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—Il ne faudrait cependant pas vous illusionner, nsieur l'abbé, reprit M. de La Musardière ; ailou, croyez-moi^ n'en criera pas moins à

ibO LES SOUTIENS DE L ORDRE

Toccasion : « A bas la calotte ! » sous les fenêtr de votre presbytère.

Mais son succès portait M. Picquenet à IVlimisme.

— Je reproche à la République ses 1 , sectaires, dit-il, en se levant pour prendre cegé ; mais si les élections prochaines chang-eaid les députés, la République pourrait devenir i bon gouvernement... Monsieur le comte, s crois, décidément, qu'il faut, en dépit de to , être républicain.

M. de La Musardière sourit avec irci puis il voulut accompagner l'abbé jusqu'c â porte du parc. Au moment où celui-ci allai e. quitter, il le retint encore, durant un insl; pour lui parler de sa fille :

— Monsieur le curé, Lucile m'inquiète, nlgré que je n'en veuille rien laisser croire en j> sence de sa mère. Elle conserve, paraît-il, i* tristesse qui me préoccupe. Vous savez qu'le a voulu se retirer auprès de sa tante. M^''4c Phocans nous a écrit; elle aussi s'inquiète d la santé de sa nièce.

— M"® Lucile semblait, cependant, la dern re

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(i que je Tai vue, jouir d'un excellent embon- )nt, répondit Tabbé.

- II paraît même, reprit M. de La Musar- Ire, qu'elle continue de grossir d'une manière iirmale; j'en augure mal pour son âge mûr.

désirais, à ce sujet, consulter notre médeavant son départ, mais elle n'a rien voulu Midre.

- L'hiver qu'elle passera auprès de M'^® de ^cans, répondit l'abbé Picquenet, lui sera, i/ez-moi, excellent pour sa vie spirituelle. )\ de Phocans est, m'a-t-on dit, fort absorbée ). sa piété ; M^^* Lucile reviendra de ce séc , rassérénée et plus pieuse. Ensuite, la Proi :nce lui fera rencontrer un mari digne d'elle, 1 nie elle le fit pour M^'® Christine.

s étaient arrivés à la grille du château. 'Il abbé Picquenet tendit la main à M. de La >1 ;ardière. La grille tourna sur ses gonds avec ii^nincement. Le prêtre s'éloigna. C'était vers ft3mbée du soir. Un chien, au loin, aboya lonfiment; d'autres lui répondirent. Les fenêtres l<3eauséjour s'éclairaient.

La société de chasse de Vince avait iancf appel à tous les chasseurs de la région.

Ils vinrent se réunir, nombreux, au café i Globe, un soir, autour de tables charg^éese bocks. Des commerçants, des industriels, qu'à des fonctionnaires, s'y rencontrèrent café du Globe, dont les vastes salles étant vides, d'ordinaire, s'emplit d'une clic inaccoutumée. Il y avait jusqu'au chef de net du préfet, serré dans des vêlements à desj étroits, et dont un faux-col trop haut empi nait le cou à la manière d'un carcan. H s'i

esji

lait M. de Berg-erac et se vantait volonticrf voir chassé le lion, quand il habitait l'Alg^f ' autrefois. M. de La Musardière lut une ier* de M. de La Goize. Celui-ci s'excusait de ne [U-

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[ être présent, mais adhérait d'avance aux « sions qui pourraient être prises, out d'abord, l'assemblée, ainsi qu'il convient lute assemblée, fut pleine de confusion. 11 [était qui se provoquaient à parler, puis t taient, et enfin s'y ^refusaient, comme par ilestie. Cette manière aurait pu se prolont longtemps, si M. de La Musardière, en qui curait l'aptitude à commander, n'avait, le nier, pris la parole. Il parla longtemps des i de la chasse, et du bonheur éprouvé à être ;mble, des traditions françaises. L'impresfut que ses idées étaient larges, mais ses ets non moins irréalisables. Il émit jusqu'à i d'une chasse aux flambeaux, avecpiqueurs cval et meutes hurlantes. On convint que imagination était grandiose. Il y avait là un en avoué, devenu suppléant du juge de de Vince. Il était énorme et gras, et s'apit Gourdol. Il déclara que cette chasse deêtre, avant tout, une occasion de dîner gaillardement. Son opinion eut du succès. le La Musardière répliqua, en riant, que la odeur de ses projets n'empêcherait pas le

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reste ; il se vantait d'être une des bonis « fourchettes » de la région.

