‹ Les sources italiennes de la "Deffense et illustration de la langue françoise" de Joachim du BellayChapitre 35 sur 62 · XLIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XLIV INTRODUCTION

amassé par les ancêtres. Quelquefois ils affectaient de voir dans la langue italienne le parler populaire déjà en usage à la grande époque et méprisé par les classiques ; quelquefois ils la considéraient comme le résultat d'une corruption due aux invasions des Barbares. Dans l'une comme dans l'autre hypothèse, leur dédain leur paraissait justifié. Ils pouvaient s'estimer autorisés à croire que l'Italie avait deux langues également siennes, l'une fixe, l'autre en incessante mutation ; l'une enrichie par le maniement des plus grands maîtres, rendue apte à l'expression des sentiments les plus délicats et des concepts les plus abstraits, l'autre façonnée au commerce de la vie pratique ; l'une littéraire et savante, l'autre populaire. Dans la vie journalière ils devaient faire usage du vulgaire italien, mais dans leurs livres ils devaient l'ignorer. Ils taisaient œuvre de bons citovens en illustrant l'Italie, au prix de longues études, dans la langue qui pouvait le mieux la glorifier aux yeux des autres peuples.

On reste surpris de constater combien, encore à cette époque, étaient nombreux ceux qui se réclamaient de cette doctrine, et qui préconisaient l'emploi exclusif du latin comme langue littéraire. A Bologne, lors de l'entrevue de Charles-Quint et de Clément VII, au cœur de l'Italie, devant un public nombreux autant qu'illustre, un professeur de langues anciennes, Komolo Amaseo, prononçait deux discours en hiveur de la langue latine. L'italien, disait-il, ne devrait être que la langue du peuple; on ne devait l'entendre que dans les boutiques et sur les marchés.

IXTRODUCTIOX XLV

Francesco Florido Sabino n'est pas moins énergique dans son Apologie de Plaute. Son œuvre est intitulé : Francisci FJoridi Sabini iii L. Accii Plauti alioriLinqiie latimv lin^iiœ scriptoniin cahiiuniatores Apologia. Ces détracteurs des Latins, contre lesquels Florido prend ici les armes, ce sont les partisans du vulgaire toscan qui veulent déconsidérer les descendants des purs classiques. Très dur pour tous les auteurs de livres italiens, il témoigne quelque indulgence pour Pétrarque, parce que Pétrarque n'a écrit en langue vulgaire que des œuvres frivoles. Ses ouvrages sérieux sont en latin.

Giambattista Gainèo, dans une harangue composée pour l'Accademia degli Infiammati de Padoue, Pier Angeli da Barga, dans une harangue prononcée publiquement à Pise, ne se montraient pas moins décidés. Celui-ci s'indignait contre la tentative de Bembo qui lui paraissait déraisonnable ; il l'accusait d'avoir obéi à un puéril souci d'ambition, d'avoir voulu décourager les latiniseurs pour éclaircir les rangs de ses émules et se réserver la gloire d'être un cicéronien sans égal.

Dans son traité De l'Iniitatioii, Bartolomeo Ricci, cicéronien convaincu s'écriait : « Una tantum latina sit lingua, eaque (ut rectius illi ominer, optima . » Et il partait en guerre contre les traducteurs qui profanent les admirables œuvres de l'antiquité en les faisant passer dans une langue informe et sans règles. « Quantum ab italica lingua (ut de nostris tantum agam) damni ac calamitatis jam pridem huic avectum sit, atque

Page 1