Rclgrand. Les Aqueducs romains
Caldarium des llioriiies do Caracalla.
nous apprend qu'Agrippa, pendant son année d'édilitc, construisit 700 lacs, 106 fontaines, 130 châteaux d'eau. Les lacs étaient probablement des fontaines avec bassins ou vasques où la population peu aisée trouvait des lavoirs, des abreuvoirs, etc. Au temps de Frontin, il y avait à Rome 591 pièces d'eau.
Comment ne pas dire un mot des thermes célèbres, dont les Romains faisaient leurs délices? Les premiers furent construits vers l'an 444; ils étaient alors a petits et ténébreux ». Sous les empereurs on leur donna des dimensions gigantesques. Après les avoir alimentés d'eau caduques, on les servit par les dérivations des aqueducs; l'eau Antoniana était une branche détachée de Marcia, pour alimenter les thermes de Calacalla; de même Severiana se détachait de Claudia et était dérivée vers les thermes de Septime Sévère, etc.
D'après Pline, Agrippa fonda 170 établissements gratuits de bains chauds. L'historien ajoute que l'édile eut beaucoup d'imitateurs et que de son temps ces établissements étaient véritablement innombrables.
Les thermes les plus considérables étaient ceux de Dioctétien; les ruines des thermes de Caracalla ont conservé l'aspect le plus imposant.
« Les bains, dit M. Léonce Reynaud^ avaient pris chez les Romains beaucoup plus d'importance qu'ils n'en ont aujourd'hui. Ils étaient plus usuels et par conséquent plus savamment combinés; dans les édifices qui leur étaient consacrés, on trouvait des bains froids, des bains tièdes, des bains chauds, des salles
1 , Traité d'architecture.
innintcnucs à une tempéralure moyenne, des éluvcs fortement chauffées et des pièces où l'on se couvrait d'huiles et de parfums, soit avant, soit après le bain. Il y avait aussi des endroits pour les exercices du corps, et d'autres pour ceux de l'usprit; c'étaient des portiques, des exèdres, des bibliothèques, des galeries, des xystes, des promenades agréablement plantées. Les bains se prenaient ou dans des baignoires, ou dans des bassins assez grands pour qu'on pût y nager, et des sièges de marbre étaient disposés dans l'étuve.
(( Les familles opulentes avaient des thermes dans leurs palais. D'autres thermes, plus vastes, formant des édifices spéciaux, étaient ouverts au public moyennant une légère rétribution d'abord, puis gratuitement ensuite, à partir des Antonins. Ces derniers établissements ont fini par prendre un développement prodigieux, dont aucune construction moderne ne saurait donner une idée; tout y était colossal et traité avec le plus grand luxe ; de belles mosaïques ou des compartiments de marbres colorés, couvraient le sol; les murs étaient en partie revêtus de grandes dalles de marbre, et en partie ornés de peintures ; les immenses voûtes étaient peintes ou dorées ; les colonnes, les baignoires, les bassins étaient formés de marbres précieux, de granit, de porphyre ou de basalte, les plus belles statues décoraient les salles, les portiques et les promenades. De tous les monuments de la vie civile des Romains, les thermes étaient ceux pour lesquels on sacrifiait le plus, el c'étaient aussi les plus fréquentés. Il n'y faut pas voir seulement des bains, mais aussi des lieux de réunion ; quelque chose d'ana-
Jogue au gymnase des Grecs ; les pliilosoplics et les hommes déplaisir, les lettrés et les ignorants, le sénat et le peuple, toutes les classes de la société y trouvaient à occuper leur loisir et à satisfaire leurs goûts. Ces édifices étaient tellement entrés dans les mœurs, qu'ils étaient presque devenus de première nécessité. »
Arrivent les Barbares. Les bains sont abandonnés; l'utilité des aqueducs est incomprise ; on les laisse tomber en ruine. Seul, un homme de génie, Théodoric, voulant rendre à Rome ses grands jours, songe à lui restituer l'eau, et de ses propres deniers, fait réparer les aqueducs. Mais ceux qui le remplacent dans la ville éternelle n'ont garde de l'imiter. Le dernier aqueduc qui resta debout fut celui de Trajan, et il cessa de porter de l'eau en 549. Jusqu'en 776, Rome fut privée de ses sources. C'est alors que les papes commencèrent les restaurations des aqueducs^
Ce n'est pas seulement en Italie que les Romains ont prodigué les eaux. La plupart des pays qui furent soumis à leur domination gardent des vestiges de leurs aqueducs.