Quelqu'un fit observer qu'il s'agissait d'ab(i de décider où se ferait la chasse. Au-dessus e Beauséjour, s'étend un vaste plateau bo ;, coupé par un ravin d'une étendue de plusiei kilomètres, profond et large. M. de La Mus'dière fut d'avis que c'était là une situation exi lente ; et presque aussitôt l'on décida que oe chasse aurait lieu le troisième dimanche le novembre. Un dîner réunirait, le soir, les ehscurs à Vince, à l'hôtel de la Croix d'Argd,

— Messieurs, s'écria alors le notaire Croit, tout cela est fort beau, mais nous n'avons is décidé quel gibier nous chasserons.

M. de La Musardière déclara qu'à Beaiéjour il y avait des lapins, mais il était ptisan d'une chasse au daim.

Un chasseur fit remarquer timidement qui ne rencontrait pas de daims dans les boi;i( Beauséjour.

Cette observation fut accueillie par un iir mure méprisant. Gourdol répliqua que îi n'est plus simple que de se procurer un d^n

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I profita pour affirmer sa préférence pour

hevreuil. Il le jug^eait une bête plus distin-

e et de chair plus fine. A Fappui de cette opi-

1, il prétendit que le Président de la Républi-

, à Rambouillet, ne chasse que le chevreuil.

.ussitôt les opinions se divisèrent. M. de La

hardière rallia autour de lui l'opposition au

l'istère, qui tint pour le daim, tandis que le

f i du gouvernement voulut le chevreuil.

- 11 est impossible de rien faire en France, i mura M. Grottet dans son g^roupe; ne vojez- (s pas que la question devient politique? Les Bjblicains se passionnent pour le chevreuil, i lis que les réactionnaires et les modérés veu- ; le daim.

II vota à mains levées; le daim l'emporta, rocureur, M. Demort, se pencha vers le chef

' abinet :

- Je crois, dit-il, que ce n'est point ici la >1 e d'un fonctionnaire.

[. de Bergerac répondit qu'une autre fois )iie l'y verrait pas. II ajouta : Cette préférence Hr le daim indique suffisamment que les réaci' naires sont la majorité. »

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— Avez-vous remarqué, s'écria M. Demort,q les officiers ont tous volé contre le chevreuil?

— Il fallait s'y attendre, reprit M. de Ber rac. Voilà qui prouve que la République d'excellentes raisons d'être vigilante.

II fut décidé que deux daims seraient acl tés à Lyon, au jardin d'acclimatation. M. de Musardière se fit fort d'obtenir quatre cavalii^ trompettes d'un régiment de cavalerie de garnison. On les habillerait de rouge, et ils su neraient du cor. Cette proposition fut acclame

M. de Bergerac, en quittant la salle, salua a^ froideur M. de La Musardière. 11 apparut al nettement que le choix du daim était une prott tation déguisée contre la politique ministériel

— Monsieur l'abbé, disait, le lendemai le comte à M. l'abbé Picquenet, j'ai compr que le gouvernement a de nombreux adv{saires. Les élections ménageront des surprise Ces réunions permettent le rapprochement in: tendu de gens qui s'imaginent souvent ti' éloignés par les opinions. Il est bien certv, qu'hier nos amis ont tous voté pour le daim, " ils étaient les plus nombreux.

