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Les forages artésiens de la inovince de Conslantine

fort pour que répuisemeiit ne puisse avoir lieu, ou une roche trop dure pour que la pioche aiiive à l'entamer. Un grand nombre de puits abandonnés annoncent que ces deux cas se sont présentés fréquemment.

Si, au contraire, les meallem ont pu arriver sans encombre sur la roche qui recouvre les sables aquifères, c'est-à-dire à une profondeur de 80 mètres, les habitants de l'oasis s'engagent alors à payer la dia, ou prix du sang, à l'ouvrier qui donnera le dernier coup de pioche pour livrer passage k l'eau.

Cette dia est débattue entre les intéressés, et varie de 800 à 1600 réaux (un réal vaut environ 35 centimes), suivant l'épaisseur qui reste à creuser dans la couche.

Lorsque les parties sont d'accord, un des meallem les plus habiles, attaché à une corde de la traverse, descend dans le fond du puits et pratique le trou qui doit livrer passage à la nappe.

Bien souvent, il arrive que l'eau sort avec tant de force par ce petit orifice que le malheureux meallem est roulé et asphyxié avant que ses compagnons aient pu le remonter au sol.

Dans certaines régions, l'eau s'élève avec une force ascensionnelle peu puissante et ne se déverse pas sur le sol ; elle provoque ordinairement un ensablement qu'jl faut enlever complètement pour que la source puisse prendre un écoulement constant. C'est alors que commence la mission des r'tassins ou plongeurs.

Ceux-ci, pour travailler, doivent être à jeun. Ils commencent vers neuf heures du matin, et finissent vers trois heures du soir»

i48 LES SOUUCES

Le r'tass qui doit faire le plongeon s'approche d'un feu assez yif allumé près du puits, se chauffe fortement tout le corps et se bouche les oreilles avec de la laine imprégnée de graisse de bouc.

Ainsi préparé, il se plonge dans l'eau jusqu'aux épaules, en se tenant avec les pieds contre les parois du puits, fait ses ablutions, sa prière; puis tousse, crache, éternue, se mouche, aspire fortement deux ou trois fois et rejette l'air contre l'eau en produisant un sifflement, dit adieu à ses compagnons et enfin saisit la corde tendue et se laisse glisser.

Tout le travail se fait dans le plus grand silence. Les ordres se donnent par signes. On sent que l'on est en présence d'un danger imminent, et qu'à chaque instant le plongeur court le risque de sa vie.

L'immersion du plongeur dure de deux à trois minutes; il est rare qu'elle se prolonge au delà de trois minutes quarante secondes. Chaque r'tass fait de quatre à cinq plongeons par jour; or, comme le coffin qu'il remplit à chaque fois peut contenir environ 10 litres, son travail est donc évalué à 50 litres de sable extrait.

Il arrive quelquefois (pie le r'tass est suffoqué pendant son travail. Le chef de la brigade s'en aperçoit aux secousses de la corde qui l'attache, et, sur un signe particulier, un des r'tassin se précipite au secours de son infortuné camarade, sans se préoccuper des préparatifs si minutieux d'une descente ordinaire; et, au bout, de quelques secondes le ramène au jour.

Le piemier mouvement de celui qui a été sauvé est

d'embrasser le sommet de la tête de son sauveur, en signe de reconnaissance.

A l'époque où la France achevait la conquête de TAlgérie, la corporation ne comptait plus que peu de membres. Malgré le prestige dont elle était entourée, on montrait peu d'émulation pour apprendre un métier qui trop souvent entraînait la phtisie avec lui. En 1854, rOued-Rir' ne possédait plus que douze plongeurs et trois chefs, tous phtisiques ou abrutis par l'abus du kif. L'un des chefs disait : « Nos enfants se ramollissent et craignent le danger. Si Dieu, le possesseur des miracles, ne vient point à notre aide, dans dix ans l'Oued-Rir' j^era abandonnée et ensevelie sous les sables. »

Cette opinion n'avait rien d'exagéré: déjà plusieurs oasis avaient disparu, lorsque le général Desvaux arrivant à Sidi-Rached, et étant monté au sommet d'un mamelon de sable qui domine l'oasis entière, vit à sa droite les palmiers verdoyants, les jardins cultivés, la vie en un mot; à sa gauche, la stérilité, la désolation, la mort.

n fit appeler le cheick et on lui apprit que ces différences tenaient à ce que les puits du nord étaient comblés par le sable, et que les eaux parasites empêchaient d'en creuser de nouveaux. Encore quelques jours, et la population devait se disperser, abandonner ses foyers et le cimetière où reposent ses pères. Dès ce moment, le forage des puits artésiens fut résolu.

