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MOUVEMENT NATIONALE

I n’y a pas de pays qui, sous le rapport de son étendue et du nombre de ses habitants, compte autant d'artistes et d’académies et où, par conséquent, l’art tienne une aussi large place qu’en Belgique. Ailleurs ce sont quelques villes seulement qui possèdent un certain privilége artistique, ici l’art s’est étendu sur le pays tout entier. La plus petite ville a son académie qui possède au moins les éléments nécessaires à un enseignement préparatoire. Les grandes cités sont pourvues d’établissements qui ont à leur tête des artistes de renom, et à côté des Académies de Bruxelles et d'Anvers, la Belgique compte encore une douzaine

COMMENCEMENT DE L'ART ACTUEL. 9 d’écoles d'art. C’est par cette propagation que la peinture est devenue en quelque sorte une industrie, et que les tableaux flamands forment un article important d'exportation.

Cette expansion de l’art a une cause politique. Après la révolution de 1830, la Belgique voulait démontrer sa raison d’être. Son industrie, certainement, est une des plus florissantes de l’Europe, et l'importance de sa Constitution libérale dépasse de beaucoup l’étendue de son territoire ; mais cela ne lui suflisait pas. Ces avantages se rencontrent un peu ailleurs, et ce qu’il lui fallait, c'était une spécialité. Elle tenait à mériter sa bonne fortune politique par quelque aptitude supérieure qui pût donner une physionomie à sa nationalité. Avec son instinct g'ermanique, qui s’agite sous l’enveloppe française, elle sentait que ce n’est qu’une victoire sur le champ de l’esprit qui constitue un véritable pouvoir, et que tout peuple qui ne remplit pas une mission intellectuelle n’a pas de frontières morales, et manque par conséquent d’une base solide pour ses frontières politiques. Elle s’empara donc de ce talent pictural, propre à la race flamande, et le développa avec un zèle tout patriotique. Gouvernement et peuple, communes et citoyens y donnaient la main; c'était la plus belle conspiration qui se füt jamais vue, et le peintre devenait en quelque sorte l’apôtre de la nationalité.

C’est donc du choc de la révolution que Part actuel

est sorti en Belgique. A l’essor de la période de la Renaissance avait succédé, ici comme partout ailleurs, un épuisement général et, après beaucoup de tiraillements, l’art flamand s'était effacé dans le mouvement artistique du premier empire. David s'était établi à Bruxelles, où il fonda une école. Les ennuyeux héros de théâtre sortis de cette école pour étaler leur pathos tragi-comique sur de grands tableaux historiques, firent donc aussi le bonheur de la Belgique jusqu’en 1830.

Après la révolution et pendant qu’en France le romantisme livrait un combat à mort au classicisme affaibli par l’âge, l’art flamand prit tout d’un coup son essor et secoua les liens de la tradition étrangère.

Ce fut Wappers qui indiqua la route nouvelle. Tandis que Navez, le directeur de l’Académie de Bruxelles, continuait la tradition classique de l’école de David, Wappers arrivait à l’exposition de Bruxelles de 1830 avec un tableau, /e Siége de Leyde, qui électrisait les esprits secoués déjà par la révolution. Cette peinture, par ses tendances modernes, faisait pâälir toute cette mythologie grecque et tout cet héroïsme romain, qui s'étaient donné rendez-vous au salon, comme d’habitude.

Wappers, en Belgique, imprima à la peinture un mouvement analogue à celui qu'en France Part avait reçu de Géricault et de Delacroix ; mais il manifesta beaucoup moins d'originalité que ceux-ci.

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