INTRODUCTION XXXIX
ses idées en leur assurant plus d'autorité et une plus large diffusion.
Pendant longtemps, ces questions sur la langue restèrent vivantes, tout à fait à l'ordre du jour. Il semble qu'on s'en entretenait avec une prédilection marquée dans les réunions mondaines. Dans le Courtisan de Castiglione, nous voyons que les gentilshommes, le sujet des langues une tois entamé, ne peuvent se résigner à l'abandonner. Il faut que les dames interviennent pour les ramener à l'objet de la discussion, sans quoi la digression n'aurait pas de fin. Encore leur faut-il des injonctions réitérées pour les décider à quitter une matière sur laquelle tout le monde a tant à dire (i).
Toutes ces préoccupations se firent jour dans une ample littérature. Il serait inutile d'énumérer les nombreux écrits où nous les rencontrons. Notons seulement les titres de quelques oeuvres qui ont joui d'un certain succès en leur temps : Giambattista Gelli, Ragionamento iiitonio alla li7igiia{i 54e); Claudio Tolomei, Il Cesano (1555); surtout VErcolano de Benedetto Varchi (1570) (2), dialogue qui, inspiré
(i) Cf. // Cortegiaiw, éd. Cian (Florence, 1894), 1. I, ch. xxix-.wxix.
(2) Varchi, dans son Eirolaiio, répond en particulier à dix questions. En voici les titres, qui suffiront à montrer les préoccupations principales du volume. I. Qu'est-ce qu'une langue ? II. A quels signes se connaissent les langues ? III. Classification des langues. IV. Sont-ce les langues qui font les écrivains, ou les écrivains qui font les langues ? V. Quand, où, comment, par qui et pour quelles raisons naquit la langue vulgaire ? VI. La langue vulgaire est-elle une langue nouvelle, ou n'est-elle que la langue latine altérée et corrompue ? VII. De combien de langues et de quelles langues est composé le vulgaire ? VIII. De qui doit-on .apprendre à parler les langues : du peuple, de maîtres ou des écrivains ? IX. A quels signes peut-on connaître et Joit-on