^'étaient deux vieux daims, nés de parents

otifs depuis plusieurs générations. Ils n'a-

\ ent jamais dépassé la pelouse où ils étaient

r ;, et où ils vivaient prisonniers, pour le plaisir

\ familles. Quelquefois, des enfants leur je-

înt des pierres, afin de les voir bondir à la

ûière des bêtes sauvag-es. Des promeneurs,

a qu'à les regarder, prenaient le désir des

rages. Accroupis sur un lit de foin et de

ion, ils considéraient les verdures lointaines

inaccessibles. Quelquefois, ils se dressaient

itre les grilles, sur leurs pattes nerveuses et

st, flairaient, puis revenaient se coucher en

id, ou bien, avant de s'étendre, ils galopaient

our de leur prison et broutaient le gazon

nigre et rare.

Jn jour, une pancarte blanche, accrochée aux

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grilles, annonça en lettres noires qu'ils étaient vendre.

Ce fut alors que M. de La Musardière < Crottet allèrent à Lyon pour s'en rendre acqm reurs. Avant de les acheter, le comte demand au gardien s'ils étaient méchants.

— Je ne les connais pas, répondit l'homme mais il en est de dangereux qui foncent sur h chasseurs.

— Diable I fit M. Crottet.

— Vous le voyez, s'écria héroïquemei M. de La Musardière, nous pouvons avoir ur chasse mouvementée. Je le savais, en propc sant le daim. C'est d'ailleurs une bête ph aristocratique que le chevreuil; aujourd'hui, chevreuil est servi sur toutes les tables. Net] chasse, je vous assure, sera belle. Quoi de pli beau qu'une chasse? On est grisé par l'odei de la poudre, l'air vif du matin, les sonneriesd( trompes. Tout cela est magnifique, monsieu

— Notre chasse sera belle, grâce à vou monsieur le comte, répondit M. Crottet. 1 c'est là, ajouta-t-il plus bas, ce qui rendra f» rieux nos adversaires.

LES SOUTIENS DE l'oRDRE iSq

— Certains, cependant, diront encore, reprit . de La Musardière, que les conservateurs mpromettent le succès de toutes les entreises dont ils se mêlent, tandis qu'on ne peut en faire sans nous. N'est-ce point nous, encore, li donnons de l'argent aux élections, quand il igh de lutter contre les candidats anarchistes, 1 qui ne valent guère mieux ?

— Evidemment, s écria M. Crottet, que les aintes de M. de La Musardière flattaient.

M. Crottet était le notaire de l'aristocratie de ince et des environs. Il avait de l'élégance et is manières de bonne compagnie.

— Je suis d'une vieille famille de robe, disaitvolontiers.

A la vérité, la tradition orale rapportait que le and-père de M. Crottet était commissaire de

Convention à Vince et avait autrefois fait .)uper la tête des grands-parents de ceux ■/ec qui son petit-fils entrait en coquetterie. La irtie des bois de Beauséjour qui appartenait 1 notaire provenait, disait-on, des biens natioaux. Mais sa fortune effaçait ces souvenirs, et était uni à ceux que son ancêtre avait pillés.

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par le souci de conserver leurs dépouilles, La chasse partit de Vince au lever du soleil M. de Berg^erac s'abstint d'y venir, ainsi que 1^ procureur, M. Demort. Les chasseurs étaient ai nombre d'une centaine. La plupart portaieni des g'uêtres de cuir, qui emprisonnaient leun jambes, et atteiçrnaient leurs g-enoux. Des provisions de munitions charg-eaient leurs ceintures Il en était dont le chapeau s'ornait d'une plume, ce qui leur donnait un air chevaleref^quo Des commerçants y coudoyaient des industriels des officiers en civil, des hobereaux, mais M. cl( Larmance ne s'y trouvait point, n'étant paf encore revenu de son voyag-e de noces, qu'i prolongeait.

