SCÈNE III M. BERNICK, M™ BERNICK, HILMAR
hilmar (sur V escalier du 'perron). — Bonjour, Betty 1 ionjour, Bernickl
madame bernick. — Bonjour!
hilmar. — Tiens, tu as pleuré I Alors tu sais aussi?
madame bernick. — Qu'est-ce que je sais ?
hilmar. — Que le scandale bat son plein. Oh ! oh!
bernick. Que dis-tu?
Hiï/LArc. — Oui, les deux Américains se sont promenés dans les rues de la ville avec Dina.
madame bernick (le suivant). — Hilmar, est-ce possible?
hilmar. — Hélas! oui! C'est la pure vérité. Lona a poussé l'inconvenance jusqu'à m'apostropher. Naturellement j'ai feint de ne pas entendre.
bernick. — Vraisemblablement cela n'a pas passé Inaperçu?
hilmar. — Tu peux bien penser. Les gens s'arrêtaient pour les regarder. La nouvelle de leur arrivée s'est répandue dans la ville comme une traînée de poudre- Dans toutes les maisons il y avait du monde aux fenêtres attendant que le cortège passât. Des têtes se cachaient derrière tous les rideaux. Oh I ol; ! excusemoi, Betty, si je raconte cela. Oh! oh! des scènes de ce genre m'énervent à un point!... Si cela continue, je serai obligé d'entreprendre un long voyage.
madame bernick. — Tu aurais dû lui parler, lui faire des observations.
hilmar. — En pleine rue? Tu dois comprendre... Lui, surtout, oser se montrer publiquement!... Allons voir si la Presse n'annonce pas qu'il est arrivé sur quelque s'ean:er à lui appartenant. Oui, excuse moi, Betty, mais...
bernich. — La Presse, dis-tu ? As-tu entendu faire des commentaires?
hilmar. — Oui, il y en dans l'air. Lorsque je vous ai quitté, hier soir, je suis allé au club soigner ma maladie. Au silence qui s'est fait à mon arrivée, j'ai compris que les deux Américains étaient sur le tapis. Puis, cet insolent Hammer, le journaliste, est entré et m'a félicité du retour de mon riche cousin.
bernigk. — Riche?
hilmar. — Oui, c'est-ce qu'il a dit. Je l'ai toisé comme il le méritait; et je lui ai donné à entendre que je ne savais rien delà fortune de M. Johann Tonnesen. En vérité, m'a- 1- il dit, c'est surprenant. En Amérique on réussit généralement quand on a quelques ressources pour commencer, et votre cousin n'est pas parti les mains vides.
bernigk. — Hum ! Fais-moi le plaisir...
madame bernigk (désolée). — Là, tu vois, Richard !...
Hilmar. — Quoi qu'il en soit, à cause de lui, j'ai passé une nuit sans sommeil. Et maintenant voilà qu'il se promène dans les rues, avec un visage aussi tranquille que s'il ne lui était jamais rien arrivé! Pourquoi ce cher parent n'a-t-il pas disparu tout à fait ? C'est incroya* ble comme certaines gens ont la vie durel
madame bernigk. — Mon Dieu, Hilmar, que dis-tu là?
hilmar. — Je ne dis rien. Il est sorti sain et sauf de toutes les catastrophes ; il a échappé à tous les ours de la Californie et à tous les Indiens pieds-noirs. On ne l'a pas même scalpé! Oh! oh! Aussi est-ce nous qui les possédons aujourd'hui.
bernigk (regardant dans la rue). — Olaf est-il aussi avec eux ?
hilmar. — Parbleu l Ils veulent rappeler aux gens
qu'ils appartiennent aux deux meilleures familles de la ville. Vois! vois! tous les flâneurs qui étaient dans la pharmacie s'approchent et" font leurs réflexions. Tout cela ne vaut rien pour mes nerfs. Gomment voulez-vous que, dans ces conditions, on porte haut et fier ce drapeau de la moralité que...
bernick. — Les voici qui viennent de ce côté. Écoute, Betty, je tiens beaucoup à ce que tu sois avec eux le plus aimable possible.
madame bernick. — Tu le permets, Richard?
bernick. — Oui, oui. Et toi aussi, Hilmar. Espérons qu'ils ne resteront pas longtemps ici. Pendant que nous sommes entre nous, écoutez... aucune allusion... nous ne devons les blesser en rien.
madame bernick. — Oh ! Richard l comme tu es généreux l
bernick — Bon! Bon! laisse cela!
madame bernick. — Non, je veux te remercier. Excusemoi d'avoir été aussi vive tout à l'heure. Toi seul aurais raison de...
bernick. — Bon! Bon! te dis-je.
hilmar. — Oh ! oh !