Livre XÏÏI
cieuse sur l'arrêt de la respiration pendant rexpérience des prêtres de Cybèle, et il se demande, ce qui est moins fort, s'ils pouvaient le faire impunément par privilège spécial ou grâce à des préservatifs secrets. Sans doute, ces prêtres ne restaient pas plus longtemps dans le plutonium que les plongeurs sous l'eau. A l'observation de Strabon, qui est bonne, Apulée en ajoute une autre, qui est excellente : c'est que ces mêmes prêtres qui approchaient impunément de l'antre, avaient l'iiabitudede tenir le visage élevé. Or, c'est là ce qu'on recommande encore aux touristes qui visitent les grottes du Chien, soit à Naples, soit à Royat. L'acide carbonique que renferment ces cavernes et les plutonium des anciens est plus lourd que l'air et s'accumule h la partie inférieure du réservoir. Ordinairement le visage de l'homme dépasse le niveau qu'il atteint; tandis que les animaux en sont tout entiers enveloppés, et en subissent tous les effets.
Autrefois le cratère qui forme aujourd'hui le lac d'Averne émettait des torrents d'acide carbonique. Les oiseaux qui volaient autour de la montagne tombaient foudroyés : de Là le nom d'Averne qui signifie « sans oiseaux. »
La vallée de la Mort, dans l'île de Java, dégage aussi de l'acide carbonique. Un journal de Californie, la Cronica de los Angeles, en donne la description suivante :
« En approchant de cette vallée, nommée Grevo- Oupas, nous éprouvâmes des nausées très fortes et une sorte d'étourdissement ; en même temps nous
percevions une odeur suffocante. A mesure que nous avancions vers ses limites, ces symptômes se dissipaient, et nous pûmes examiner tout à notre aise le spectacle qui s'offrait à nos yeux.
« Cette vallée de mauvais augure peut avoir environ un mille de tour; sa forme est ovale, et sa profondeur au-dessous des terrains contigus est de 30 à 39 pieds. La 'partie inférieure est absolument plate, sèche, sans végétation et parsemée de squelettes d'hommes, de tigres, de sangliers, d'oiseaux, de cerfs, etc., gisant parmi d'énormes quartiers de rochers. On ne remarque dans toute son étendue ni vapeur, ni crevasse dans le sol, qui paraît aussi dur et aussi compact que de la pierre. Les collines escarpées qui circonscrivent cette vallée de désolation sont couvertes, de leur base jusqu'à leur cime, d'arbres et d'arbustes de la plus robuste végétation.
(( Nous descendîmes sur le flanc d'une de ces collines, en nous aidant de nos bâtons de bambou, jusqu'à environ 18 pieds du fond; arrivés à ce point, nous fîmes descendre un chien jusqu'en bas. En moins de cinq secondes, il tomba sans mouvement, mais il respira encore l'espace de dix-huit minutes. Un autre chien succomba à l'intluence mortelle de la vallée au bout de dix minutes. Un poulet ne résista qu'une minute et demie et périt même avant d'atteindre le fond. Devant nous se voyait un squelette humain. Les os acquièrent dans ce lieu la blancheur et l'aspect du marbre....
« Les montagnes voisines sont volcaniques. »
A peu de distance de la Grotte du Chien de Pouz-
zoUes est une grotte d'ammoniaque, beaucoup moins célèbre que la source d'acide carbonique, mais tout aussi intéressante, et présentant des phénomènes plus intenses. Nous en empruntons la description au docteur Constantin James :
(( L'intérieur de la grotte, dit-il, a l'aspect d'une fosse à peu près carrée, de 1 mètre de profondeur, que recouvre une voûte en maçonnerie, haute de 5 mètres environ.... En entrant vous ne distinguez rien qui annonce la présence du gaz. L'atmosphère est partout transparente ; point d'odeur, tant que vous restez debout. Le sol est sec, brunâtre, pulvérulent, sans aucune trace de végétation.