Au départ de Vince, les cors jouèrent. Le^ sonneurs précédaient les voitures où les chas seurs s'entassaient. La matinée était humide e froide. Une brume glacée s'élevait, et les champ; apparaissaient étincelants de givre.

Malgré les appels des cors, lâchasse traversr Vince sans éveiller ni curiosité ni émotion, . cause de l'heure matinale. Il n'en fut pas ai même à Beauséjour, où elle était attendue comme

a événement. Elle entra, précédée par les gains du village. Les habitants, pour la plupart, (^gardaient passer les chasseurs avec ce cerin respect qu'inspirent aux esprits simples les ;ns fortunés.

Le menuisier Gharlou, qui, les poings sur les inches, considérait le cortège en souriant narloisement, interpella le buraliste Piédaloup.

— Alors, lui dit-iL les bourgeois s'en vont me aujourd'hui tirer le lapin ?

Ces paroles froissèrent Piédaloup; il se consilait comme un bourgeois. Il répondit :

— Je ne m'en plains pas, je vendrai, ce ma- I, du scaferlati supérieur. Et puis, ce n'est s pour chasser le lapin, qu'ils sont venus, lis pour chasser le cerf.

— Le cerf 1 s'écria Gharlou ; ben, moi! ça ne en impose pas qu'ils chassent le cerf. Mais je savais pas qu'il y eût de ces bêtes-là à Beau-

! our.

— Quand il n'y en a pas, on en achète, reprit : jrement Piédaloup.

— C'est donc des cerfs de ménagerie? Fal-

igS LES SOUTIENS DE L ORDRE

lait le dire ! Charlou s'en alla, en crachant ave( mépris.

Sève ne se montra pas ; il regarda le cor lège, caché derrière les rideaux de ses croisées Il ne voulait pas, disait-il, paraître se dérange pour de semblables plaisanteries, dignes d'u âge de barbarie. Il prétendait représenter à Beai séjour l'intelligence, la science et l'humanité.

M. de La Musardière, M. Crottet et leur domestiques étaient partis en avant, avec le cages qui contenaient les daims.

Peu à peu, la brume s'était dissipée ;un sole jaune d'automne perçait les nuages. Les cha; seurs s'essaimèrent derrière les arbres et h buissons, en silence. Gourdol, qui soufflait ( suait, avait apporté un pliant, pour se tenir sai fatigue à l'affût, assis, le fusil entre les jambe;

M. le comte de La Musardière fit à ses dôme tiques ses dernières recommandations. i^

— Prenez garde, leur dit il, quand vous rc drez la liberté à ces animaux ; il en est qui se méchants ; ils pourraient se retourner cont vous avec furie.

Une fanfare de cors éclata ; c'était le signa

LES SOUTIENS DE l'oRDRE IqS

•es têtes émergèrent des buissons, un frémissaient parcourut les crêtes. Les chiens aboyèrent; ne des cages venait d'être ouverte.

— Vous allez voir, avait dit M. de La Musarière à M. Crottet. Ce sera le cas de dire que nos luves vont filer comme des daims.

Ils virent alors un daim sortir, et regarder, amme étonné. Puis un frisson l'agita tout entier, t il partit en bondissant. Les cors sonnaient. ,es chiens hurlaient. Le daim, poursuivi, couait, afifolé. Bientôt ses pattes, engourdies par ne trop longue captivité, se fatiguèrent; il essaya e gravir l'un des talus du ravin ; l'abri d'un uisson, tout en haut, l'attirait. De la terre et es pierres glissèrent. Deux coups de feu éclaèrent. L'animal parut perdre pied, roula jus- [u'au fond, entraîné par un rocher, resta un noment accroupi, puis se releva. Il se tenait ur trois pattes, tout gémissant; un peu d'écume ;oulait de sa gueule, et il regardait devant lui, louloureusement. Alors, M. de La Musardière ;e glissa tout près, et tira presque à bout porant ; la bête bondit deux fois, puis s'affaissa ourdement.

