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CHAPITRE

Les aqueducs, rivières artificielles, dont le lit suspendu dans les airs, suivant l'expression du poète Rutilius, rapproche et semble joindre les montagnes que la nature avait séparées par des vallées, apportent dans les villes de vraies sources, pour lesquelles Ber* nard Palissy faisait sa charmante comparaison de la nature sauvage et de la nature cultivée. La source de Taqueduc est la source cultivée par rapport à la source qu'on ne déplace pas, qui est la source sauvage.

Hérodote cite un singulier aqueduc : c'est celui qu'un roi d'Arabie fît faire avec des peaux de bouc cousues ensemble pour conduire les eaux du Caris à la distance de deux journées.

C'était à coup sûr un aqueduc fort rudimentaire, mais ce n'est peut-être pas le plus ancien. Il y a des ruines d'aqueduc qui par leurs matériaux se rattachent à l'époque cyclopéenne. Telles sont celles de Patara, en Syrie, qui, dit Belgrand, mériteraient à elles seules un voyage en Asie Mineure. Nous en empruntons la description à M. Texier.

(( Lorsque le jour vint éclairer notre retraite, nous

LES AQUEDUCS t>7

aperçûmes le site le plus sauvage qu'il soit possible d'imaginer. Cependant il s'anima bientôt pour moi, car je découvris le sommet de la montagne couronné par une longue muraille cyclopéenne qui en suivait toutes les ondulations.

« La muraille est bâtie de blocs irréguliers, formant deux parements dont l'intervalle est rempli par des débris réunis avec du sable. Les pierres du parement sont d'un volume considérable. Cette muraille est d'une magnifique conservation, mais elle a été restaurée dans les siècles postérieurs à sa fondation. On voit une partie construite en petites pierres, en assises réglées et d'un petit appareil.

(( Le couronnement de la muraille est composé d'une ligne de pierres de 0"',80 de hauteur, posées de champ et réunies par des joints très serrés.

(( Le bas de la muraille est entouré de buissons épais et presque impénétrables sous lesquels je me glissai avec peine. J'y observai plusieurs pierres carrées, percées d'un trou circulaire dont la circonférence était en saillie d'un côté et en creux de l'autre. Je remarquai en même temps une multitude de fragments de poterie, tels que je les avais vus sur la pente, et je m'assurai qu'ils provenaient de la destruction de grands tuyaux de briques qui fdaient sur la muraille.

« Cette construction est un aqueduc, et si le système d'appareils à joints irréguliers est l'indice d'une haute antiquité, je ne pense pas qu'il existe d'aqueduc plus ancien. Ce monument est remarquable en ce sens, qu'il prouve qu'à une époque si reculée, les lois

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de riiydraulique étaient déjà connues, au point qu'on savait que Feau introduite dans les tuyaux fermés reprend son premier niveau.

(( La partie horizontale de la muraille fait, avec la pente méridionale, un angle de 169 degrés et de 156 degrés avec la partie nord. Les eaux coulaient dans un canal formé de grosses pierres qui s'ajustent entre elles à mortaise et tenon, et qui formaient un tube continu. Les fragments de poterie proviennent des premiers canaux, qui furent dans la suite remplacés par les pierres creuses que nous voyons, à moins qu'ils n'aient été eux-mêmes renfermés dans ces pierres.... En montant dans la partie supérieure, on arrive au canal horizontal, qui est recouvert de grandes pierres plates, et dont le lit est fait de mortier et de cailloux.

(( J'ai suivi ce canal pendant trois quarts d'heure dans tous les détours qu'il fait sur la montagne, mais je n'ai acquis aucun indice de la source. Il n'y a rien d'étonnant qu'il en existe une à cette hauteur, puisque cette montagne est dominée par plusieurs autres beaucoup plus élevées.

« Du côté du nord, je n'ai pas suivi le cours de l'aqueduc. Peut-être conduisait-il les eaux à la ville de Patara, distante de cinq milles par mer de Kalamaki^ »

Patara appartient aux premiers âges de la civilisation hellénique.

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