(( C'est que le gaz se trouve à la partie inférieure de la grotte. J'aurais cru, au contraire, qu'en raison de sa légèreté spécifique il aurait gagné la partie supérieure. La disposition inverse tient à quelque combinaison physique ou chimique dont je n'ai pu me rendre compte, et qui nécessiterait un nouvel examen
« Ayant puisé du gaz dans le creux de la main, je le portai vivement à mon nez et à ma bouche. Il me fit éprouver une sensation des plus désagréables. C'était bien l'odeur sui generis de l'ammoniaque, ainsi que sa saveur caustique et pénétrante
« La hauteur de la couche d'ammoniaque est de 1 mètre environ. Je constatai de plus que le gaz occupe la totalité de la fosse, et qu'il ne s'échappe point par le seuil de la porte ni par aucune autre issue. Quand on détermine son écoulement au dehors, la fosse se remplit à mesure qu'on chasse le gaz, de sorte que celui-ci re|)rend bientôt son premier niveau. Alors la
LES SOURCES DE CiAZ t>t)5
sécrétion s'niTête, comme si Tair, saturé d'ammoniaque, ne pouvait en admettre davantage.
« Il n'y a aucun danger à se plonger la tête dans la couche d'ammoniaque, pourvu qu'on ne respire pas, sans quoi on risquerait d'être suffoqué. Il est bon également de se tenir les narines bouchées, car le contact du gaz sur la membrane pituitaire déterminerait une chaleur vive et de l'éternuement. »
Le docteur Constantin James vit, pendant qu'il était dans la grotte d'amnioniaque, un étranger qui venait s'y soigner les yeux. Il était atteint d'un engorgement chronique des paupières, avec injection de l'œil et affaiblissement de la vue, et il se trouvait très bien des applications d'ammoniaque : a II s'inclinait le visage dans la couche d'ammoniaque, le nez et la bouche hermétiquement fermés. Au bout de sept à huit secondes il se redressait pour respirer ; après quoi il reprenait la même attitude. Cependant ses yeux se remplirent de larmes. Celles-ci commençèrent à tomber par gouttes, qui se succédèrent bientôt avec une telle abondance qu'on aurait dit des ruisseaux. Le clignement des paupières était devenu involontaire et très rapide. Après plusieurs immersions dans le gaz, il se lava les yeux avec de l'eau bien fraîche, mit des lunettes de verre bleu, et sortit de la grotte. »
On traite ainsi des amauroses, et l'on cite l'histoire d'aveugles qui ont retrouvé la vision par le fait seul de ces fumigations.
Le docteur Constantin James plaça un lapin au fond de la fosse, a II çe mit aussitôt à courir dans tous les sens, cherchant une issue pour fuir; puis il tomba
sur le côté, se grattant vivement le nez avec ses pattes de devant : respiration haletante, extrême anxiété. Il se relève à moitié, chancelle comme dans un état d'ivresse, retomhe. 11 pousse ces cris de détresse que nous savons être l'indice d'une mort prochaine, et reste étendu, l'œil ardent, la houche entr'ouverte, le corps agité d'un tremblement rapide et convulsif. En moins d'une minute il était mort.
(( Au moment où je retirai le lapin de la grotle, ses yeux étaient rouges, tuméfiés, presque sortis de l'orbite. La cornée avait perdu sa transparence ; une matière visqueuse collait les paupières et obstruait les narines. Nous n'avons point trouvé ces lésions au même degré dans la grotte du Chien, parce que l'acide carbonique n'a pas les propriétés caustiques de l'ammoniaque
(( Je fus curieux encore de voir comment se comporterait une grenouille au milieu de la couche d'ammoniaque. Elle y était à peine qu'elle se mit à faire des bonds avec une force et une agilité d'élan dont je ne l'aurais jamais crue capable. C'est que sa peau, mal protégée par un épiderme muqueux, était le siège de douloureux picotements. En une minute la grenouille mourut. La rapidité de la mort ne peut être attribuée seulement à l'action asphyxiante de l'ammoniaque sur l'appareil pulmonaire. Il est évident que le gaz, absorbé en même temps par toute la surface de la peau, circulait avec le sang, portant ses ravages dans tous les organes.... » Dans la Grotte du Chien, la grenouille met cinq minutes à mourir, et le lapin deux minutes. L'ammoniaque tue donc plus vite que l'acide carbonique.
