‹ Les sources italiennes de la "Deffense et illustration de la langue françoise" de Joachim du BellayChapitre 49 sur 62 · L. I. ch. XI · texte numérisé non relu

L. I. ch. XI

Je serov' bien d'avis... que celuv qui par une inclination naturelle (ce qu'on peut juger parles œuvres latines et thoscanes de Pétrarque et Boccace, voire d'aucuns scavans hommes de nostre tens) se sentiroit plus propre à écrire en sa langue qu'en grec ou en latin, s'etudiast plus tost à .se rendre immortel entre les siens, écrivant bien en son vulgaire, que mal écrivant en ces deux autres langues, estre vil aux doctes pareillement et aux indoctes.

S'il s'en trouvoit encorcs quelques uns de ceux qui de simples paroles font tout leur art et science, en sorte que nommer la langue greque et latine, leur semble parler d'une langue divine, et parler de la vulgaire, nommer une langue mhumaine, incapable de toute érudition...

voi gentilhuomo.... altramente consiglio ; et facendo altramente non solamente non viverete inhonorato ; ma tanto più glorioso, quanto scrivendo, et parlando bene volgare, almeno a volgari sarete charo : ove malamente scrivendo, et parlando latino, vile sareste a dotti parimente, et indotti. (F. 1 12 v.)

Assai credemo d'alcuna cosa sapere, quando, senza cognoscere la natura di lei, possiamo dire in che modo la nominava Cicérone, Plinio, Lucretio et Virgilio... ; délie cui semplici parolette ianno gl' huomini di questa età le loro arti et scientie ; in guisa, che dir lingua greca et latina par dire lingua divina;

vous donne autre conseil, pour-ce que si vous me crovez non seulement vous ne vivrez point sans honneur, mais encor de tant plus exalté quand myeulx vous escrirez et parlerez bon Tuscan : A tout le moins tel serez vous entre le commun, au contraire si vous escrivez et parlez mal latin vous serez en vil pris tant entre les indoctes que les sçavans. (F. 146 v".)

Aussi nous est il bien avis que nous sçachons assez de quelque science, quand sans congnoissant sa nature, nous povons dire en quelle sorte elle estoit nommée par Ciceron, Pline, Lucrèce et Virgile... sur les simples paroles desquelz les hommes du jourd'huv dressent le fondement de leurs artz et sciences : tellement qu'en disant ces motz, langue greque, ou langue latine, il semble que l'on die langue divine. Fit que la vulgaire soit une

Pensent ilz donques, je ne dv égaler, mais aprocher seulement de ces aucteursen leurs langues ?

recueillant de cet orateur et de ce poëte ores un nom, ores un verbe, ores un vers, et ores une sentence : comme si en la façon qu'on rebatist un vieil édifice, ilz s'attendoint rendre par ces pierres ramassées à la ruvnée fabrique de ces langues sa première grandeur et excellence.

Mais vous ne serez ja si bons massons (vous, qui estes si grands zélateurs des langues greque et latine) que leur puissiez rendre celle forme que leur donnarent premièrement ces bons et excellens architectes : et si vous espérez (comme Hst

et che sola la lingua volgare sia una lingua inhumana, priva al tutto del discorso deir intelletto. (F. 128 vo.) A voi messer Lazaro, come a persona d'altro parère, predico che indarno tentate di ridurre dal suo lungo esilio in Italia la vostra lingua latina ; et dopo la totale ruina di lei, sollevarla da terra ; chè se quando ella cominciava a cadere, non fu huomo, che sostenere ve la potesse ; et chiunque alla rovina s'oppose, a guisa di Polidamante fu oppresso dal peso ; hora che ella giace del tutto, rotta parimente dal precipitio et dal tempo ; quai Athleta, o quai gigantepotrà vantarsi di rijevarla ? ne à me pare, se a vostri scritti riguardo, che ne vo2;liate far

langue inhumaine, et du tout privée des discours des intelligences... (F. 167 vo.)