M. de La Musardtère, tout heureux, se dressa. Des chasseurs, de divers côtés, rimitèrent. Très gravement, il coupa le pied du daim mort.

— Ce soir, dit-il, je Toffrirai à M™^ de La Musardière.

Et Tautre daim? Les chasseurs réclamaient le second daim.

Celui-ci se montrait récalcitrant. A peine venait-il de sortir de sa caçe qu'aussitôt il y rentrait, pour s'y blottir, comme autrefois, au ja^ din d'acclimatation, quand les enfants lu ij et tiewl des pierres. Plus les cors sonnaient, plus les chiens aboyaient, et plus il se cachait, tremblant.

Le comte proposa qu'on le laissât. Il jugeait cet incident ridicule. La bête servirait pour uni | autre chasse ; d'ici là, elle apprendrait la prati- ' que de la liberté.

M. Crottet prétendit qu'il en est des daims comme des chevaux; il y en a de vicieux.

M. de La Musardière se rendit compte que reffet qu'il pensait produire avec cette chasse était compromis. La plupart des chasseurs se montraient mécontents de s'être gelés en vain

LES SOUTIENS DE l'oRDRE IqS

ar ce matin glacé d'automne. Certains même jg-eaient déjà qu'une chasse au chevreuil aurait té bien plus intéressante. Quelques-uns se disersèrent dans les bois; mais les aboiements es chiens, les appels des cors avaient fait un ;1 tapage que, maintenant, plus un lapin ni un iseau ne se montraient.

M. de La Musardière, cependant, fut d'avis Lie les chasseurs fissent une entrée solennelle

Beauséjour.

Deux gardes ouvrirent la marche. Ensuite, inrentles sonneurs décor. Le daim était porté ir un brancard, par quatre domestiques en livrée; les meutes et les chasseurs suivaient.

'I.de La Musardière marchait d'un pas triomî. Les sonneries des cors exaltaient son lousiasme. A un moment, il prit le bras de i. de La Goize.

— Mon cher baron, lui dit-il, on se croirait 1 monarchie.

Si M. le comte de La iMusardière s'offrit la joie d^ine telle illusion, le troisième dimanche de novembre, quelle dut être sa déception le dimanche suivant! Ce jour-là, Rasclard et Grataloup vinrent donner une conférence au village. Ils l'annoncèrent par des affiches roug^es. Ils devaient parler « de la République sociale, et du prolétariat des campagnes ».

M. l'abbé Picquenet s'en émut. 11 se rendit à Vince, pour en entretenir M. de La Musardière. Celui-ci lui conseilla un silence hautain, en présence des provocations qui pourraient venir de si bas.

L'abbé Picquenet écrivit à M. Larrivet. Il avait admiré, en des circonstances diverses, ses raisonnements sains et ses idées fortes. Il fau-

lait. disait le curé, pour répondre, dimanche, ;:es anarchistes, quelque contradicteur vi^ouax, à la pensée nourrie de la moelle scolastie. M. Larrivet déclara qu'il irait réfuter les phismes de Rasclard et Grataloup; les pru- ( nées politiques ne Tarrêteraient pas. M. Picenet admira cette décision; elle témoignait, nsait-il, d'une âme généreuse, en des temps elles sont rares. Il regrettait que tous les tholiques n'eussent pas le même courage. Binet n'osa pas refuser aux socialistes la salle î la mairie. Il la fit accorder par son adjoint, ordinaire, il évitait ainsi de se compromettre i ne mécontentant jamais un parti, quel qu'il t. Les organisateurs espéraient un nombreux iblic. Comme c'était un dimanche, des ouvriers nrent de Portes, distant de six kilomètres, et i existaient des papeteries. Au fond de la salle, :ie estrade fut dressée, avec des planches pores par des tonneaux. Les murs étaient ornés 3 cartouches aux armes de la République, et, 8 distance en distance, il y avait des trophées e drapeaux. Vers deux heures et demie, des roupes commencèrent de se diriger du côté de