Les personnes qui yisitent la grotte éprouvent aussi quelque chose des effets du gaz : elles ressentent dans les membres inférieurs une chaleur pénétrante accompagnée de démangeaison et de cuisson vers la peau. Cependant le sol de la grotte est froid, et la température de Tair est à 25 degrés. Aussi, dans le pays, attiibue-t-on à la grotte d'ammoniaque une grande vertu pour combattre les douleurs, l'engourdissement et la paralysie des membres. Le malade s'assied sur une chaise, au milieu de la grotte, et tient plongée dans la couche d'ammoniaque la partie atteinte. La peau s'échauffe et rougit graduellement au point d'offrir une teinte érythémateuse. On active le phéno<= mène par des frictions énergiques, et alors la chaleur devient de plus en plus aiguë et profonde, comme si la peau était en contact avec une atmosphère brûlante. La bouche se sèche, les tempes battent, les oreilles tintent, on a des éblouissements. Il faut alors gagner l'air pur.
Voici comment l'auteur explique la présence de l'ammoniaque : (c Non loin de la Grotte d'Ammoniaque se trouve la Solfalara [forum Vulcani, de Strabon), dont les communications souterraines s'étendent dans un vaste rayon où l'on rencontre à chaque pas des eaux thermales, des fumeroles et des émanations salines. Les crevasses du volcan fournissent, entre autres principes, des sels d'ammoniaque. Tout à côté de la grotte, vous avez les fameuses Etuves de Saint-Gcrvais, incrustées d'effloresccnces ammoniacales. Ne devient-il pas dès lors très probable que le gaz de la grotte n'est lui-même autre chose qu'une sublimation volcanique? »
On connaît des puils de gaz combustibles dans une foule de régions. A Châtillon (Haute-Saône) le sol laisse dégager en beaucoup d'endroits de l'hydrogène carboné que plusieurs habitants utilisent même pour l'éclairage. Dans la Drôme, un jet gazeux combustible débite environ 100 mètres cubes en vingt-quatre heures. Mais les sources de ce genre de beaucoup les plus intéressantes sont échelonnées en Italie, le long de la chaîne des Apennins, depuis Rarigazzo et Sassuolo jusqu'à Pietramala et Porretta. En Yalachie, dans le Caucase, dans l'Amérique du Nord, on connaît aussi de pareils dégagements. Les temples des Guèbres y trouvent, en Asie Mineure, la matière de leurs feux éternels.
Les Chinois ont des sources précieuses qu'ils utilisent depuis un temps immémorial. Des provinces Youn-Nan, Kouang-Si et Szu-Tchouan, situées à l'extrémité sud-ouest de l'empire, sur la limite du Thibet, à la province septentrionale de Schan-Si, on creuse le sol pour obtenir à la fois de l'eau pure, de l'eau salée et du gaz à brûler. Ce gaz donne une lumière rougeâtre, et répand souvent une odeur bitumineuse. On le conduit au loin, dans des tuyaux de bambou portatifs ou à demeure, et on s'en sert pour chauffer les maisons et éclairer les rues. Dans quelques cas rares, l'hydrogène carboné s'est trouvé épuisé ou l'émission en a été interrompue par des tremblements de terre. Aimi, l'on sait qu'un célèbre ho-taing (source de feu) situé au sud-ouest de Khioung-Tscheou, dont le jet enflammé était accompagné de bruit, s'éteignit au treizième siècle, après avoir éclairé toute la contrée depuis le second siècle de notre ère.