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SCENE III Les Mêmes, HILMAR

(Hilmar Tonnesen entre, le cigare aux lèvres, par la porle de droite et s'arrête interdit.)

hilmar. — Oh! mille pardons I

(Il fait mine de se retirer.)

madame bernick. — Non, Hilmar, reste; tu ne nous déranges pas. Désires-tu quelque chose ?

hilmar.— Moi... je passais seulement. Bonjour, mesdames. (A Mme Bernick). Eh bien, comment cela va-t-il tourner ?

MADAME BERNICK. — Qlioi?

hilmar. — Bernick a convoqué une réunion.

madame bernick. — Vraiment? Et de quoi s'agit-il ?

hilmar. — Toujours de ces chemins de fer ; une duperie !

madame rummel. — Non, est-ce possible ?

madame bernick. — Ce pauvre Richard ! Il va donc avoir encore de nouveaux ennuis !

rorlund. — Mais comment est-ce possible, monsieur

Tonnesen? M. Bernick leur a fait clairement savoir, Tan dernier, qu'il n'en voulait pas de leur chemin de fer.

hilmar. — Oui, c'est vrai; mais Krapp vient de me raconter que cette histoire est revenue sur le tapis. En ce moment Bernick est en conférence avec trois financiers de la ville.

madame rummel. — Oui, il m'a semblé que j'avais entendu la voix de mon mari.

hilmar. — Naturellement .VI. Rummel est là, avec M. Sandstad et M. Michel Wiegeland, celui que Ton appelle ordinairement Saint- Michel.

rorlund. — Hum !

hilmar. — Je vous demande pardon, monsieur le vicaire.

madame bernick. — Nous étions si tranquilles !

hilmar. — Quant à moi je ne vois pas d'inconvénient à ce que l'on reprenne cette question des chemins de fer; ce sera, au moins, une distraction.

rorlund. — On se passerait bien des distractions de ce genre.

hilmar. — Ce dépend des caractères. Il y a des gens qui ont besoin cî se dépenser en des combats excitants. La vie d'une petite ville en offre rarement l'occasion; et il n'est pas donné à tout le monde... (Il feuillette le livre du vicaire.) « La femme servante dans la société. » Quelle est cette sottise?

madame bernick. — Mon Dieu, Hilmar, ne parle pas ainsi. Tu n'as certainement pas lu ce livre.

hilmar. — Non, grâce au Ciel!

madame bernick. — Tu n'es pas très bien portant aujourd'hui.

hilmar. — Non, en effet.

madame bernigk. — Tu n'as peut-être pas bien dormi, la nuit dernière.

hilmar. — Non, j'ai très mal dormi. Précisément à cause de ce malaise, j'ai fait hier soir une petite promenade; puis je suis allé au cercle où j'ai lu le récit d'un voyage au pôle nord. Je trouve que l'on puise du courage à suivre ainsi l'homme dans sa lutte contre les éléments.

madame rummel. — Gela vous a peut-être impressionné, monsieur Tonnesen.

hilmar. — Votre supposition est très juste, madame Rummel. Toute la nuit je me suis retourné de tous les côtés, dans une espèce de demi sommeil où je me voyais poursuivi par un horrible morse.

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