‹ Les souvenirs d'un artisteChapitre 5 sur 46 · WAPPERS ET SES SUCCESSEURS · texte numérisé non relu

WAPPERS ET SES SUCCESSEURS

Ce qui frappe tout d’abord dans l’école belge, c’est l’habileté d'exécution, c’est un sentiment de la couleur, particulier à la race, et qui, pour manquer souvent de cachet individuel, témoigne du moins d’une bonne tradition ; c’est enfin une tendance moderne, qui s’éloigne de l'idéal académique pour se rapprocher dela réalité.

Ces qualités distinctives caractérisent en même temps Wappers, le promoteur du mouvement. Bientôt après le Siége de Leyde, cet artiste acheva son Épisode de la révolution de 1830, qu’on peut regarder comme son chef-d'œuvre. Ce groupe énorme, de grandeur naturelle, mais non pas de grandeur historique, ne brille

pas par la clarté de sa composition. On voit bien que l’auteur est brouilié avec le style académique ; aussine se fait-il pas faute d’en prendre le contre-pied et d’arranger un pêle-mêle vraiment révolutionnaire. Cependant ce grand tableau de genre ne manque pas de vie et d’entrain ; etil n’est pas fàcheux, après tout, qu’une peinture de révolution montre plus de verve que d’ordonnance. Mais ce qu’on doit surtout louer, c’est un beau coloris, d’une gamme nette et vigoureuse, relevant le caractère impétueux du sujet. Cette œuvre porte une empreinte plus marquée que tout ce que De Biefve et De Keyser ont produit depuis.

De Keyser, qui a succédé à Wappers dans la direction de l’Académie d'Anvers, suit d’assez près la tradition de l’école flamande. Son talent dénote une grande habileté de pinceau et des qualités de forme remarquables. Ses tableaux sont d’un extérieur agréable, mais comme la conception est sans force et l'exécution sans virilité, leur aspect offre toujours quelque chose de faible et d’efféminé.

Sa Bataille de Woeringen, qui fait le pendant de la scène de révolution de Wappers, est une bataille comme une autre, qui a son contingent de casques et de boucliers et qui ne manque ni d’hommes ni d’animaux. Il y a même un cheval blanc au milieu du tableau qui est une très-belle bête et qui se porte évidemment mieux que son cavalier; car toute cette gent batailleuse n’a ni vigueur, ni nerf, ni consis-

Page 1