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M. G. Tissaiidier, La Nature, 1880, 1^' semestre

iU LES SOURCES

qu'à 200 litres d'eau par seconde. La Lombardie en possède plus d'un millier fournissant un total de 120 mètres cubes par seconde.

La température de cette nappe souterraine est de douze à quatorze degrés centigrades. Pendant l'hiver, elle descend à neuf ou huit degrés, mais rarement au-dessous. Toujours pendant le froid, elle est bien supérieure à celle du sol, qu'elle échauffe, et où elle entretient la fécondité. C'est pourquoi la région des fontanili est couverte, en toute saison, de grasses prairies, nourrissant les vaches si renommées dont le lait sert à la fabrication des fromages de Parmesan. Un hectare produit en moyenne 50 000 kilogrammes de foin.

Mais les plus remarquables des sources provoquées sont connues sous le nom de puils artésiens, qui leur vient de leuï^iombre dans l'ancienne province d'Artois, où l'on en rencontre un, à Lillers, qui date de H 26. On les appelle aussi puits forés, et ils consistent simplement en un trou vertical percé dans le sol jusqu'à la rencontre d'une nappe aquifère jouissant de la propriété de jaillir vers la surface du sol et souvent de l'attehidre, ou même de s'élancer au-dessus.

On a dit que les Chinois faisaient des puits il y a déjà des milliers d'années; ce qui est sûr, c'est qu'Olympiodore citait dans le milieu du sixième siècle, les puits forés de l'Oasis. En 1727, Shaw visitant plusieurs provinces de la Barbarie et du Levant fut frappé des forages exécutés par les habitants du Sahara : « Le Wad-reag, dit-il, est un amas de villages situés fort avant dans le Sahara; ces villages n'ont ni sources ni

fontaines. Les habitants se procurent de l'eau d'une façon fort singulière. Ils creusent des puits à cent, quelquefois cTeux cents brasses de profondeur, et ne manquent jamais d'y trouver de l'eau en grande abondance. Ils enlèvent, pour cet effet, diverses couches de sable et de gravier, jusqu'à ce qu'ils trouvent une espèce de pierre qui ressemble à de l'ardoise et que ' on sait être au-dessus de ce qu'ils appellent Dakar

Profil de l'Oued R'ir et des Zibaus Puits artésiens. ^

lâld el Erd ou la mer au-dessous de la terre, nom qu'ils donnent à l'abîme en général. »

Les Sahariens avaient parmi eux une corporation très respectée, dont les adeptes, désignés sous les noms de Meallem (savants) et RUassin (plongeurs), étaient initiés à l'art de creuser les puits jaillissants.

Leurs travaux s'accomplissaient au prix des plus grands dangers, et par des procédés très primitifs. C'étaient les meallem qui commençaient la besogne, en creusant une excavation de trois ou quatre mètres de côté, qu'ils prolongeaient jusqu'à la profondeur de la nappe d'infiltration saumâtre [El-ma-Fessed), qui varie entre 1 et 6 mètres.

Les Arabes, dit M. Jus^ à qui nous empruntons ces détails, donnent le nom d'El-ma-Fessed (eau mauvaise) à toutes les petites nappes jaillissantes qui leur suscitent des difficultés dans l'exécution des puits. Les ouvriers les épuisent avec des outres en peau de bouc. Tous les habitants du village voisin coopèrent à ce travail sans demander la moindre rétribution.

Lorsque l'excavation a été vidée, les meallem élèvent un boisage, à section carrée, de 70 à 90 centimètres de côté, en troncs de palmiers refendus longitudinalementet préparés en forme de cadres grossiers.

Ce boisage se prolonge dans toutes les parties du puits sujettes aux éboulements ; pour le reste, les argiles compactes et les couches de gypse terreux présentent ordinairement une solidité assez grande pour se maintenir seules.

Cette première portion du boisage effectuée, les meallem établissent, sur l'ouverture du puits, un échafaudage composé de deux troncs de palmier de deux mètres de hauteur, reliés au sommet par une traverse de même bois, sur laquelle sont enroulées deux cordes fabriquées avec le pédoncule ouïes feuilles du palmier, et destinées à remonter et descendre le coffin que le travailleur doit remplir.

Le meallem est assis au fond du puits, sans lumière : cependant il chante, tout en exécutant son fonçage au moyen d'une petite pioche à manche court.

Parfois, au cours des travaux, les meallem rencontrent des nouvelles eaux parasites, d'un débit assez

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