COMMENCEMENT DE L’ART ACTUEL
Pendant que Delacroix cherchait à développer sa personnalité, Wappers s’efforçait de renouer la tradition nationale ; il retourna aux artistes de la Renaissance en plaçant la jeune école sous l’égide de Rubens et de Van Dyck. Les anciens maîtres nationaux furent pour le mouvement nouveau un appui solide ; aussi, comme la peinture belge n’avait qu’à continuer une tradition, elle fut bientôt prête.
L'école française ne pouvait chercher des secours analogues dans son passé artistique, car Poussin et Lesueur avaient trop de parenté avec les classiques combattus, pour que la tendance nouvelle les püût accepter comme porte - étendards. Pendant qu’en France l’art se frayait péniblement son chemin et que le jeune réalisme romantique était obligé de se faire place en luttant sans cesse, la peinture flamande atteignait rapidement au plus haut degré de sa splendeur. A côté de Wappers, Braeckeleer avait suivi, non sans succès, l’ancienne voie des petits peintres hollandais, et De Keyser, De Biefve et surtout Gallait faisaient retentir au loin le nom de l’école belge.
Mais tout n’est pas or qui brille; et les nouveaux maîtres flamands ne sont pas exempts des faiblesses inhérentes à tout art qui suit de trop près une tradition. Gallait lui-même, qui à produit l’œuvre capitale de l’école — ?’Abdication de Charles V — ne montre pas une personnalité extrêmement prononcée. Siles Belges devançaient donc les Français, était aux dépens de
l'originalité, et le point de départ des deux écoles est, dans l’ensemble de leur travail, encore aujourd’hui très-visible.
La peinture flamande possède une technique complète, et plus d’un élève de l’Académie d'Anvers peint avec une sûreté et une dextérité que l’on chercherait vainement, non-seulement en Allemagne, mais chez une grande partie des artistes français. En y regardant de plus près cependant, on s’aperçoit que cette belle couleur est obtenue à trop bon marché, et que &est plutôt l’habileté apprise qui conduit le pinceau que le sentiment personnel. Comme la couleur et l'exécution, les sujets de la peinture flamande restaient également dans la tradition; c’étaient les éternels fumeurs, joueurs et buveurs, nulle part une idée ou un sentiment. Ceci s’est amélioré dans ces derniers temps ; mais il n’est pas rare qu’un tableau français, même à moitié réussi, offre par son originalité plus d'intérêt que ces habiles peintures flamandes, malgré leur aspect d'œuvre accomplie. lei l’école parle, et là individu.