‹ Les sources inédites de l'histoire du Maroc de 1530 à 1845Chapitre 295 sur 362 · RELATION DU SIÈGE DE EL-MAMOR.V · texte numérisé non relu

RELATION DU SIÈGE DE EL-MAMOR.V

Le lundi 2G à 3 heures du soir, les trois bateaux jetèrent l'ancre à la barre de Larache, où il y avait ordre de prendre des nouvelles sur la situation de la dite place de San Mitruel. Le gouverneur et maître de camp Don Diego de Moreda répondit cpj il navait pas de nouvelle dudit siège, parce qu'aucun Maure de paix' n'était encore entré dans la place. Il envoya avec beaucoup de plaisir une Ijarque longue (ju'on lui demanda, pour sonder la barre et recomiaitre la place ; cette barque était montée par le capitaine Miguel Llorente, qui avait ordre de prêter son aide just|u'à ce que le secours lut introduit. Peu après, à la tombée de la miit. arrivèrent huit des barques qui avaient relâché à Santi Pétri, Son Excellence" avait donné entre autres au sergent major Don Juan de Duero y Avala un ordre dans lequel il lui indiquait la voie que celui-ci devait suivre pour se procurer des nouvelles de la place et se renseigner sur 1 état où elle se trouvait. Juan de Duero devait envoyer en reconnaissance une de ses barques longues, montée par une personne de son choix: cette barque ne pénétrerait dans la ri^^ère qu autant que le secours ne pourrait pas être vu de la place, et. si possible, à une heure où elle-même aurait des chances de ne pas être découverte. Son Excellence redoutait en effet que, si les Maures avaient pris la place (ce qu à Dieu ne plût!) ils n'usassent du strataijème suivant : ceux du dedans auraient feint de combattre ceux du dehors, faisant ainsi supposer (ju ils étau^nt Espagnols ; les nôtres trompés par cette ruse auraient alors fait entrer le secours dans la barre, ce qui aurait amené en plus la perte des troupes qu il avait sous ses ordres. Pour éviter cela, S. E. ordonnait au contraire à Juan de Duero de prendre les précautions susindiquées et telles autres qui lui paraîtraient opportunes pour reconnaître l'état de la place et de se préparer à combattre et à déloger les Maures pour faire son entrée et introduire dans la place le secours qu'il amenait.

Et, conformément à ces instructions. .Iu;iii de Duero fît avancer, des parages où il se trouvait, des barques qui devaient entrer dans l'oued Sebou et débarquer cette imit-Ui. sur la marine et dans les

I. M'jro de paz. Sur celle eipression, a. Son Excellence, le duc de Mcdiua-

\. supra, p. G 17. note i. Celi.

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magasins, un soldat pour reconnaître la place. Ces barques n'osèrent pas entrer, à cause de rarlillerie et des nombreux coups d'escopette que tiraient les Maures, et le mardi 27 août nous les rencontrâmes de retour dans les lagunes de Larache.

Le mercredi 28 dudit mois, deux autres barques partirent avec le même ordre d'entrer cette nuit-là avec la marée : elles revinrent sans aucun résultat, disant qu'elles avaient vu un combat dartillerie engagé enti'e la plate-forme des magasins et de la Juiverie et la tour occupée par les Maures, ce qui pouvait faire soupçonner un stratagème dangereux. Ce même jour à lolieures, le secours arriva en vue de la place et des tentes de l'ennemi. Le jeudi 29 furent désignées par le sort des dés deux autres barques montées chacune par deux sergents et quatre soldats des Galions '. qui devaient les faire entrer par force; cette tentative neut pas de succès, à cause de la grande violence de la barre et du manque de décision des gens. On le constata bien, car ceux de la barque de Juan .Martin se mutinèrent, dès que les cinq soldats furent revenus à bord de la frégate : ils voulurent tuer le dit patron, lobligeant à se jeter dans une autre, et, ayant fait voile, ils répandirent à San Lucar de fausses nouvelles pour excuser leur peur : mais ces nouvelles furent remises au point par le seigneur duc de Médina, qui, sétant assuré de la personne de ceux qui avaient fui, leur fit faire une relation précise et une déclaration de ce qui était arrivé.

Le vendredi 3o, deux autres barfjues revinrent, sans aucun résultat. C'est pourquoi le dit Don Juan de Duero, après avoir au préalable fait sonder la barre et constaté qu'il y avait assez d'eau pour les vaisseaux, se résolut à entrer lui-même dans la rivière, à cause du danger qu'il y a\ ait à attendre plus longtemps. Le samedi 3i à /j heures du matin, la chaloupe de la place arriva à la frégate n'ayant eu aucune avarie, parce quelle n'avait pas été aperçue de l'ennemi ; elle apportait une lettre du gouverneur dans laquelle il demandait avec grandes instances au dit don Juan de Duero d'entrer au plus tôt, parce que la place, investie de très près, était exposée à une attaque et qu'elle manquait de monde, à cause des nombreux malades et blessés qu'il y avait.

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