igS LES SOÏITIENS DE l'orDRE

la réunion. Ils arrivaient des cafés en discutant les filles, qui allaient bras dessus, bras dessous les suivaient jusqu'à la porte, puis s'arrêtaient et riaient, sans oser entrer. Les derniers coup, des vèprestintèrent ; des chiens se poursuivaicn sur la place en »-ambadant. Il faisait un après midi gris et monotone. M. Larrivet et M. di Rosset sortirent de la cure, où ils avaient dr jeune. L'ancien avoué s'agitait pour dissimula son émotion.

— .le serai calme, disait-il, mais j'ai pens( qu'il convenait que j'allasse répondre. Nous autres, conservateurs, nous demeurons trop ch€2 nous; depuis long-temps, nous devrions aller ar peuple.

M. du Rosset le considéra avec admiralior et déclara :

— Malheureusement, ce n'est pas possibles tout le monde. Il faut tellement de conditions intellectuelles, morales et physiques. Ainsi, j< vous accompagne avec plaisir, et je vous admire, mais je ne possède pas les qualités qui conviennent pour porter la bonne parole ; mon tort a été de me spécialiser dans cette question des

LE SOUTIENS DE L ORDRE 1 Qg

mbres-poste. Et je sais que tous ces gens-là, iélas ! se désintéressent profondément de cette :ience dont l'étude peut plaire seulement à des sprits cultivés et délicats.

M. Larrivet posa la main sur l'épaule de son Dmpag-non ;

— Le moment est venu, M. du Rosset, où nous

(Cvons nous occuper des questions brûlantes et

pilleuses du temps présent.

Sur ces mots, ils entrèrent. Personnene fitd'a-

iord attention à eux. Trois heures avaient sonné

epuis longtemps, et, ni Rasclard, ni Grataloup

paraissaient. D'un bout à l'autre de la salle,

assistants, pour oublier qu'ils s'ennuyaient,

mçaient des quolibets. Quelques-uns étaient

^^ au théâtre à Vlnce. Ils se rappelaient

.ment les spectateurs du parterre manifes-

nt d'ordinaire leur impatience, et ils frap-

^nt de leurs pieds à terre, en cadence; alors,

autres les imitaient. Bientôt, du plancher

joint, monta une poussière acre. Un loustic

iiita le chant du coq. Sa plaisanterie obtint du

accès. Un autre lui répondit. Il y eut de gros

ires. Maintenant, certains s'efforçaient à beugler

d'autres, à braire. Un ancien zouave crut devoir faire le lion.

— Voilà cependant, observa M.Larrivet,ce que l'on appelle le peuple souverain.

Enfin, on entendit une voiture s'arrêter. Charlou parut sur l'estrade. II avait une ég^lantine à la boutonnière et semblait très ému. II fit signe qu'ils étaient arrivés. A l'entrée de Rasclard et de Grataloup, le tapaj^e se changea en applaudissements.

Rasclard était de taille moyenne. Il portait de longs cheveux, et la barbe taillée en pointe, pour se donner l'air artiste. Son regard avait le dépoli des flacons dont le verre cache le vide. Sur son veston, une large cravate se déployait. Jadis, il s'était essayé à la littérature. A cette époque, il chantait son âme ; il la comparait tour à tour à un jardin, à une infante, à une pre- ■ mière communiante et à une fille de joie. II disait ï volontiers qu'il enviait l'ignorance des nègres, " et travaillait à oublier ce qu'il savait, pour devenirplus personnel. Un jour, Rasclard avait pensé qu'il lui serait plus facile de faire l'éducation des foules quedes'efforcerdecontinuerla sienne:

[ résolut d'aller au peuple. A Vince, il s'était nsinué d'abord dans la politique locale, prési- !ait des réunions, dirigeait des élections. Il ccupait ainsi les loisirs que lui laissaient ses onctions dans les bureaux de l'octroi, où il vançait rapidement, car la préfecture et la maiie le jugeaient redoutable.