Le premier coup de sonde fut donné, à Tamerna, oasis de l'Oued-Rir', le 17 mai 1856, et le 9 juin, une véritable rivière de 4000 litres par minute, s'élançait

des entrailles de la terre, et venait récompenser le dévouement des travailleurs, un détacliement de la légion étrangère. La joie des indigènes fut immense : la nouvelle de ce forage se répandit dans tout le Sud avec une rapidité inouïe. On vint de très loin pour voir cette merveille. Aussitôt la sonde retirée, on immola une chèvre sur le puits même. Des mères y baignèrent leurs enfants ; et le vieux cheick de Sidi-Rached, ne pouvant maîtriser son émotion, tomba à genoux les yeux pleins de larmes.

Dans une fête solennelle, les marabouts baptisèrent la fontaine nouvelle du nom de Fontaine de la Paix, et demandèrent les bénédictions du ciel pour ceux qui avaient exécuté les travaux.

Le sondage de Tamerna prouvait aux Arabes que, là où ils échouaient, la sonde n'avait aucune difficulté, et que, bien dirigée, elle pouvait atteindre Feau partout. C'était M. Jus qui avait dirigé les travaux.

On ne s'en tint pas là. Toutes les oasis voulaient avoir un puits pareil. Les succès obtenus à Oumel- Thiour et à Chegga, en plein Sahara, inspirèrent à cette époque un barde du pays, le marabout Si- Mohammed-bel-Kadi.

Voici quelques fragments de son chant traduit par M. Féraud, interprète de l'armée.

Gloire à Dieu seul, maître de l'univers ! Je vous annonce des choses merveilleuses. L'eau a jailli du sein des sables.

Ce pays désolé

Ya enfm renaître, et sera rendu habitable.

Le général Desvaiix a accompli cette résurrection ; L'ingénieur Jus l'a secondé Poui' faire jaillir l'eau A la surface du sol.

Deux machines qui tournent et marchent sur elles-mêmes

Vont chercher Teau dans les entrailles de la terre,

Et la font jaillir ahondamment.

Cette œuvre est comparahle

A celle de l'homme qui plonge au fond des mers

Pour en retirer des perles.

Aiijoiircriiui, le sol des pays civilisés, non seulement dans le vieux monde, mais dans les deux Amériques, en Australie, est criblé de forages artésiens. Certains d'entre eux sont d'une profondeur énorme et leur établissement, fructueux à tant d'égards, fut le résultat des données précises de la science géologique.

A ce point de vue, le puits artésien de Grenelle occupe une place à part, et son succès constitue un des triomphes de la méthode scientifique.

Les études des géologues avaient démontré que Paris est sensiblement établi au centre d'une énorme masse de couches relevées sur leurs pourtours et emboîtées les unes dans les autres, comme des cuvettes empilées. Qu'on aille de Paris à l'est ou de Paris à l'ouest, on retrouve successivement l'affleure ment des mêmes couches dans le même ordre et plongeant toutes sous Paris. Certaines roches étant impénétrables aux eaux de pluie, tandis que d'autres se laissent aisément imbiber, l'ensemble de ces terrains comprend un certain nombre de nappes aquifères dont le ré-

gime fixa rattention. Ainsi quand, arrivant dans le département de la Sartlie, vers le Mans, on quitte les terrains vraiment crayeux pour passer plus à l'ouest aux couches argileuses qui recouvrent leterrain jurassique, on foule aux pieds une couche continue de sable verdâtre très perméable pincée entre deux masses tout à fait étanches : l'eau des pluies, bue par le sable, glissant selon le plongement des assises, s'engouffre vers l'est à la rencontre d'un courant semblable que l'affleurement oriental des mêmes sables a reçu en Champagne et dans les Ardennes, vers Saint- Dizier et Vouziers. Par suite de l'ùiclinaison générale du sol, cette eau souterraine trouve un écoulement vers le nord-ouest, mais pendant son trajet elle exerce de bas en haut sur la roche qui la recouvre une pression exactement réglée en chaque point par sa profondeur. Les coupes géologiques du Maine, rapprochées, d'après les angles de plongement, des coupes géologiques de la Champagne indiijuaient que sous Paris c'est h une distance verticale d'environ 540 mètres que devait passer la nappe d'eau, et le sol de Grenelle étant bien moins haut que les surfaces d'alimentation du Mans et de Saint-Dizier, si une issue était offerte à l'eau, on savait, d'après le principe de physique qui concerne l'équilibre des liquides et sur lequel est fondé rétablissement des jets d'eau, que le liquide s'élancerait en l'air.

Il n'y avait donc aucune place pour l'imprévu, et le succès de l'entreprise réclamée par le besoin d'une alimentation en eau delà grande cité, devait fournir un vrai critérium de la sûreté des doctrines géologiques.