En France, nous en avons plusieurs.
L'Espagne a ceux de Ségovie, de Tarragone, de Mérida. Cette dernière ville, qui est un véritable musée archéologique, possède encore des arches de granit et de briques, s'élevant, sur trois étages, à plus de 80 pieds de hauteur. Les habitants, émerveillés de la grandeur de ces arcades, les ont appelées les MiraclesK
1. Towr du inonde, 1868 (2'' semestre), Voyage en Espagne, par Gustave Doré et le baron Ch. Daviller.
L'aqueduc du Bardo à Tunis, est romain et fut construit par Septime Sévère.
Les empereurs qui résidèrent à Constantinople, La dotèrent de plusieurs aqueducs, dont certains sont encore employés aujourd'hui, et d'un grand nombre de citernes. Douze de celles-ci sont restées comme les témoins des gigantesques travaux qui là, comme ailleurs, marquèrent le passage des Romains. L'ancienne Cisternabasilica, qui compte trois cent trentesix colonnes, est toujours alimentée par l'aqueduc de Justinien avec l'eau puisée dans les affluents supérieurs de l'Alibey-Sou. Les autres citernes sont abandonnées, et parmi elles la plus belle, œuvre de Constantin le Grand qu'on appelle la citerne des mille et une colonnes {fin hir direk). On ne saurait avoir une idée exacte de sa profondeur primitive, car sa partie inférieure est envahie par une couche épaisse de limon. Elle est si parfaitement à sec qu'elle sert de logement et de magasin à des tisserands.
Aujourd'hui Constantinople est alimentée en eau par des beiid, dépressions naturelles du terrain utilisées comme réservoirs, et dont les issues sont fermées par des digues munies d'écluses, afin de concentrer dans les cavités revêtues de maçonnerie les eaux soit pluviales, soit d'infiltration.
Ces réservoirs, au nombre de neuf, sont situés dans la forêt de Belgrade, à une dislance de trois ou quatre heures de Constantinople. Les habitants des villages voisins sont chargés de leur curage et de leur entretien : on les appelle les sou-Yoldji, ce qui veut dire les IransmeLleurs^ les fournisseurs d'eau.
La plupart des bend sont l'œuvre des princes ottomans ; ils constituent un excellent système d'approvisionnement. L'eau est conduite dans la ville et dans ses immenses faubourgs par un réseau d'aqueducs. Plusieurs des travaux romains furent utilisés, ainsi que nous venons de le dire, entre autres les aqueducs de Justinien, de Valens et d'Andronicus. Mais on en créa ungrandnombre de nouveaux; Suleiman le Grand éleva ceux qu'on appelle Usiim-Kemer ou Longues arcades^ et Guseldjé Kemer, ou belles-aixades qui, avec l'aqueduc creux ou coudé de Pyrgos conduisent les eaux des cinq bends de Belgrade dans l'intérieur de Constantinople^ Les conduits souterrains qui distribuent l'eau dans Constantinople ont leur trajet indiqué au dehors par des piliers pyramidaux nommés sou terasussi ou équilibreurs d'eau. M. Tchihatcheff pense que ces piliers sans doute d'invention arabe ne sont que les revêtements extérieurs d'appareils destinés à diminuer la pression de plus en plus grande de l'eau sur les conduits souterrains. Ils opèrent, en conséquence, l'interruption de ces conduits dont l'une des extrémités, relevée de manière à laisser tomber l'eau dans l'extrémité opposée, s'élargit en forme d'entonnoir. Par ce moyen, l'eau perd son impulsion initiale et ne conserve que celle qui lui est communiquée par rinclinaison des plans qu'elle a à parcourir entre les interruptions locales.
Pour Arago ce terme de soutérazi désigne un autre appareil. Le soutérazi est d'après lui un tuyau