‹ Les sources italiennes de la "Deffense et illustration de la langue françoise" de Joachim du BellayChapitre 34 sur 62 · XLII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XLII INTRODUCTION

Rdgionaini'iito que Du Bellay a pu lire, puisqu'il date de 1546. Dans ses Ca prier i de] Botta jo (1548) et dans sa Circc (1550) il abordait beaucoup de questions philosophiques en italien. L'occasion était- bonne de plaider en faveur de la langue vulgaire. Très nettement, il a posé le principe que toutes les « disciplines », comme l'on disait alors, devaient être rédigées dans la langue de tous. Il affirme que les langues ne valent point par elles-mêmes : ce ne sont que des moyens pour exprimer nos conceptions. Puisque les langues vulgaires les rendent aussi clairement, ces conceptions, et puisqu'elles ont l'avantage d'être entendues de tout le monde, c'est elles que nous devons employer. Elles ont même cette notable supériorité sur les anciennes, qu'elles peuvent, au fur et à mesure des circonstances, créer des mots nouveaux et s'adapter aux besoins de chaque époque. Enfin, Gelli insiste sur une idée que beaucoup d'autres reprendront après lui : « Nous perdons le plus clair de notre temps et de nos forces à apprendre les vocabulaires et les grammaires des langues anciennes ; cet apprentissage achevé, nous n'avons plus le courage d'étudier les sciences pour elles-mêmes ; nous nous arrêtons aux mots, à l'écorce. » lit toutes les raisons qu'on cherche à lui opposer l'irritent : ce n'est que vanité et présomption d'érudits ; sa théorie s'impose à son esprit avec la force de l'évidence.

Mais on ne se contentait pas toujours, à l'exemple de (jelli, de défendre la langue vulgaire connue langue philosophique et scientitique ; parfois encore, on

INTRODUCTION XLIH

reprenait le débat dans toute sa généralité, et, tout en faisant naturellement une part prépondérante à l'expression des idées philosophiques et des connaissances techniques, on recommençait à plaider dans son entier une cause en bonne partie déjà gagnée. C'étaient des redites désormais superflues.

On ne doit pas s'en étonner. D'abord, lorsque les circonstances conduisent une génération à formuler une idée, une théorie, pour dénoncer et corriger quelque abus, il est ordinaire que cette idée, cette théorie continue à s'affirmer au-delà du temps où son utilité se fait sentir, et quand, depuis longtemps déjà, l'abus qu'elle était appelée à combattre, a disparu. Un besoin la fait naître et lui assure le succès ; puis elle se répète en vertu du mouvement acquis; elle se vide peu à peu de son intérêt d'actualité et tourne au lieu commun. En France aussi, on continuera à défendre la langue vulgaire alors même qu'elle n'aura plus grand'chose à redouter des langues savantes.

Mais, en Italie, une raison particulière s'ajoutait à cette raison d'ordre général, pour motiver la persévérance des avocats. Les latiniseurs avaient des prétextes spéciaux pour continuer la lutte. Ils ne voulaient pas désarmer. Ils arguaient que la langue latine était la langue nationale de l'Italie au même titre que le vulgaire, puisqu'elle avait été parlée par les anciens Romains. A leurs yeux, c'était sauvegarder un patrimoine national que de défendre le latin ; c'était conserver la tradi-i tion des grands siècles et renouveler la chaîne de$ temps, c'était assurer au pays l'héritage de gloire

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