La date du départ do Du Chalard de octobre l(i
Salé est fournie par le fait que le délai de 3. V. infra, pp. 536-5^9, Relation Se
six mois pour le payement de la rançon des Jean Marrjes.
334 captifs laissés h Salé expirait le 3o 4- Sur ces événements, outre la Relation
avril i636 (V. infra. p. Sog, Mémoire de do Jean Marges déjà citée, V. infra. Intro-
P. Du Ciuûard). La convention passée à duction critique, Les Moriseos à Sale et
ce sujet entre les gouverneurs de Salé et Sidi el-Ayachi, pp. igO-ig^.
XCII INTRODUCTION
Salé à la fin de juillet, se rendant à Sainte-Croix (Agadir) pour y faire sa traite. Marges profita de cette relâche pour aller visiter le marabout Sidi Ali, qui exerçait alors dans le Sous elle Di'aa un pouvoir royal'. Le marabout le reçut courtoisement et lui témoigna désirer l'amitié du roi de France, le priant de faire entendre à Louis XIII que « ses subjets pouvoient avec toutle asseurance venir traiter en ses terres ».
Le i5 août i63~, le navire anglais quitta Sainte-Croix et arriva le 2(5 à Funchal (île de Madère). Le gouverneur espagnol ayant fait procéder à la visite, Marges» lequel, pourn'estre descouvert, avoit pris l'habit d'un matelot » fut reconnu comme Français et arrêté un peu arbitrairement", car on se contenta de lui déclarer que « puisqu'il avoit esté esclave en Barbarie, il le pouvoit bien estre autre fois à Madère ». On lui avait enlevé préalablement « trois cens de plumes d'austruche fines à luy apartenans n. Sur le conseil de quelques marchands, « il se feignit pauvre et nécessiteux ». et au bout de deux mois, le i5 octobre 1687, on le relâcha, voyant qu'il n'y avait pas de rançon à espérer de lui. Il s'embarqua le même jour sur un autre navire anglais qui l'amena à Londres. Pendant son séjour dans cette ville, il fut témoin de la réception de l'ambassadeur marocain Djouder ben Abdallah ^
Revenu en France ', Jean Marges adressa au roi un rapport sur son voyage. Il donnait son avis sur la politique à suivre au Maroc et les moyens à employer pour retirer de Salé le vice-consul Rastin ainsi que les prisonniers français. Puis, exposant les services qu'il avait rendus aux captifs pendant son séjour à Salé, « où il a employé tant en leur nourriture que médicamcns, outre ses soings, presque tout son bien », la prison qu'il avait subie à Madère et les pertes qu il y avait faites, les dépenses que lui occasionnerait son retour à Marseille, il terminait par cette supplique : « Il plaise à Sadite Majesté luy octroyer lettres de mestrise pour pouvoir praticquer sa
1. Sur ce marabout, V. infrn. p. 578, 4. Xous ne pouvons fixer exactement la note 3. date du retour en France de Jean Marges,
2. La guerre existait entre la France et mais il eut lieu certainement après le i5 l'Espagne depuis le ig mai 1635. novembre 1687, date de la réception de
3. Sur cette réception, V. z"' Série, l'ambassadeur marocain par le roi d'.\nglc- Angleterre, novembre iG3-. terre. V. infra, p. 546 et note 4-
INTRODUCTION XCIII
vacation de chirurgien dans ladite ville de Marseille, lien de sa naissance, sans eslre subjet à passer par les formes ordinaires qui se observent en ladite ville, qui se ibiit avec de grandz fraix, lesquels il ne pourroit supporter pour avoir tout consommé audit voyage ' ».
André Ph.vt. — On a vu avec quelle liùte Boulliillier, secrétaire d'Etat aux AITaires Etrangt'res, avait donné, le 3o novembre iGay, à André Prat, négociant marseillais, la « piovision du consulat pour la nation Françoise au pais de Toutouan et ville de Salle" », et le conilit qui en était résulté avec Pierre Mazet. que Razilly. muni des pouvoirs du Roi et du cardinal de Hiihelicu, avait noninic à ce même olTice. le 3 septembre i63o '. André Prat ne chercha pas d'ailleurs à rejoindre son poste : il resta à Marseille, se contentant de percevoir les dioits de consul au départ des navires de ce port, ce qui amena les protestations de Pierre Mazet'. Ce l'ut seulement en i634 ou i635, après l'arrestation à Marrakech de son concurrent, qu'il se décida à envoyer à Salé pour exercer sa charge le vice-consul Gaspard de Rastin. On connaît les tribulations par lesquelles passa ce malheureux agent, pour avoir servi de caution aux captifs laissés à Salé par Du Chalard, et les vexations qu'il eut à endurer par représailles des Salétins pour leurs navires capturés par les Français.
A la mort de Fiastin, survenue en iG/)3, la situation des Français à Salé était mauvaise ; les Salétins reprochaient à la cour de France de n'avoir pas rempli les engagements contractés par Du Chalard pour le rachat des captifs, et le commerce était interrompu par des actes récipro(|ucs d'hostilité. André Prat jugea nécessaire d'aller lui-même au Maroc pour arranger les choses, et il s'y rendit en 1643 avec son fils Henri".
