INTRODUCTION XXXI
il fallait recourir aux œuvres des grands modèles. Enfin, puisque Dante, Pétrarque et Boccace étaient de Florence, si l'on reconnaissait leur autorité, si l'on prenait leur langue comme modèle, l'amour-propre local était satisfait.
En revanche, les partisans de la langue commune, dite langue italienne, furent nombreux. Le premier peut-être, Vincenzo Colli Calmeta, dans sa Poesia voJgare, reprit des théories analogues à celles que Dante avait émises dans son De viilgari cloqiiio (i). Mais le plus fameux des défenseurs de la langue « courtisane » est Baldassar Castiglione, qui dans son célèbre Coiirtisaii (Jl Cortegiano), propose comme idéal la langue des cours. Dans les réunions de gens du monde dont s'entouraient volontiers les princes et seigneurs, où se rencontraient des personnages venus de tous les coins de l'Italie, on parlait une langue nécessairement assez hospitalière aux mots et aux tours de toute provenance, mais qui, sans aucune affectation de recherche ou de purisme, était comme triée par des personnes de bonne éducation et de bonne manière. Il n'v avait pas de règles pour la former. On n'en pouvait proposer aucun modèle écrit. On la trouvait dans l'usage de la bonne société. Avec moins de netteté peut-être, Giangiorgio Trissino a repris une théorie analogue dans son dialogue intitulé : // CastcUano. Le Caslellnno fut publié une année seulement après le Corlegimio (1529), mais
(i) Cf. à ce sujet : Pio Rajna, La liiigiin cortigiaiw, dans les Misccllaiiea Uiiguistica in onore di Graiiadio Ascoli (Torino, 1901).