‹ Les sources italiennes de la "Deffense et illustration de la langue françoise" de Joachim du BellayChapitre 33 sur 62 · INTRODUCTION XLI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XLI

latine ; i"" qu'elle doit s'appeler langue toscane et non langue italienne. Il est Florentin, il fait œuvre patriotique ; Gelli et Tolomei, qui sont Toscans eux aussi, plaident la même cause que lui. Au contraire, Muzio, qui est de Padoue, reprend la théorie de Castiglione et de Trissino, appelle sa langue « italica lingua » et veut un lexique très mélangé qui puise largement dans les divers dialectes.

Mais beacoup plus que cette dispute de noms et de tendances, il est singulier de voir persister longtemps encore l'autre querelle, la querelle du latin et du vulgaire. 11 semble vraiment qu'après tout le travail de défense et d'illustration dont Bembo a été l'âme, surtout qu'après l'apparition des belles œuvres italiennes qui ont marqué le début du siècle, elle n'avait pas lieu de continuer. Les faits avaient répondu aux latiniseurs. On devait se taire d'un côté comme de l'autre.

11 y avait bien une manière de prendre la question qui n'était peut-être pas trop surannée. C'était de se placer au point de vue scientifique et philosophique. Dans les œuvres d'art, le « vulgaire » avait fait ses preuves. Pour les sujets savants, sa victoire était moins manifeste. Sans doute, les traductions d'œuvres philosophiques ne faisaient pas défaut; en particulier, les écrits platoniciens, qui eurent une influence considérable sur la littérature italienne, pouvaient se lire en italien. Toutefois les œuvres originales se faisaient attendre. Elles ne venaient pas consacrer les progrès accomplis. Aussi c'est la conquête des domaines de la philosophie et des sciences que Gelli réclame dans un

Page 1