‹ Les sourcesChapitre 20 sur 109 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LES SOURCES VAUCLUSIENNES

On a donné le nom de vauclusiennes à des sources présentant les mêmes caractères généraux et la même origine que celle d'où jaillit la Sorgue, non loin d'Avignon. La fontaine de Vaucluse, peut-être la plus belle de France, est célèbre depuis six cents ans. Pétrarque, l'ayant vue étant encore enfant, en conserva un tel souvenir qu'il y revint plus tard pour y vivre. Il s'installa dans une petite maison, au pied du roc qui supporte les ruines d'un château appartenant alors à Tévêque de Cavaillon, le cardinal Philippe de Cabassolc, qui mérita de devenir son ami. C'est dans cette retraite qu'il composa ses rimes.

« Chanson, si quelqu'un voulait savoir ce que je fais, tu peux dire : il habite sous un grand rocher, dans une vallée close, d'où sort la Sorgue.

« Non, le Tessin, le Pô, le Yar, l'Arno, l'Adige, le libre, l'Euphrate, le Tigre, le Nil, l'IIermus, l'Indus et le Gange, le Tanaûs, l'Istrée, l'Alphée, la Garonne et la mer qui l'entoure, le Rhône, l'Ebre, le Rlûn, la Seine, l'Albia, TEro, l'Ebre;

LES SOURCES VAUCLIJSIENNES 85

(( Non, le lierre, le sapin, le hêtre ou le genévrier, ne pourraient apaiser le feu qui consume mon triste cœur, comme le beau ruisseau qui pleure sans cesse avec moi, comme l'arbuste que je célèbre et que je pare dans mes rimes. »

La rivière, sortie de la fontaine, gardait alors toute sa pureté sauvage. Tout au plus les habitants du village fouillaient-ils ses eaux pour leur prendre les

Vauclusc .

truites et les écrevisses renommées que les touristes apprécient encore. Mais aujourd'hui la Sorgue travaille; plusieurs usines lui demandent de mettre en mouvement leurs machines, de laver leurs produits. C'est d'abord ce que l'on apenjoit lorsque avec des idées recueillies, on vient pour faire le pèlerinage de la source. On est bien un peu désappointé. Cependant on admire l'abondance du flot qui, à peine sorti de terre, est déjà une belle rivière aux eaux calmes

reflétant le ciel entre deux interminables rangées de platanes.

On dépasse les fabriques, que l'on oublie, et par un petit sentier on suit la rive. Le lit de la Sorgue est maintenant un chaos de gros blocs; l'eau s'éparpille entre les pierres ou cascade avec bruit. Le site est fort sauvage. On est bien dans le Val Clos. Des murailles de 200 mètres, ardentes sous le soleil, s'étendent en cirque autour de la rivière. On devine qu'on arrive à ce qu'on appelle dans les Alpes un Bout du inonde^ et qu'il n'y a, pour le retour, d'autre chemin que celui de l'aller. La végétation du Midi, assez maigre, vient prendre sur les pierres un peu de terre. Quelques figuiers, quelques oliviers, des herbes roussies qui sentent bon. Tout à coup, la Sorgue disparaît de son lit; les pierres sont sèches; des broussailles y poussent. C'est que les eaux sont basses et qu'à force de monter, on s'est élevé au-dessus de leur niveau actuel. Enfin, voici tout proche le grand mur du fond : déjà l'on aperçoit, creusée dans ses flancs une voûte à laquelle on prête des aspects religieux : c'est la grotte de la source. Elle est profonde et mystétérieuse; l'eau verte, limpide, n'y tient que peu de place ; pour la voir de plus près, on commence à descendre la pente roide de la caverne. La pureté de l'eau est telle qu'on peut distinguer le conduit par où elle s'échappe des profondeurs. Il est étroit. Cependant, on l'a exploré en scaphandre, mais sans en trouver le fond.

