‹ Les sources italiennes de la "Deffense et illustration de la langue françoise" de Joachim du BellayChapitre 47 sur 62 · L. I, eh. IX · texte numérisé non relu

L. I, eh. IX

Telle injure ne s'etendroit seulement contre les espris des hommes, mais contre Dieu, qui a donné pour lov inviolable à toute chose crée de ne durer perpétuellement, mais passer sans fin d"un état en l'autre, étant la lin et corruption de l'un le commencement et génération de l'autre. Quelque opiniâtre répliquera encores : Ta langue tarde trop à recevoir ceste perfection. Et je dv que ce retardement ne prouve point qu'elle ne puisse la recevoir : aincovs je dv qu'elle se poura tenir certaine de la garder longuement, l'avant acquise avecques si longue peine, su\'vant la lo\- de Nature qui a voulu que tout arbre qui naist, florist et fructifie bien tost, bien

Et avverebbe che ove voi credereste d'argumentar solamente contra la lingua thoscana, et quella con vostre raggioni estirpare del mondo ; voi parlareste etiandio contra Dio : il quale ab eterno diede per legge immutabile ad ogni cosa criata non durare eternamente ; ma di continuo d'uno in altro stato mutarsi ; hora avanzando, e hora diminuendo, tînché tinisca una volta, per mai più poscia non rinovarsi. Voi mi direte, troppo indugia hoggimai la perfettione délia lingua materna : et io vi dico che cosi è, come dite ; ma taie indumo non dee far credere altrui

De là viendroit qu'en pensant seulement arguer la langue tuscane à fin de l'extirper (movennant voz raisons) hors du monde vous parleriez aussi contre... dieu qui a voulu par son immuable ordop.nance que nulle chose créée ne dure perpétuellement, ains que d'heure à autre leur estât se change ores en augmentation, ores en diminution jusques à ce qu'une fois tout finisse sans jamais plus renouveller. Vous me direz : nostre langue arreste trop à former sa perfection, et je respondz estre vray : mais si est ce que tel retardement ne doit fiiire à croire estre impossible qu'elle demeure imperfette : plustost nous peut asseurer, que deslors qu'elle nous sera acquise nous en joyrons plus long temps : car nature veult que l'arbre qui bien tost croist, florit et porte

tost aussi cnvieillisse et meure, et au contraire, celuv durer par longues années, qui a longuement travaillé à jeter ses racines.

Page 1