C'est le 28 septembre 1832 que le Conseil municipal de Paris décida que des forages artésiens seraient établis dans la ville : le 15 novembre 1833, après des hésitations, on choisit comme localité favorable Tabattoir de Grenelle, et le 29 du même mois le travail commença. Entravé par une série d'accidents dont quelques-uns fort graves, comme la rupture d'instruments qui se trouvèrent engagés dans le trou, il ne fut terminé que le 26 février 1841 . Durant cette longue période de plus de sept années, les savants et le public suivirent avec une véritable anxiété les lents progrès de la sonde. Les échantillons de roches remontés par la cuiller étaient soigneusement comparés aux spécimens recueillis sur les pourtours de plus en plus éloignés du bassin parisien, procurant une vraie joie quand l'analogie était complète, semant l'inquiétude aux moindres différences et excitant dans ce dernier cas l'ardeur toujours prête des ennemis de toute nouveauté. Cette race infatigable d'impuissants qui a déclaré les chemins de fer impossibles, le canal de Suez impraticable, qui déclare aujourd'hui chimérique la mer intérieure d'Afrique, le tunnel sous la Manche, etc., s'est opposée tant qu'elle a pu aux forages artésiens; il faut voir les arguments qu'Arago fait valoir contre elle ! Malgré tous ces obstacles le travail fut impassiblement poursuivi. « A 545"", 19, dit Arago, on fut obligé d'employer un ciseau ; il entra par des mouvements de pression et de rotation continués pendant cinq heures, de0"',41. Une cuiller à soupape, mise ensuite, ne descendit plus bas que de 0"',03. C'est dans cet outil qu'on trouva de gros grains de quartz, empâtés

dans de l'argile verdâtre avec des fragments de chaux phosphatée et des pyrites de fer. Une deuxième manœuvre du même instrument descendit de 0"\05 seulement et rapporta également de gros grains quartzeux.

« L'avant-dernière cuiller entra de 0"\28 et remonta pleine. Sa partie inférieure contenait du sable vert très argileux, qui vint faire renaître Tespérance un moment refroidie, par cette longue série de bancs d'argile. On touchait presque au but; aussi le lendemain, bien avant six heures, maîtres et ouvriei's étaient à leur ])0ste. La cuiller, qui fut montée en 3 heures 45 minutes, vint de nouveau confirmer les prévisions de la veille. On ne peut peindre le bonheur qu'éprouvèrent tous les assistants quand il fut constaté que la sonde avait rapporté le sable vert si impatiemment attendu !

(( On se hâta de redescendre la cuiller sans que personne voulût pour aucun motif consentir à s'éloigner du chantier de travail. Au bout de deux heures l'outil était arrivé au fond du puits; il tourna d'abord assez librement et entra de 0"',50; c'était bon signe. Comme la sonde était un peu plus dure à tourner, on la dégagea en l'enlevant de 0"',65, et l'on frappa légèrement au frein; cette secousse fit entrer la cuiller de 0"',10. Les chevaux éprouvèrent d'abord de la résistance, et après, une violente secousse, qui ébranla tout l'atelier. « La sonde est cassée ou nous avons de l'eau, » dit alors le directeur du travail. Comme il descendait dans l'excavation pratiquée pour la manœuvre de la sonde, afm de voir si le niveau de l'eau était plus rapproché du sol, un sifflement se fit entendre et l'eau jaillit avec force au-dessus de l'encliquetage. »

Pendant longtemps le puits de Grenelle est resté le forage le plus profond. Élie de Beaumont écrivait : (( La profondeur de 548 mètres à laquelle le puits artésien de Fabattoir de Grenelle a été poussé par M. Mulot mérite d'être enregistrée parmi les merveilles de l'industrie humaine. » D'autres trous de sonde sont encore plus profonds : à New-Salzwek on atteint 644 mètres, à Mondorff 730, à Rocliefort 975 et à Buda-Pesth plus de 1000.

La chaleur des puits artésiens peut être utilisée avec grand profit, témoin les cressonnières artificielles d'Erfurth, alimentées par une eau pure d'une température invariable, et qui, dit-on, ne rapportent pas moins de 300 000 francs par an.

Les lins de choix destinés à la fabrication des batistes, des linons, des dentelles, etc., sont rouis dans les départements du Nord avec des précautions particulières. On se sert pour cet usage de l'eau des fontaines artésiennes. On a cru remarquer que la limpidité des eaux et la constance de leur température, tout en accélérant la dissolution des gommes-résines, laissent intactes les plus précieuses qualités des filaments delin^

A Cannstadt, il y a des piscines alimentées par de l'eau artésienne et dans lesquelles on peut se livrer en hiver au plaisir de la natation. La municipalité de Pesth a voté 100 000 francs pour la construction d'un puits artésien destiné à fournir de l'eau chaude aux bains publics. Ce puits à 951 mètres de profondeur, il donne par jou^r 800 mètres cubes d'eau à 70 degrés centigrades.

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