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SCÈNE II BERNIGK, KRAPP

erapp. (Il arrive par la droite.) — Avez-vous ur instant, monsieur le consul?

bernigk (jetant sa canne). — Oui; vous venez dr chantier?

krapp. — Directement. Hum!

BERNIGK. — Eh bien ! le Palmier avance-t-il?

krapp. — Le Palmier prendra la mer demain, mais..

bernigk. — L'Indian Girl aussi? Et je ne me serai? certes pas douté que cet entêté de...

krapp. — L'Indian Girl aussi pourra prendre la mei demain, seulement... elle n'ira pas loin, sûr?

bernigk. — Que dites-vous?

krapp. — Mille pardons, monsieur le consul, cettf porte est ouverte et je crois qu'il y a quelqu'un là.

bernigk. (Il ferme.) — Qu'y a-t-il donc que personne ne doive entendre?

krapp. — Il y a... il y a que le contre-maître du chan tier, Aune, a évidemment le projet de faire sombrei TIndian Girl avec sa cargaison et son équipage.

bernigk. — Mon Dieu, comment pouvez-vous croire cela?

LES SOUTINS LE LA SOCIÉTÉ o3

krapp. — Je ne puis pas m'expliquer autrement ce qui se...

bernick. — Racontez-moi en quelques mots.

krapp. — Voici. Vous savez vous-même comme le travail allait lentement sur le chantier depuis que l'on a confié les nouvelles machines à tous ces ouvriers sans expérience...

BERNIGK. — Oui, OUi.

krapp. — Aujourd'hui, en arrivant sur le chantier, j'ai remarqué avec surprise que les réparations du navire américain étaient très avancées. Le fond de cale, vous Bavez, qui était tout pourri...

bernigk. — Oui, oui, eh bien?

krapp. — Complètement réparé, en apparence, tout Tecouvert, comme neuf 1 Aune, paraît-il, a travaillé luimême toute la nuit, avec des lumières...

bernigk. — Bien, bien, et puis?

krapp. — Je suis descendu, j'ai examiné. Les ouvriers déjeunaient; j'ai pu visiter le navire de fond en comble, sans que l'on me remarquât. Je suis même parvenu au prix de grandes difficultés jusqu'à la cale et j'ai fait là, monsieur le consul, d'étranges constatations,

bernigk. — Je ne puis pas croire, monsieur Krapp ; je ne puis ni ne veux croire à rien de semblable de la part d'Aune.

krapp. — J'en suis désolé, mais c'est la vérité vraie. J'ai fait d'étranges constatations, vous dis-je. On n'a seulement pas posé de nouvelles solives, on s'est contenté de rejoindre et d'assujettir les planches. Un vrai travail de gâte-métier. Ubidian Girl, je le jure, n'ira pas jusqu'à New-York. Elle coulera comme du plomb.

ernigk. — C'est affreux ? Quelles ont été ses intentions d'après vous ?

krapp. — Il veut probablement jeter le discrédit sur les nouvelles machines et se venger du même coup ; il veut enfin que l'on reprenne les anciens ouvriers congédiés.

ernick. — Et pour cela il sacrifie la vie de plusieurs personnes...

krapp. — Oh! dernièrement, il a dit: « Les gens de YIndian Girl, ce ne sont pas des hommes» ce sont des brutes. »

bernigk. — Oui, oui, possible, mais l'énorme capital qui se perdra ?

krapp. — Aune n'aime pas les gros capitaux, mot $ieur le consul.

bernigk. — C'est vrai, c'est vrai ; c'est un révolutionnaire. Mais une chose aussi monstrueuse!... Écoutez, monsieur Krapp, il faudra examiner cela. Pas un mot à personne 1 Si les gens le savaient, on médirait de notre chantier.

krapp. — Oui, naturellement.

bernigk. — A midi, pendant le repos, faites une nouvelle inspection. Il faut que nous ayons une certitude absolue.

krapp. — J'irai, monsieur le consul; mais... permetez... quelles sont vos intentions?

bernigk. — Je le dénoncerai naturellement ; je ne veux pas que l'on m'accuse d'être le complice d'un tel crime. Je tiens à garder ma conscience pure. En outre, cela fera bonne impression dans la presse et surtout dans les cercles, quand on verra que je mets de côté toutes consi»

dérations personnelles pour laisser la justice suivre son cours.

krapp. — Très exact, monsieur le consul.

bernick. — Avant tout, examinez en conscience et n'en soufflez mot à personne.

krapp. — Je n'en ouvrirai pas la bouche et vous pouvez compter que je ferai une inspection consciencieuse.

(Il sort et traverse le jardin.)

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