‹ Les soutiens de la sociétéChapitre 21 sur 131 · SCÈNE PREMIÈRE BERNICK, M™ BERNICK · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE BERNICK, M™ BERNICK

madame bernick. — Te voilà déjà revenu, Richard?

bernick. — Oui, j'ai donné un rendez-vous ici.

madame bernick (s' esquivant.) — Ahl oui, Johann va venir.

bernick. — Sans doute (posant son chapeau sur la table). Où ces dames sont-elles aujourd'hui ?

madame bernick. — Madame Rummel et Hilda n'ont pas eu le temps.

bernick. — Ah 1 elles ont fait dire qu'elles ne pouraient venir ?

maI'^te bernick. — Oui ; elles avaient beaucoup à faire chez elles.

bernigk. —Je comprends, et, naturellement, les autres ne sont pas venues non plus ?

madame bernigk. — Alors, elles ont été empêchées.

bernigk. — Nous aurions pu prévoir cela. Où est Olaf?

madame bernigk. — Je lui ai permis de sortir un peu avec Dina.

bernigk. — Hum! Dina... Cette jeune fille est bien légère... Hier, elle a montré une familiarité avec Johann...

madame bernigk. — Mais, mon cher Richard, Dina ne sait rien.

bernick. — Non, Johann aurait dû avoir le tact de ne pas s'occuper d'elle. Si tu avais vu les yeux que roulait Wiegeland !

madame bernigk {posant sa couture sur ses genoux). — Richard, peux-tu t'imaginer enfin ce qu'ils viennent chercher ici, dans leur pays natal ?

bernigk. — Hum ! Ils ont une ferme là-bas qui marche assez mal. C'est même ainsi qu'ils expliquent la façon modeste dont ils ont voyagé.

madame bernigk. — En effet, ça doit être ça. Mais comment a-t-elle osé venir avec lui, elle 1 après votre terrible querelle...

bernigk. — Ahl c'est une vieille histoire, n'y pense plus.

madame bernigk. — Est ce que je puis penser à autre chose? C'est pourtant mon frère... Ce n'est pas à cause de lui... C'est à cause de tous les ennuis que tu en auras... Richard, je suis affreusement inquiète.

bernick. — Et pourquoi?

madame bernick. — Ne pourrait-on l'arrêter p. ur l'argent qu'il a volé à sa mère?

bernick. — Allons donc ! Quelle sottise ! Qui pourrait prouver que l'argent a été volé ?

madame bernick. — Mais, moii Dieu, toute la ville le sait. Toi même l'as dit...

bernick. — Pas du tout. Je n'ai rien dit. En ville on ne connaît de cette affaire que de vulgaires cancans.

madame bernick. — Que tu es noble, Richard !

bernick. — Laisse-moi tranquille avec cette histoire, te dis-je. Tu ne sais pas à quel point tu me fais mal en me la rappelant. (Il se promène de long en large et jette sa canne). Mais, par exemple, qu'ils aient choisi ce moment pour revenir, juste celui où j'avais le plus besoin de jouir d'une réputation irréprochable! Les journaux des villes voisines vont publier des corresoondances d'ici; et que j'y sois bien ou mal traité le résultat sera tout pareil; on fera des commentaires, on évoquera toutes ces vieilles histoires, comme tu le fais toi-même. Dans une société comme la nôtre... (Iljetto ses gants sur la table). Et dire qu'il n'y a pas un homme avec qui je puisse m'expliquer, chez qui je puisse chercher un appui !

madame bernick. — Personne, Richard ?

bernick. — Non. Qui? C'est juste maintenant qu'ils me tombent sur les bras I A coup sûr, d'une façon ou de l'autre, ils feront quelque scandale. Ah ! c'est un vrai malheur d'avoir des gens de cette espèce dans sa famille!

madame bernick. — Ce n'est pas ma faute si.».

bernick. — Qu'est-ce qui n'est pas de ta faute? D'être leur parente ? C'est très exact. Tu n'y peux rien.

madame bernick. — Et, certes, je ne les ai pas non plus priés de revenir.

bernick. — Voilà! Nous y arrivons! Je ne les ai pas priés de revenir. Je ne leur ai pas écrit. Ce n'est pas moi qui ai voulu leur retour ! Ah ! je sais toutes ces litanies par cœur.

madame bernick (se mettant à pleurer). — Mais aussi tu es si peu amical à mon égard!

bernick. — Bon ! C'est complet. Oui, pleure, afin que l'on puisse aussi jaser de cela!... Renonce donc à ces habitudes enfantines, Betty. Assieds-toi sur le perron; ici quelqu'un pourrait venir et si l'on apercevait madame Bernick avec des yeux tout rouges, ce serait du propre. Si les gens savaient que... J'entends du bruit. (On frappe). Entrez.

(Madame Bernick, emportant son ouvrage, descend le perron).

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