La personnalité de Grataloup était moins com ilexe. Celui-ci faisait, de la politique, toute sa irofession. Quand il n'organisait pas des camlagnes électorales, il gagnait chichement sa vie, n écrivant la chronique de la rue, dans un jourlal de défense républicaine, mais il inclinait vers 3 socialisme, car telle était l'orientation que taraissait prendre alors le gouvernement, et omme son esprit était monarchique, malgré (u'il s'en défendît, il avait en grand respect ce [u'il appelait les droits de l'Etat.

Gharlou expliqua tout d'abord qu'il fallait lommer un président. Le nom de Poudevigne ut prononcé, mais le boucher ne répondit pas. ^ette dérobade étonna. Poudevigne fuyait les nanifestations politiques, depuis que les cuisiles du château se servaient de nouveau chez lui.

En son absence, le nom de Gharlou fut acclamé. Il accepta en souriant. Maintenant, il fallait désigner deux assesseurs. Quelques voix crièrent le nom du cafetier Lombard et celui du serrurier Muzon. Plumier, qui cumulait à Beauséjour les fonctions d'écrivain public et de crieur, fut appelé comme secrétaire.

Tout de suite après avoir remercié lescitoyens,'é- Gharlou présenta les orateurs en termes enthousiastes, violents, et confus.

Il recommanda le silence pendant les discours. puis donna la parole à Grataloup. M. Larrivet, qui était décidé à répondre, s'était g-lissé jusqu'au bas de l'estrade, en compagnie de M. du Rosset. Il dressait sa haute taille, et attendait 1( moment favorable pour intervenir.

Un long silence s'établit peu à peu. Gratalouj se leva. Tout au début, il parla de la chasse au daim du dimanche précédent. Il protesta contre les distractions sanguinaires des riches, qui donnent la chasse aux bêtes, pour le plaisir cruel dr verser le sang^. Il accusa le clergé, les couvents et l'enseignement religieux, de causer les malheurs présents. Puis, il expliqua comment lui

it venue la foi socialiste. Ses phrases suient un balancement, toujours le même, que il geste et toute sa personne accompagnaient. Mii^temps,lui aussi, les raisonnements des ri- :!s Tavaient séduit. Autrefois il écoutait en iiriant les orateurs socialistes, puis, un jour, ; visitant les quartiers ouvriers dans les villes Listrielles du Nord, il s'était demandé pourpi il y a des citoyens riches tandis que d'autres lie sont pas. « Citoyens, s'écria-t-il, ayez la socialiste, et bientôt, il n*y aura plus ni riches )auvres. »

termina en criant : « Dans quelques mois, s voterez tous pour un socialiste! »

les paroles furent très applaudies . L'instituc Sève exultait.

In ouvrier de la papeterie de Portes se leva cria : « Le citoyen Grataloup se prétend ialiste; qu'il nous explique pourquoi il écrit s les journaux bourgeois ! »

)«s voix répondirent: « Parfaitement 1 » Alors italoup expliqua qu'il gagnait sa vie comme cuvait. Il n'écrivait que dans les journaux p^jblicains, mais quand viendrait le règne du

socialisme, il n'existerait que des journaux s cialistes.

L'assistance jug"ea cette réponse satisfaisant Rasclard se leva pour parler. Les murmure peu à peu, s'apaisèrent. Il avait une réputati( d'orateur. D'un geste large, il caressa sa che^ lure, puis il commença par annoncer la ven prochaine du paradis collectiviste.

— « Citoyennes et citoyens, dit-il, deux par se partagent de plus en plus le pays : le parti < passé, et celui de l'avenir. Citoyens, soyez a^ celui de l'avenir.

