister aux entreprises combinées du chérif filalien Moulay ech-Chérif et du marabout Sidi Ali ben ^lohammed. Les deux armées s'étaient rencontrées près de Sidjilmassa et s'étaient séparées sans combattre". Il ne manquait à Sidi Mohammed el-IIadj, maître de la plus grande partie du Maroc, que d'avoir sur l'Atlantique un port ouvert au commerce, pour en tirer des approvisionnements*, en même temps que pour augmenter son prestige par des relations avec les princes chrétiens'^. Salé était le complément nécessaire du nouvel empire. Depuis quelque temps déjà de nombreux Andalous, mis hors la loi par les ulémas, à l'instigation de Sidi el-Ayachi, et en bulle aux attaques continuelles des moudjahidin, étaient venus se réfugier à Dila. Lorsque Sidi el- Avachi, après le guet-apens ([ui coula la vie au jeune comte de
1. Cf. Del Puekto, p. ôffî. p. Iig ; Mouette, //(.s/, des Conquestes
2. Moulay AhmedcJ-.Wansouravaitépousé pp. 63, 6^ et 6."). L'opinion de Mouette, qui une CUe de celle tribu nommée Aïcha bent n'est sans doute que la reproduction de dires Abou Bcker (V. E.s-Sadi, p. 3io), appe- indigènes, est adoptée par Chémer, fiecli. léc souvent par les clironiqueurs arabes à hist. sur les Maures, t. III, pp. 352-353. cause de son origine Lella Chebania (V. 3. Cf. Del Puerto, p. 5'i4.
i" Série, France, t. l, Généaloijie ties princes 4- Cf. El-Oufràm, p. /128.
de la dynastie saadicnne. PI. V, p. Sgâ, 5. Cf. En-Nassiri, p. 17.
note 10, et Pays-Bas, t. I, p. gg, note i). 0. Un autre avantage, qui n'était pas à
Cette femme était la mère de Moulay négliger, était celui que l'on retirait des
ZidÂn. On a vu également que Moulay Abd droits établis à l'entrée et i, la sortie des
el-VIalek ben Zidin s'était marié à une marchandises. Sur le grand intérêt que des
femme de cette même tribu (V. supra. souverains musulmans attachaient aux
p. 387, note i). Les Chebàna établis dans douanes, cf. Depping, t. 2, p. 28g, cl Mas
le Ilaouz (la banlieue) de Merrakech avaient Latrie, op. cit., p. rg5.
des lieux de refuge dans le massif du De- 7. On trouvera dans /■■' Série, Pays-Bas,
rcn. Sur l'origine de cette tribu appelée aux années i643-i65g des documents éla-
généralemcnt « Cbavancts » par les chré- blissant les relations des Etals-Généraux
liens, V. Iun Kmaldoi.n, TraJ. Siank.I.I. avec le chef de Dil.i.
58o INTRODUCTION' CRITIQUE
Castello-Novo et h tous les cavaliers portugais de la garnison de Mazagan (ii avril i64o), remonta vers le nord et voulut recommencer l'offensive contre Salé, les Andalous se tournèrent vers le chef de la confrérie de Dila et le supplièrent d'intercéder en leur faveur. Sidi Mohammed el-Hadj défendit leur cause auprès du fanatique moudjahid. mais il rencontra une résistance si opiniâtre qu'il se décida à marcher contre lui. Sidi El-Ayachi, victorieux d'ahord dans plusieurs engagements, fut attaqué dans la plaine d'Azgar par les contingents dilaïtes unis aux Kerarda et mis en déroute; il se réfu^iia chez les Khelouth et fut assassiné à Ain el-Ksob le 3o avril 1641. La mort d'El-Avachi assurait aux Dilaïtes la possession du port de Salé et de la plus grande partie du Gharh; Sidi Mohammed el-Hadj, à la tète d'une innombrable mahalla ', parcourut ses nouvelles possessions, installant ses créatures à Arzila, à Tétouan et à El-Ksar el-Rebir ; il laissa à Salé une puissante armée, tant pour contenir les Andalous que pour iiarceler El-Mamora-, et en confia le commandement à son fils xVbdallah ben Mohammed el-Hadj.
Cependant, un pouvoir portail encore ombrage à la zaouia de Dila, celui des chérifs filaliens, qui commençaient à étendre leur influence dans la haute vallée de la Moulouïa. Ceux-ci, après de longues luttes avec Sidi Ali ben Mohammed, venaient de refouler dans le Sous leur puissant adversaire (i64o- 1641); ils restaient maîtres incontestés du Tafilelt, du Draa et de la région saharienne. Sidi Mohammed el-Hadj résolut d'arrêter leurs progrès sur la Moulouïa et, avec les contingents berbères, il les attaqua à El Gara ^ (28 avril 1646). Moulay Mohammed ben ech-Chérlf, qui avait été élu souverain, après l'abdication de son père Moulay ech-Chérif (1640), fut complètement battu. L'armée dilaïte envahit le Tafilelt et arriva jusqu'à Sidjilmassa, où les Berbères se livrèrent à tous les excès. Le chérif filalien, pour les éloigner, proposa à Sidi Mohammed el-Hadj de régler par un pacte leur situation territoriale respective. Aux termes de l'accord conclu par les deux parties, les sommets du Haut Atlas formèrent la démarcation entre les possessions du chérif filalien et les territoires de la zaouïa. Toutefois, les Dilaïtes maintinrent leurs droits sur cinq districts enclavés dans la région dévolue au Cliérif. Cette dernière clause amena une rupture, car les Filaliens, aussitôt après le départ des troupes dilaïtes, attaquèrent des ksours relevant de la zaouïa de Dila. Ce fut en vain que Sidi Mohammed el-Hadj protesta, accusant le Chérif de perfidie ; celui-ci lui répondit en termes non moins violents, l'appelant « l'antechrist du Maghreb' ». Les deux adversaires devaient bientôt se mesurer sous les murs de Fez.
1. Elle était forte de cent mille hommes, Misour (liaule vallée de la Moulouïa) à d'après Cholmley. V. z™ Série. Angle- quelques kilomètres à l'est de Ksabi echterre, h la date de 1671. Cheurfa. Cf. El-Oufràni, p. 4O7 ; En-
2. C'est cette armée qui, en août 1647, Nassiri, p. 23. Cet historien donne à cette vint mettre le siège devant El-Mamora. bataille le nom de El-Qaa.
V. infra. Doc. CXIII, p. 618. 4- Ce nom injurieux avait été donné à
3. El- Gara, village ilans le district de Sidi Mohammed t'1-Iladj par le poète Ed-