‹ Les sourcesChapitre 47 sur 109 · Mme Stanislas Meunier. I/Écorce terrestre, p · texte numérisé non relu

Mme Stanislas Meunier. I/Écorce terrestre, p

LES STATIONS D'EAUX ANCIENNES

nombre de personnes pouvaient se livrer à la natation. Dans la même ville, se voit mi vaporarium qui avait des colonnes en briques creuses où circulait la vapeur, et des ouvertures habilement ménagées pour la répandre dans la pièce. A Aix, en Provence, on admire encore les piscines du proconsul Sextius.

Au Mont-Doie, il y avait des bains et un temple : sur la place Michel-Bertrand, on remarque, en face de rétablissement, des carrés de pierres blanches enclavés l'un dans l'autre : c'est l'emplacement du Panthéon. Pendant bien longtemps, le nom en est resté aux terrains environnants; on les appelait le terroir du Panthéon. Une piscine trouvée en 1867 avait 5 mètres de longueur, 5 mètres de largeur et 70 centimètres de profondeur. Deux escaliers y conduisaient. On a également retrouvé les restes d'une piscine en marbre blanc, destinée sans doute aux patriciens qui s'étaient bâti des villas dans cette partie de l'Auvergne. Des routes nombreuses facilitaient les communications.

Sous la domination romaine, les thermes deLuchon, dans les Pyrénées, jouirent d'une grande prospérité. Vers l'an 194, l'empereur Septime Sévère y fit faire d'importantes réparations. On a découvert dans les anciennes constructions des autels votifs élevés non seulement aux dieux latins, mais aussi par les anciens habitants, les Aquitains, à leurs dieux celtes.

A Bourbonne, dans un puits antique établi sur la principale source, et mis à sec en 1874, on ramassa, sous une couche de boue de 30 centimètres, 4700 médailles de bronze, de laiton, d'argent ou d'or. Ces dernières, au nombre de quatre, étaient aux effigies de

Néron, Adrien, Faustine jeune (femmede Marc Aurèle), Honorius. Il y avait un certain nombre de pièces gauloises en argent, dont une à l'effigie du chef gaulois Germanus, (ils d'Indutillus, et en même métal, des monnaies consulaires, et surtout des monnaies impériales. Parmi les monnaies de bronze, dominaient celles d'Auguste, de Vespasien, de Faustine, de Domitien, de Trajan, d'Antonin, de MarcAurèle, de Lucille. de Commode, de Constant et de Magnence.Ily avait aussi des statuettes en bronze, des épingles et des bagues en or pâle allié de beaucoup d'argent, des grains de colliers en succin, etc. C'étaient évidemment des offrandes à la source. Quant au puits, c'était une construction très savante. Le mur rectangulaire qui en formait les parois était sur pilotis. Des galeries y aboutissaient.

Dans un grand nombre de localités thermales on rencontre, autour du point d'émergence des sources, un béton romain composé de fragments de briques et de pierres, réunis par un ciment de chaux. Tel est celui qui, aux sources de Plombières, s'étend sur plus de 100 mètres de longueur avec une épaisseur qui atteint 5 mètres. L'eau thermale qui jaillissait sous le béton s'élevait par des cheminées verticales en pierre de taille pour s'écouler ensuile vers les piscines : c'est ainsi que les antiques ingénieurs évitaient le mélange des infiltrations de la rivière avec les eaux minérales.

Toutefois les Romains avaient eu dans notre pays des prédécesseurs au bord des sources. Sous les fondations romaines, au Mont-Dore on retrouva, par exemple,

LES STATIONS D'EAUX ANCIENNES

une piscine gauloise laite en madriers de sapins équarris rapprochés les uns des autres. Les druides, sans nul doute, avaient exploité les vertus curatives de ces eaux bienfaisantes placées au centre d'impénétrables forêts \

Après l'invasion des Barbares, les sources furent oubliées. Le moyen âge, trop porté par principe religieux à considérer le corps comme une guenille, ne se servait ni d'eau simple pour la propreté, ni d'eau minérale pour la santé. Il faut attendre le quinzième, le seizième siècle pour revoir des voyageurs sur le chemin des sources. Mais alors, et plus tard même, il y avait chez nos ancêtres quelque répugnance à employer, pour l'usage interne, l'eau minérale, — répugnance qu'exprime fort naïvement un vieil auleur^ à propos d'une source de Clermont : « Je confesseray librement ne m'estre iamais enbesoigné de porter personne à s'en seruir. Non que je n'aye toujours eu quelque ambition de recognoistre leur propriété par expérience : mais parce que ie n'ay iamais trouué personne disposée à la créance qu'elle peust seruir à la santé, d'autant que le vulgaire a toujours creu que ces eaux auoyent esgalle propriété de petrefier dans les corps viuants que sur la terre. La crainte de calomnie plus fréquente d'estre portée en Auuergne contre les médecins, qu'en tout autre lieu du monde, m'a retiré de la résolution que j'auais prise d'opiniastrer ce bon œuvre. »

Page 1