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CHAPITRE XII

Certaines sources, au lieu de livrer passage à du liquide ou à de la vapeur d'eau, laissent jaillir des substances gazeuses. Les plus fréquentes fournissent de l'acide carbonique; mais il en est aussi d'où se dégage de Tammoniaque ou de l'hydrogène carboné.

Tous les touristes vont visiter à Royat, aux portes de Clermont-Ferrand, une grotte dans laquelle s'accumule l'acide carbonique que le sol volcanique laisse exsuder sans cesse. Toutefois la grotte du Chien, à Pouzzoles, est la source la plus célèbre d'acide carbonique. C'est un cabanon dont les parois sont taillées dans le sol. Le sol est terreux, humide et brûlant. Le gaz sort en petites boules qui éclatent et se réunissent au nuage blanchâtre flottant au fond de la grotte. Ce nuage, formé d'acide carbonique coloré par un peu de vapeur d'eau présente une surface supérieure non horizontale, à cause de son écoulement, mais inclinée. Sa plus grande épaisseur (60 centimètres en moyenne) correspond h la partie la plus profonde de la grotte. Le gaz s'échappe par le seuil de la porte, et coule comme un ruisseau le long de la montagne. Si la

grotte était hermétiquement close, elle se remplirait entièrement de gaz irrespirable et deviendrait mortelle pour l'homme comme pour le chien. Les expériences sont trop connues, pour que nous y insistions : extinction de la lumière, asphyxie des animaux, etc. Le docteur Constantin James raconte que, lors de sa visite, c'était le même chien qui montrait, plusieurs fois par jour, depuis trois ans, les effets du gaz au visiteur. Sa santé générale n'en était nullement affectée; mais il était trop bien instruit des désagréments de son rôle. Dès qu'il apercevait un étranger, il devenait triste, hargneux, aboyait sourdement, se montrait disposé à mordre. Il fallait que son maître le tînt en laisse pour le conduire à la grotte, et encore se faisait-il traîner en baissant la queue et les oreilles. Lorsque après son asphyxie, on l'avait fait revenir à lui, il s'enfuyait, comme redoutant une seconde séance, et surveillait le départ du visiteur. Alors il raccompagnait avec tous les témoignages de la joie la plus vive et la plus expansive.

Il paraît qu'il y a trois siècles, le prince de Tolède fit l'expérience sur un homme. On étendit dans la grotte un criminel dont on avait lié les pieds et les mains de manière qu'il ne pût se soulever au-dessus de la couche d'acide carbonique. On Ty laissa dix minutes ; quand on le retira, il était mort.

Il est très probable qu'une som^e d'eau thermale passe sous la grotte, et qu'elle y envoie son acide carbonique. Le lac d'Agnano, qui est à quelques pas et à 5 ou 6 mètres plus bas bouillonne en plusieurs endroits. Quand l'eau est transparente, on aperçoit des

courants (jiii viennent de la direction de la montagne, et qui seraient Técoulement de cette source.

Les anciens connaissaient les effets des émanations d'acide carbonique. Strabon' a donné la description (lu Plutonium, source située non loin d'Hiérapolis, « au pied d'un mamelon peu élevé détaché de la chaîne principale : c'est un trou à peine assez large pour donner passage à un homme, mais extrêmement profond. Une balustrade le protège, qui peut avoir un demiplèthre de développement, et qui forme une enceinte carrée, toujours remplie d'un nuage épais de vapeurs, lesquelles laissent à peine apercevoir le sol. Ces vapeurs sont inoffensives quand on ne fait que s'approcher de la balustrade et que l'air est calme, parce qu'alors elles ne se mêlent pas à l'air extérieur et demeurent concentrées toutes en dedans de la balustrade, mais l'animal qui pénètre dans l'enceinte même est frappé de mort à l'instant : des taureaux, par exemple, à peine introduits, tombent et sont retirés morts. Nous y avons lâché, nous personnellement, de pauvres moineaux, pour les voir tomber aussitôt sans souffle et sans vie. Toutefois les prêtres de Cybèle (les Galles, comme on les appelle) entrent impunément dans l'enceinte; on les voit même s'approcher du trou, se penclier au-dessus, y descendre à une certaine profondeur (mais à condition de retenir le plus possible leur haleine, comme le prouvent les signes de suffocation que nous surprenions sur leur visage). »

Strabon ne se contente pas de cette remarque judi-

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