‹ Les sources italiennes de la "Deffense et illustration de la langue françoise" de Joachim du BellayChapitre 4 sur 62 · INTRODUCTION IX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION IX

tiques, sa science militaire. Il leur fallait lire les histoires qui par leurs exemples enseignent aux hommes à bien vivre, à gouverner les Etats et à diriger les armées. Pour qu'ils pussent lire les histoires, les traités de morale et de politique, il était nécessaire qu'on les écrivît en langue vulgaire. De leur côté, les grandes dames se lassèrent vite d'être courtisées en latin ; elles voulaient comprendre les compliments qu'on leur adressait. La société tout entière demandait à goûter la poésie, l'éloquence, tous les plaisirs de la vie intellectuelle. Dans plusieurs pavs, dans les pays protestants, le peuple et la bourgeoisie voulurent comprendre les dogmes qu'ils croyaient, les prières qu'ils proféraient, tout le passé de leur religion : on réclama des traductions de la Bible ; pour convaincre les loules et assurer le succès des idées nouvelles, on discuta les problèmes religieux dans la langue de tous. Aussi bien que les doctes, le peuple était sujet aux épidémies, aux blessures, aux maladies; la médecine dut lui enseigner à y remédier ; pour cela, il fallut qu'elle parlât un langage intelligible à tous.

C'est ainsi que lentement, progressivement, la brèche de bonne heure ouverte s'agrandit en dépit des résistances. Une à une, les diverses sciences cédèrent devant la nécessité inéluctable d'accorder à tous, même aux plus ignorants, leur part de bienêtre. Elles cédèrent plus ou moins tôt, selon que leurs fruits étaient plus ou moins plaisants et utiles dans la pratique de la vie. Par exemple, dans les

Page 1