INTRODUCTION XIII
dames, parfois même inspirés par elles. Les salons et les académies ont donné quelque dignité au parler vulgaire. Nous verrons tout à l'heure l'Académie de Sienne poser la première la question de l'orthographe italienne, et les académiciens florentins ont beaucoup fait pour décider les philosophes à écrire en italien. Les noms de Gelli et de \'archi en tout foi.
Enfin et surtout, le vulgaire toscan avait depuis longtemps des modèles. Pétrarque, Dante et Boccace étaient des ancêtres illustres . On pouvait se recommander de leur autorité. Ils avaient montré toutes les ressources du toscan et l'avaient enrichi en le maniant. Ils offraient des exemples à imiter. Ils avaient filtré la langue et l'avaient élevée à la dignité de langue artistique. Ils autorisaient l'usage, en quelque sorte, et de leurs ouvrages on pouvait extraire les éléments d'une grammaire italienne. La langue française, au contraire, manquait de maîtres et de modèles. Guillaume de Lorris et Jean de Meung(^i), que Joachim Du Bellay loue dans sa Deffeiice, étaient lus sans doute : ils ne pouvaient pas prétendre à l'autorité de Pétrarque et de Boccace. La langue littéraire restait à créer.
Pour tous ces motifs, l'émancipation du vulgaire italien devança celle du vulgaire français. A la fin du xv^ siècle, elle était déjà fort avancée. Non seulement les traductions d'ouvrages anciens étaie"nt nom- Ci) II, II, p. 174.