Salé était depuis i6/|i sous l'autorité du marabout de Dila
1. \ . infra, p. 5'ig, Relation de Jean |3 et 22 octobre, du i5 décembre i63o, et Marges. du 10 février i63l, infra. pp. 875-876.
2. V. les provisions d'.Viidré Prat, ùi/ra, 5. Cf. 2' Série, France, Mémoire Je p. 278. Henri Prat à la date du 8 juin i6(5g. Dans
3. V. la commission de consul pour ce mémoire Henri Prat se met seul en scène Pierre Mazet, infra, pp. 818-819. et passe sous silence le r61c joué par son
!t. V. extrait de lettres de P. Ma^ct des pire.
XCIV INTRODUCTION
Mohammed el-Hadj ' (le Ben Boucar des relations contemporaines). André Pral sut le gagner par des présents habilement placés ; il lui fil comprendre combien il serait préférable pour les Salétins de renoncer à des engagements remontant à près de dix ans et de renouer des relations commerciales avec la France. « On déchira, écrit son fils, toutes les promesses et on n'a pas depuis ouï parler de celte affaire );. Deux arrangements vinrent sanctionner les résultats obtenus. En 1645 A. Pral passa un traité avec les gouverneurs de la ville et château de Salé u pour restablissemenl du négoce de France et des villes de Salé et Tetouan ». Enfin le 11 mars i6/i6 fut signé un « traitlé et capitulation laite entre lesdits gouverneurs et administrateurs pour le sieur Sidi Mahamé & Lach Bembourquer et ledit André Prat pour le trafic en ladite ville de Salé" ».
Bien que ces accords eussent été conclus par le consul sans mandat officiel et à titre personnel, ils suffirent néanmoins à ramener le calme à Salé. « Depuis, écrit Henri Prat, les François et autres negocians et traflîcandz soubz la bannière du Roy y sont allés jusques à présent avec toute la liberté, sans y avoir eu jamais aucune advanie à leurs biens nv religion' ».
André Prat rentra en France en 16^8 ' et se démit volontairement de sa charge en faveur de son fils Henri, qui, par lettres patentes du 20 octobre 16^8, fut nommé consul à Salé et Tétouan.
François de Boyer, sieur de Bandol. — L'habitude de considérer les consulats comme une propriété personnelle dont on pouvait déléguer les fonctions à un vice-consul, tout en gardant pour soi la plus
1. Sur ce personnage cl Sun rôle à Salé, 3. V. 2= Série. France, Mémoire de \. infru. pp. 58o-ô83, Introducliun criti- Henri Prat, 8 juin 16G9.
ipie, La zaouïa de DUa et la chute de la !\. La présence de André Prat à Salé à la
dynastie saadicnne. fin de l'année 1647 ^^^ constatée par des
2. Ces renseignements sur les traités de documents oITiciels. C'est lui qui fut chargé 1645 et 16/16 sont fournis par un arrêt du de régler avec le gouverneur de Salé l'af- Conseil du 25 mai i66i. V. Arch. Nat. faire de la saïtie génoise qui apportait les Marine A' VI. — Henri Prat, dans son mé- marbres destinés aux mausolées de Louis moire de 1669 précédemment cité, s'attri- XIII et de Richelieu et qui avait été captubuant le rôle de négociateur dans ces traités, rée par les Salétins. V. infra. lettre de A. écrit: « Je fis ceste négociation avec les Prat à Lanier du 11 décembre 16^7, Doc. gouverneurs du pays en forme de capitu- CXVII, p. 687. Cf. auisi Icttresde Lanier à lations et dont les articles seroient Irop A/a^arm des 23 octobre et 3o décembre 1 645 longs à déduire ». Doc. C-MV, p. 635 etCXVIIl, p. 638.
INTRODUCTION XCV
grande partie des profils, cul pour consé([uence de l'aire nommer parfois à ces offices des enfants en bas âge ' . C'est ainsi que Jules de Boyer", sieur de Bandol, gentilhomme de la Chambre et capitainelieutenant de la galère du cardinal Mazarin, obtint, en récompense de ses services, la création en faveur de son iîls François de Bover, âgé de douze ans au plus^, d'un office de « consul de la nation françoise esdits lieux de Safiic, Mogador, Sainte-Croix [Agadir] et la coste tirant du coté de midy à la coste de Feiz^ ». Les lettres patentes furent signées le 29 mars ifi/17.
Le Maroc, à cette époque, échappait de plus en plus à la dynastie saadienne °, et André Prat, titulaire du consulat de Salé et Tétouan, se trouvait en fait accrédité auprès du puissant marabout de Dila", Sidi Mohammed el-Hadj. La France n'avait aucun agent pour protéger son commerce et sa navigation dans le Maroc du sud, aussi bien dans les provinces relevant encore du chérif Moulay Mohammed ech-Cheikh el-Aseghir, que dans le Sous, où dominait le marabout Sidi Ali ben Mohammed ^ C'est sans doute cet état politique du Maroc qui motiva la création du nouveau consulat comprenant Safi, Mogador et Sainte-Croix, « quoyque le consulat de Fez et de Maroc », ainsi que le remarque P. Ariste, « eust toujours esté possédé par une mesme personne jusqu'ici' ».
Le nouveau poste n'eut qu'une durée éphémère, et François de