‹ Les sources italiennes de la "Deffense et illustration de la langue françoise" de Joachim du BellayChapitre 7 sur 62 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

Ces quelques indications suffisent pour fiiire comprendre que le xvi'-' siècle est la grande époque de la lutte entre le français et le latin, que c'est par suite l'époque des revendications en laveur de la langue vulgaire de la France.

En Italie, les progrès de la langue vulgaire avaient été beaucoup plus rapides. Cela tient à diverses causes. D'abord, la Renaissance envahit l'Italie beaucoup plus tôt et plus complètement que la France. C'était une raison sans doute pour qu'on se piquât d'écrire plus purement que partout ailleurs la langue de Cicéron et pour qu'on fût tenté de latiniser avec un entêtement plus tenace ; mais c'en était une également pour que, plus que dans les autres pays, la masse se montrât empressée à enlever aux doctes leur privilège, et à prendre sa part des arts et des sciences. Le cicéronianisme sévit plus qu'ailleurs, mais le triomphe de la langue vulgaire fut rapide. Les abus mêmes du cicéronianisme le secondèrent : en condamnant les auteurs à n'user que des tours ordinaires au pur langage classique, on décourageait ceux qui traitaient des matières scientifiques ou des questions modernes; on les obligeait presque à écrire en langue moderne.

Ensuite, l'esprit de société, en Italie, était plus développé que chez nous. Les réunions mondaines, oii les seigneurs et les dames tenaient une place considérable, contribuèrent beaucoup à assouplir la langue, à façonner l'instrument dont on avait besoin. Bon nombre des ouvrat/es toscans sont adressés à des

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