A vous messire Lazare qui estes d'autre opinion, je dv qu'en vain vous essayez de ramener, de son long exil en Italie, vostre langue latine, pour la relever de terre, après sa totale ruine : car si lors qu'elle commençoit à tomber il ne se trouva homme qui la peust soustenir, et que quiconque s'oposa à sa ruine, fut ainsi qu'un Polidamas trop chargé du fardeau, maintenant qu'elle est du tout abatuë, et debrisée, et precepitée du temps, qui sera le vaillant homme, ou quel sera le géant, qui se pourra venter de la relever? Il ne me semble point en regardant voz escritz, que

Esculapc dés membres d'Hippolite) que par ces fragment/, recueilliz, elles puvssent estre resuscitées, vous vous abusez, ne pensant point qu'à la cheute de si superbes édifices conjointe à la ruvne fatale de ces deux puissantes monarchies, une partie devint poudre, et l'autre doit estre en beaucoup de pièces, les queles vouloir réduire en un seroit chose impossible : outre que beaucvjup d'autres parties sont demeurées aux fondementz des vieilles murailles, ou égarées par le long cours des siècles ne se peuvent trouver d'aucun. Parquoy venant à redifier cetc fabrique, vous serez bien loing de luv restituer sa première grandeur, quand, ou souloit estre la sale, vous ferez paravanture les chambres, les etables

pruova : considerando che'l vostro scrivere latino non é altro, che uno andar ricogliendo per questo auttore, et per quello, hora un nome, hora un verbo, hora un adverbio délia sua lingua : il che iacendo, se voi sperate (quasi nuovo Esculapio che il porre insieme cotai fragment! possa tarla risuscitare, voi v'ingannate ; non vi accorgendo, che nel cadere di si superbo edificio, una parte divenne polvere, et un' altra dee esser rolta in più pezzi ; liquali volere in uno ridurre, sarebbe cosa impossibile : senzachè moite sono l'altre parti, lequali rimase in fondo del mucchio, o involate dal tempo, non son trovate da alcuno : onde minore, et men

vous en vouliez prendre Tespreuve : ^'eu que vostre escriture latine n'est autre chose que aller d'un autheur en autre, recueillir maintenant de l'un un nom, de l'autre un verbe, et de l'autre un adverbe, de leurs langues. Knquov faisant si vous pense/ (comme un autre Hsculape ht d'Hipolite) que pour joindre plusieurs de telz fragmentz ensemble, vous la poviez resusciter, vous estes trop abusé de vous mesmes, ne vous avisant point qu'au choir de si superbe édifice, une partie devint poudre, et l'autre se doit estre rompue en plusieurs pièces : tellement que qui les voudroit rassembler en leur premier estât .seroit chose impossible. Outre ce que plusieurs parties d'icelles, demeurées au fons du grant tas de pierres, ou envelopées du temps, n'ont peu estre

ou la cuvsine, confundant les portes et les fenestres, bref changeant toute la forme de l'édifice. Finablement j'estimeroy' l'Art pouvoir exprimer la vive énergie de la Nature, si vous pouviez rendre à cete fabrique renouvelée semblable à l'antique, étant manque l'idée de la quele faudroit tvrer l'exemple pour la redifier.

ferma rifarete la fabrica, che elLi non era da prima :

et venendovi fatto di ridur lei alla sua prima grandezza, mai non fia vero, che voi le diate la forme, che anticamente le dierono que' primi buoni architetti , quando nova la fabricarono : anzi ove soleva esser la sala, farete le camere, confonderete le porte, et délie finestre di lei, questa aha, quell' altra bassa riformarete : ivi sodé tutte, et intere risurgeranno le sue muraglie, onde primicramente s'illuminava il palazzo : et altronde dentro di lei con la luce del sole alcun fiato di tristo vento entrera, che farà inferma la stanza. Finalmente sarà mira-

trouvées d'homme vivant. Par ainsi en voulant refaire ceste fabrique, elle seroit moindre et moins ferme qu'elle n'estoit auparavant. Et quand encor vous parviendrez à la réduire en sa grandeur première, il ne se peut faire que vous luy donniez ceste forme, et beauté qu'anciennement luy donnèrent ses premiers architectes, lorsque premièrement ils la bastirent : pour ce qu'au lieu ou estoit la salle vous ferez les chambres, vous mettrez les portes confusément, et quant aux fenestres vous en dresserez l'une haute pour l'autre basse : Et si dresserez les murs fermes et entiers, en l'endroit d'où venoit la clarté en la salle, ainsi vous ofusquerez la veuë, et au lieu de cela, en faisant ouverture au soleil, il v entrera parm\- quelque alêne de mauvais vent, qui infectera le logis. Finalement ce sera un miracle, surpassant

Vous deprisez nostre vulgaire, paravanture non pour autre raison, sinon que des enfance et sans étude nous l'apprenons, les autres avecques grand peine et industrie.

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