‹ Les sources italiennes de la "Deffense et illustration de la langue françoise" de Joachim du BellayChapitre 10 sur 62 · INTRODUCTION' XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION' XV

vulgaire ; que d'ailleurs la langue vulgaire était incapable de les exprimer. Alberti eut conscience de son audace et ne se laissa pas intimider. « Quel sera ce téméraire, écrit-il, qui me persécute et me blâme, si j'écris de façon à ce qu'il m'entende ? Au contraire, les hommes prudents me loueront peut-être, si, en écrivant de façon à ce que chacun m'entende, j'aime mieux venir en aide à beaucoup que plaire à quelques-, uns, car on sait combien les lettrés sont rares de nos jours. Et ceci me serait très agréable que, qui sait me blâmer, sût, en parlant, se faire applaudir. J'avoue bien que cette antique langue latine est très copieuse et ornée. Je ne vois pas non plus pourquoi il faut tellement haïr notre langue toscane d'aujourd'hui, de façon à ce que tout ce qui y est écrit, quoique excellent, nous déplaise... Et je sens ceci, c'est que, qui serait plus savant que moi, et tel que beaucoup veulent être réputés, celui-là trouverait dans notre langue commune d'aujourd'hui autant d'ornements que dans celle qu'ils prônent tant eux-mêmes et désirent si fort chez les autres. Je ne peux pas souffrir que beaucoup jugent mauvais ce qu'ils emploient pourtant et qu'ils louent ce qu'ils ne comprennent pas, ni ne se soucient d'entendre... Et s'il est vrai, ce qu'ils disent, que cette antique langue sut jouir auprès de toutes les races d'une grande autorité, parce que beaucoup de savants l'employèrent, il en ira certainement de même de la nôtre, si les savants la veulent travailler et polir avec tout leur soin et dans toutes leurs veilles.... Et moi, je n'attends d'autre récompense que celle de la volonté

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