INTRODUCTION XXIX
pas du goût de tout le monde. De tait, elle était médiocrement cohérente avec les principes que ce même Bembo venait de poser. Demander aux écrivains de se conformer à l'usage de Pétrarque et de Boccace, c'était encore leur imposer une langue savante, presque une langue morte. Si chacun doit écrire dans son langage naturel, il n'y a pas de raison pour s'arrêter au xiii^ siècle ; il faut résolument descendre jusqu'au XVI^ Il ne faut pas redouter les néologismes, aussi bien dans la svntaxe que dans le vocabulaire. Il n'y avait même pas lieu d'imposer à tous le dialecte toscan. Sans doute, on ne pouvait guère conseiller à chacun d'écrire dans son dialecte : la contusion aurait été inextricable. Au moins pouvait-on essayer de constituer une langue commune, où tous les dialectes seraient représentés. La logique semblait le vouloir ainsi, et quand un principe est posé, il se trouve toujours des esprits pour le conduire à ses conclusions extrêmes.
Quand on écrit et quand on parle, dit un interlocuteur chez Bembo, c'est pour être compris du plus grand nombre possible : nous ne voulons donc pas de langue morte. Usons du toscan, qui était la langue de Pétrarque et de Boccace, mais usons du toscan moderne, tel qu'il se parle de nos jours. Parmi les avancés, c'était l'opinion de quelques Florentins. Mais les Lombards, les ^ énitiens, les Romains, en un mot tous ceux qui n'étaient pas de Florence, refusaient de faire une place priviligiée au toscan et voulaient une langue mêlée. Ils s'appuyaient sur l'au-