INTRODUCTION XI
le français l'a emporté sans combat, tant les traductions d'historiens anciens, les publications de mémoires et de relations de tout genre se multiplient. Pourtant, au début, les histoires à prétentions littéraires, les grandes histoires d'apparat comme celle de Paul Emile, s'écrivent en latin ; c'est seulement entre 1570 et 1580 que, avec les ouvrages de Girard du Haillant, de Du Tillet, de Vignier, de Claude Fauchet, de Pasquier, malgré la retentissante défection du président de Thou, la partie est manifestement gagnée. En poésie, le triomphe est complet, éclatant, autour de 1550, avec la Pléiade qui substitue aux genres populaires une poésie savante, imitée des anciens et des Italiens, et qui prouve qu'en vers notre langue peut aborder tous les sujets. Calvin a failli assurer le même progrès dans la théologie ; mais le catholicisme, triomphant en France, abandonnera le terrain conquis par lui. En politique, le succès sera assuré entre 1570 et 1580, quand les troubles civils feront fleurir dans notre pays une ample moisson de littérature politique, et quand Jean Bodin se jugera contraint d'écrire sa République en français, quitte à la traduire plus tard en latin. En morale, le mouvement s'était dessiné beaucoup plus tôt ; après Montaigne et Du Vair, il n'y a plus de recul à redouter. Dans la philosophie spéculative, dans les diverses sciences, des tentatives ont été faites, quelquefois avec éclat; en chirurgie surtout, et en médecine, on peut lire en français des livres fameux. D'une façon générale cependant, il faut reconnaître qu'il reste beaucoup à taire.