‹ Les sources italiennes de la "Deffense et illustration de la langue françoise" de Joachim du BellayChapitre 19 sur 62 · XXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXIV INTRODUCTION

ordre quelconque à ce chaos de tenues et de formes grammaticales qu'on entend sur le territoire italien.

Carlo Bembo et ses amis ont réponse à tous ces arguments. Très nettement, dès le début, ils posent le principe que l'exemple des anciens ne les oblige pas, que les langues ne font pas partie inhérente des idées qu'elles expriment, qu'elles ne sont pas de la substance de la chose. Les anciens écrivaient en grec et en latin, parce que le grec et le latin étaient leurs langues naturelles. Suivre leur exemple, à le bien prendre, c'est écrire, nous aussi, dans la langue qui nous est naturelle, c'est écrire en italien. Quant à la gloire, dont tout écrivain doit se soucier (car elle est le mobile des grandes actions), les latiniseurs se trompent s'ils pensent l'acquérir plus sûrement en écrivant dans la langue de Cicéron. La rivalité avec ces grands modèles anciens n'est pas possible ; et puis, quand ils réussissent, les modernes ne tout encore que porter du bois à la torèt : « Si faticano di portare alberi alla selva «. Leurs écrits seront nécessairement perdus dans cet amas de chefs-d'œuvre. Au contraire, dans les langues modernes, la matière est neuve ; il est facile d'acquérir de la réputation ; à bon marché on y peut passer pour inventeur : a Chiunque ora volgarmente scriverà, potrà sperare di meritar buona parte di quella grazia clic a primi ritrovatori si dà. »

Mais la partie capitale de cette apologie, c'est l'histoire, esquissée par l'ederico Fregoso, des origines de la langue vulgaire et de ses destinées. Bembo y pose clairement le double principe de l'évolution des

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