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SCÈNE IX STENSGARD, HEIRE, M»* RUNDHOLMEN

hejre. — Ah! ah! Ça roule! ça roule ! Stensgard! Stensgard! Stensgard! Tout le monde vote pour vous. Vous devriez aussi voter pour lui, madame Rundholmen.

madame rundholmen. — Que dites-vous là! Réellement tout le monde vote pour lui?

hejre. — Tout le monde. M. Stensgard jouit de la •confiance publique. Le vieux Lundestadal'air d'un cornichon dans du sucre. C'est un vrai bonheur de voir ■cette agitation.

madame rundholmen. — Ce ne sera pas inutilement que vous l'aurez élu. Je ne puis pas voter; mais je puis signer.

(Elle sort.)

hejre. — Vous êtes le consolateur qu'il faut à une veuve, monsieur Stensgard. Savez-vous, vous devriez vous en tenir à celle-là. Vous seriez très bien casé, mon cher.

stensgard. — A Madame Rundholmen?

hejre. — Mais oui; c'est une maîtresse femme sous tous les rapports. Et puis elle sera le meilleur parti de

la ville dès que la ruine du propriétaire de Storli sera consommée.

stensgard. — Mais j'espère qu'il n'est rien arrivé de fâcheux à Storli ?

hejre. — Rien ? Vous avez la mémoire courte, très cher. N'est-il pas partout question de ruine et de banqueroute, et n'est-on pas venu chercher Monsen ici même ? Trois étrangers sont arrivés à Storli.

stensgard. — Des visites, je sais.

hejre. — Des visites qu'on n'avait pas réclamées, mon jeune ami. On parle tout bas de police et de créanciers furieux ; on a même fait, si vous voulez le savoir, certaines expertises. A ce propos, quel était ce papier que Monsen vous a remis hier?

stensgard. — Ah ! un papier quelconque ! Une expertise, dites-vous? Écoutez, connaissez-vous l'écriture du chambellan Bratsberg ?

hejre. — Hé! hé ! je crois...

stensgard. — Hé bien ! regardez ceci.

hejre. — Ceci, très cher, n'a jamais été la signature du chambellan.

stensgard. — Non ? Alors

hejre. — Cette lettre de change a été signée par Monsen ?

stensgard. — Non, par le jeune Bratsberg.

hejre. — Taratata! Montrez encore! (Il regardé). Vous pouvez allumer votre cigare avec.

stensgard. — Eh quoi! le nom du signataire aussi l

hejre. — C'est un faux, jeune homme, c'est un faux aussi vrai que je m'appelle Daniel. Il suffit de le regarder avec l'œil perspicace de la défiance.

l'union des» jeunes 269

stensgard. — Est-ce possible ? A coup sûr, Monsen ne voudrait pas

hejre. — Monsen ? Il ne comprend rien à ses affaires, encore moins comprend-t-il celles des autres. Mais il faut, monsieur Stensgard, que cela ait une fin ; il faut que la conscience publique reçoive satisfaction. Le plus drôle, c'est que Monsen entraîne dans sa culbute le jeune Bratsberg, et que Bratsberg, le commerçant, entraîne à son tour Bratsberg, le chambellan.

stensgard. — Oui, c'est ce que disait tout à l'heure

hejre. — Naturellement, les banqueroutes s'enchaînent les unes aux autres. Retenez bien ceci, car je suis prophète : Monsen ira au bagne, le jeune Bratsberg obtiendra un arrangement et le vieux Bratsberg sera mis en tutelle. Je veux dire par là que ses créanciers lui feront, sa vie durant, une pension de quelques milliers de thalers. Ça finit toujours ainsi, monsieur Stensgard, je suis fixé. Comme dit le proverbe latin : « Fiat jiistitia, pereat mundiis! » Traduction : « Quelle singulière justice règne dans ce monde corrompu 1 »

stensgard (très agité). — Deux chemins qui se ferment devant moi!

hejre. — Hein?

stensgard. — Et juste maintenant I... maintenant 1

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