‹ Les sources italiennes de la "Deffense et illustration de la langue françoise" de Joachim du BellayChapitre 3 sur 62 · LE DEVELOPPEMENT DU VULGAIRE TOSCAN AU DÉBUT DU XVI'^^ SIECLE · texte numérisé non relu

LE DEVELOPPEMENT DU VULGAIRE TOSCAN AU DÉBUT DU XVI'^^ SIECLE

1. — LES KKVKXDICATIOXS HX KAVKLU 1)H I.A LAXGUE ITALIENNE AL" XVe SIÈCLE.

Partout, avant de donner l'essor aux littératures nationales, la Renaissance de l'antiquité a commencé par compromettre leur développement. En dépréciant les langues vulgaires dans l'estime publique, quelque temps elle a semblé les faire reculer devant l'invasion des langues anciennes.

Il ne pouvait guère en être autrement. Toutes les sciences dont le trésor se répandait sur le monde, étaient rédigées en grec et en latin ; et il en était de même des admirables œuvres oratoires et poétiques qui enchantaient l'imagination. On ne pouvait en jouir qu'à condition de connaître les langues anciennes. Elles parurent d'abord inséparables de ces langues. Il

VIII INTRODUCTIOX

semblait que les vulgaires étaient incapables d'exprimer tant d'idées abstraites, de faire éprouver tant d'impressions diverses. Les érudits avaient seuls accès à ces merveilles. Ils pouvaient enrichir et polir leur esprit, améliorer leur vie ; ils se sentaient d'un monde différent et infiniment supérieur. Quelque temps on put avoir l'impression qu'une classe des doctes se constituait, distincte de celle des indoctes, jalouse de ses privilèges comme toute caste l'est instinctivement. L'aboutissement du système eût été de constituer dans l'Europe occidentale une sorte de mandarinisme international.

Mais cet état de choses ne pouvait pas durer. L'œuvre de la Renaissance ne devait être complète que le jour où elle aurait vulgarisé les trésors de l'antiquité, où elle les aurait mis à la portée de tous. Les ignorants désiraient, eux aussi, parer leur vie des bienfaits de l'antiquité.

Il n'est pas rare, au temps de la Renaissance, de voir en Italie de grands princes s'adonner à l'étude des lettres anciennes, lire des livres grecs et composer des vers latins. Pourtant, d'une manière générale, les seigneurs avaient autre chose à taire que de se transformer en philologues, et sans philologie ils prétendaient avoir part aux trésors que quelques doctes cherchaient à se réserver jalousement. Ils voulaient en particulier connaître les règles pratiques que, pour améliorer la vie humaine, les anciens avaient dégagées de l'observation des faits ; il leur fallait connaître les morales de l'antiquité, ses préceptes poli-

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