En de certains endroits on a le sentiment très-vif que la terre est bien, comme l'ont dit les anciens a la

LES SOURCES VAUGLUSIENNES 87 mère des hommes ». Cette eau qui pendant si longtemps a cheminé dans les détours ténébreux de ses entrailles nous devient chère. On comprend les poètes qui ont personnifié ces choses, d'où découlent la richesse et la vie; on comprend aussi les téméraires

Foiilainc de Nîmes.

qui, par des chemins périlleux, ont tenté de pénétrer dans les vastes laboratoires de la Nature.

Les ondes fécondes de la Sorgue semblent plus précieuses encore par le contraste de l'aridité qui règne aux plateaux dominants la vallée. Ils ne gardent rien pour eux des pluies, dont les trésors viennent s'engouffrer dans la source. Ils sont sillonnés d'avens

OU iindoiils où les pierres jetées pour en mesurer la profondeur retentissent longtemps avec fracas. Quand il pleut, les eaux y disparaissent bruyamment. Souvent les orages donnent lieu à l'ouverture de nouveaux avens.

Le flot de la fontaine peut atteindre, en temps de crue, le volume de 120 mètres cubes par seconde. 11 s'élève d'abord lentement du fond de l'abîme; mais, parvenu au seuil du rocher qui lui sert de dé versoir, et où il trouve un lit incliné de 1 S centimètres par mètre, il prend une vitesse vertigineuse, se brisant furieusement contre les rochers, couvrant ses rives d'une poussière humide, emplissant le Val Clos d'un bruit de tempête. Une fois dans la région des usines, la rivière, quoique si grosse, reprend son calme pour irriguer 2000 hectares de terres, avant de se jetter dans le Rhône. Le débit minimum de la fontaine est de 5 mètres 1/2 par seconde, et en étiage ordinaire de 8 mètres. Sa température est de 12 à 14 degrés.

Gomme la fontaine de Vaucluse, la fontaine de Nîmes, doit son origine aux pluies, dont les eaux lui sont venues à travers les couches calcaires d'une colline de 70 mètres de hauteur, sur laquelle se dresse la tour Magne. Ces eaux alimentaient, pour les Romains, des bains publics dont les ruines ont été recouvertes, sous Louis XIV, par des bassins dans le goût de Versailles. Les restes du temple de Diane se voient encore à gauche du grand bassin. La fontaine de Nîmes décore une des plus jolies promenades de la ville.

LES SOURCES VAUCLUSIENNES

Dans une toute autre région, le Lizon et le Sarrasin sortent des rochers placés au fond d'une gorge au sud-est de Salins. Comme ils se troublent et croissent en même temps, on, en a conclu que leurs réservoirs sont en communication malgré la différence du niveau des points d'émission. Pendant les basses eaux, on peut pénétrer dans la grotte majestueuse du Lizon.

Voici comment cette source est alimentée : les ruisseaux du Crouzct, de Migette, ainsi que les eaux du marais de Villeneuve (Doubs), se précipitent dans l'entonnoir dit le Puits-Billard, situé en arrière et au-dessus des rochers de la source du Lizon. Dans les grandes crues, l'ensemble devient un torrent furieux tombant de plus de 100 mètres de hauteur : le Pnits-Dillard, pourtant le reçoit en entier et le conduit à la sour€e par un canal intérieur de 400 mètres de longueur*.

La fontaine de Sirod, qu'on a appelée Torrent- Perpétuel, parce qu'elle fournit toute l'aimée une quantité d'eau égale, est un vaste puits naturel, ressemblant à un cône renversé, de 23 mètres de large, duquel Peau s'élève en masse. Cette fontaine est à 7 mètres au-dessus de l'Ain, et à peu de distance de ses bords.

La source de l'Ain, non loin du bourg de Sirod, lance en bouillonnant, hors de son orifice elliptique et profond, une si grande masse d'eau, que la rivière pourrait être flottable dès sa naissance, sans les rochers qui embarrassent son lit.

Page 1