‹ Les sources italiennes de la "Deffense et illustration de la langue françoise" de Joachim du BellayChapitre 18 sur 62 · INTRODUCTION XXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXIII

pas sans quelque raison que notre auteur lui attribue le rôle de défenseur du latin.

Les arguments de Strozzi peuvent se ramener à quatre principaux :

I" La tradition nous commande d'écrire en latin. Toutes les sciences sont rédigées dans les langues anciennes ; nous devons suivre l'exemple de ceux qui les ont inventées et qui nous en ont transmis le trésor ;

• 2° A écrire vulgairement il n'y a ni réputation ni gloire à acquérir. On n'y peut gagner que l'approbation des ignorants, et encore d'un petit nombre d'ignorants, les seuls compatriotes de l'auteur, tandis que les ouvrages latins sont lus par les savants du monde entier ;

3° La langue italienne est une langue irrégulière, sans beauté, barbare, puisque tous les barbares l'ont altérée et v ont mêlé quelques débris de leurs idiomes. Il va même jusqu'à prétendre que dans son tonds elle ne diffère pas de la langue populaire que la masse parlait à Rome du temps d'Auguste, langue populaire dont les lettrés et les savants usaient euxmêmes dans la vie pratique, mais qu'ils méprisaient et qu'ils délaissaient pour une langue toute artificielle, créée de toutes pièces pour l'expression des formes littéraires et des idées ;

4° Enfin, il déclare que même si on voulait accepter le principe d'écrire en langue vulgaire, la chose serait impossible, parce qu'il n'y a pas une langue vulgaire, mais plusieurs ; qu'on ne saurait imposer un

Page 1