« Jusqu'à présent, citoyens, on vous a app à croire; nous apprendrons désormais à vost fants à savoir. Il est temps de disperser les £g\ tomes du passé, qui nous poursuivent comi des divinités malfaisantes, et d'aller vers^ lumière de la science. »

Sève applaudit, et s'écria :

— Torquemada ne doit pas être contenti

— Non, reprit Rasclard, Torquemada, 6 vivait, n'aimerait pas les socialistes. Mais q| dis-je, Torquemada ne vit-il pas? Ne répète-t pas sans cesse que, nous socialistes, nous VQ

as vous dépouiller de vos économies, de votre lite propriété ? Citoyens, les Torquemada d'auurd'hui mentent comme ceux d'hier.

iAlors, Lombard se pencha vers Plumier, qui ssait pour savant, à cause de sa profession îcrivain pubhc, et il lui dit à Toreille : « Oui st, Torquemada? C'est pourtant pas le curé, 'appelle Picquenet. »

Et Plumier lui répondit : « Je crois que c^est pape du temps de Charlemagne. » je serrurier Muzon murmura : « Il y a donc n long-temps que les pauvres gens sont malureux? »

— Non, citoyens, continuait Rasclard, les îialistes ne veulent pas vous dépouiller de vos tns. Le socialisme respectera votre propriété, fera seulement plus riches ceux qui sont pau- 58. Les socialistes veulent la terre à ceux qui

cultivent, la mine à ceux qui la creusent iir en extraire le charbon, Tusine aux travailrs. N'est-ce point juste?

Des voix crièrent : Si! Si!

— Je sais bien, continua-t-il,que les cléricaux as répondront : « Vous voulez donc le règne

de l'utopie? » Ciloyennes et citoyens! croye: moi; l'utopie d'aujourd'hui sera la réalité i demain. Ils vous diront encore : « Vous vouh la tyrannie de l'Etat ? » Répondez-leur : « Vou voudriez celle de l'Eglise ! » Citoyens ! L'Etat ( demain sera la Providence de demain. Cet Providence sera une divinité nouvelle qui s'aj pellera la Justice. Elle fera que chacun sera pa^ selon son travail. Ici, il y a des ouvriers d'iiiii qu'un métier rude épuise. Je sais bien ce qu'i auraient le droit de dire : « Gomment pourrai on nous payer selon notre travail, nous qui nous dans des ergastules, occupés à des vaux qui détruisent nos corps plus qu'ils"^) les font vivre? » Je leur répondrai : « C'est quoi il faut aimer la science; la science ai à votre délivrance. Nous avons déjà subjql| le tonnerre, qui foudroie vos bœufs, inced vos maisons quand ses boules de feu les visi Vos ancêtres pensaient que c'était une mar" festation diabolique. Maintenant, cette foud redoutable est mise en bouteilles comme le W{ Elle court le long d'innombrables fils; s'appelle l'électricité, éclaire les villes, tranami

)arole et récriture. Demain, elie mettra en avement vos charrues, vos batteuses; elle géra la tâche du mécanicien à Tusine. Il sufdéjà de presser un bouton, pour que des ns se mettent en marche. L'homme n'aura itôt qu'un geste à faire, et la nature lui ira. »

l'assemblée écoutait, immobile, tandis que le ', peu à peu, déclinait.

»uelqu'un s'écria : « Ce sera trop beau ! » ^asclard poursuivit : « Nous élèverons la Cité re, celle où il n'y aura plus ni patrons, ni riers, mais où le patron deviendra un ouvrier mi ses ouvriers; celle où il n'existera plus de ries, mais des hommes échangeantleurs biens; l n'y aura plus d'argent, car tout appartienà tous, puisque tout sera à l'Etat, qui incari la Justice ; où, puisque l'Etat étant tous, it ne sera plus rien ; où il n'y aura plus de rres, ni entre citoyens, ni entre nations, puises hommes, étant moins misérables, seront ns féroces, et aussi parce que nous serons ' du même avis.

Citoyennes et citoyens, bâtissons ensemble

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