‹ Les sources italiennes de la "Deffense et illustration de la langue françoise" de Joachim du BellayChapitre 20 sur 62 · INTRODUCTION" XXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION" XXV

langues, et de la nécessité d'écrire une langue qui soit comprise sans effort par les contemporains. L'idée, exprimée par Ercole Strozzi, que le vulgaire du xvr^ siècle n'était autre que la langue populaire des Romains de la grande époque, devait être assez répandue parmi les latiniseurs d'alors, car je la retrouve fréquemment reprise chez les imitateurs de Bembo. Pour eux, à seize siècles de distance, la situation restait la même, et en dédaignant l'italien pour écrire en latin, ils ne faisaient que ce qu'avaient fait avant eux les Virgile et les Cicéron. Fregoso n'a pas de mal à réfuter cette erreur : « Vous vous trompez, dit-il à son adversaire : les deux langues d'alors étaient non le latin et l'italien, mais le grec et le latin. Le grec était la langue savante, le latin était le parler vulgaire. Les grands latins ont rejeté la langue savante empruntée, pour user de leur langue naturelle. Mais, peu à peu, ce latin s'est corrompu. Il a été gâté par les barbares qui ont occupé longuement l'Italie. Il l'a encore été par les influences variées des langues étrangères, par l'action de la langue provençale en particulier, à laquelle les Italiens ont emprunté leur poésie lyrique. De ces diverses altérations est sortie une langue nouvelle, dérivée de l'ancienne, mais différente d'elle. Pétrarque ne l'a pas méprisée pour cela, Dante et Boccace ne l'ont pas méprisée, et ils ont bien fait, car leurs œuvres vulgaires leur ont assuré une gloire immortelle. Il est fatal que les langues humaines se dégradent ainsi avec le temps. A l'imitation de Pétrarque, de Dante et de Boccace, nous devons suivre

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