‹ Les spadassins de l'opéraChapitre 15 sur 17 · XL · texte numérisé non relu

XL

Revenons, il en est temps, au marquis Gontran de Lacy, que nous avons laissé dans un état d’épouvantable prostration, après que Léona fut venue l’arracher à mademoiselle de Pons.

Un homme éprouvé par une violente secousse devient ' aussi faible qu’un enfant. La Florentine profita de ce

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morne abattement et de ce désespoir subit pour ramener Gontran à Paris et reprendre sur lui ce fatal ascendant qu’elle avait si longtemps exercé et auquel il devait tous les malheurs de sa vie. Pendant quelques jours, le marquis ressembla à ces insensés frappés d’une folie douce et qui se complaisent eu leur monomanie, sans s’inquiéter du mouvement et du bruit qui se font autour d’eux. Un moment tout entier à sa douleur et au souvenir de Marguerite, à jamais perdue pour lui, il éprouva ces accès de fièvre délirante auxquels il avait été en proie lors de l’abandon de Léona. Puis im peu de calme succéda à cette irritation désespérée, et alors il courba le front, en homme qui se résigne à subir un destin fatal.

Mais, dès ce jour, Léona lui devint odieuse. En vain lui prodigua-t-elle son amour, ses soins, ses caresses; en vain essaya-t-elle de ranimer en lui les cendres de cette passion qu’un jour elle avait allumée... Gontran détournait d’elle un regard chargé de mépris, et Léona rugissait comme une lionne frappée à mort. L’existence de ces deux êtres fatalement rivés à la même chaîne d’infamie était devenue intolérable pour tous deux, et ni l’un ni l’autre, cependant, n’avait le courage de s’y soustraire.

Telle était leur situation, lorsqu’un jour le colonel se présenta rue du Port-Mahon. Gontran était sorti, morne et sombre comme toujours, pour aller demander un peu de calme et de distraction au grand air des boulevards.' Léona l’attendait, le front nuageux, l’œil en courroux, dans cette attitude indignée de la femme qui voit fouler

aux pieds et dédaigner son amour. A la vue du colonel, elle laissa échapper un geste de colère.

— Ah! dit-elle, venez-vous me l’enlever encore?

Le colonel sourit et prit un siège.

— Non, dit-il, je viens vous donner le moyen de réchauffer sa passion.

— V ous !

— Moi.

Elle le regarda d’un oeil brillant de fièvre.

— Tenez, reprit-elle, si vous disiez vrai...

— Eh bien?...

> — Eh bien! je crois que je serais capable de tous les crimes.

— Bon !• dit insolemment le colonel, je le sais, et nous sommes faits, vous et moi, pour nous comprendre.

— Parlez, dit Léona, je vous écoute.

— Ma chère, fit le colonel, Gontran ne vous aime plus, et je ne sais qu’un moyen de rallumer l’amour éteint.

— Quel est-il ?

— La jalousie.

Léona regarda le colonel.

— Je ne comprends pas, répondit- elle.

— Eh bien! écoutez... vous comprendrez.

— L’amour, dit-il, a pour base l’égoïsme; et ce qu’il y a de bizarre, c’est que la cause, chez lui, survit à l’effet. On cesse d’aimer une femme, on l’enverrait au diable de bon cœur, mais on serait désolé de la rencontrer le lendemain au bras d’un autre.

— Je vous comprends, interrompit Léona, vous avez raison : si je me joue de Gontran, il m’aimera; si je l’abandonne, il fera des folies pour me reconquérir.

. — Précisément.

L’aventurière se dressa alors tout d’une pièce, s’approcha d’une psyché et se contempla de ce clair et sûr regard que se jettent les femmes, comme un général, au moment de livrer bataille, passe à la hâte une revue de ses troupes. Elle voulut se convaincre qu’elle était toujours belle. Puis ce sourire moqueur et blasé de la Léona d’autrefois, de l’intrigante sans âme et sans pudeur, ce sourire qui avait épouvanté Gontran, reparut tout à coup, et elle dit au colonel :

— En vérité, oui, j’étais folle! J’avais oublié que l’amour tuait l’amour et qu’on n’aime jamais à deux.

Alors il se fit en elle une réaction violente et complète ovi l’aventurière dépouilla jusqu’au dernier vestige de la femme aimante ; elle revit soudain et déroulés, ainsi qu’un panorama, les longs jours de douleur lentement écoulés pour elle' depuis qu’elle aimait Gontran; elle rougit et éprouva un profond mépris d’elle-mème en songeant à ses larmes, à ses angoisses, à ses accès de désespoir et de jalousie, et la femme froissée eut soif de vengeance... Elle aimait encore, elle aimait toujours Gontran; mais elle voulait changer de rôle, lui rendre torture pour torture, et faire de lui son esclave comme elle avait été la sienne.

Le colonel demeura ébloui et s’inclina devant ce génie du mal et de la corruption.

— Tenez, dit la Florentine après un silence pendant lequel elle échafauda un de ces drames sombres où la vie des hommes est comptée pour rien et dont certaines femmes possèdent le secret fatal, vous ne m’avez fait encore aucune confidence, mais je vous ai compris. J’ai le secret de votre association; Goutranme l’a laissé deviner; quelques mots qui vous ont échappé ont rendu ma conviction inébranlable. Je ne vous trahirai pas, car j’aime le mal, moi, comme un grand artiste aime l’art. Eli bien! je veux vous servir. Pour me reconquérir, Gontran s’est livré à vous pieds et poings liés. Je le croyais fort, il a été niais. Mon amour vient de mourir, et je le juge froidement désormais. Vous l’avez servi, maintenant il est votre esclave ; vous lui avez fait tuer un homme à Marseille, enlever une jeune fille en Nivernais.

— Ma petite, interrompit le colonel, vous êtes bien savante. Maintenant il faudra nous servir, car ceux qui savent mon secret sont à moi ou finissent mal.

— Je vous servirai; vous avez besoin maintenant d’un nouveau meurtre, il faut que Gontran fasse une nouvelle victime, et vous hésitez, car vous n’avez pas foi en lui.

— C’est vrai...

— Vous avez peur que l’épée ne tremble dans sa main, si vous l’y placez vous-mème, n’est-ce pas?

— C’est encore vrai.

— Bien, poursuivit Léona, mon intelligence me revient. Oui, vous avez raison, Gontran est las de la vie; il vous obéira, mais il se fera tuer.

— Je le crains.

— Tandis que, continua-t-elle, un cas fortuit, une circonstance qui paraisse étrangère à votre volonté et même à vos désirs place en face de lui la victime que vous avez, par avance, fatalement marquée au front; il suffira d'un “mot, d’un geste, d’une injure légère pour que le batailleur, allant au combat comme à une fête, se réveille en lui, et alors sa main ne tremblera pas, la pointe de son épée cherchera le cœur de son adversaire, et vous aurez votre holocauste. Ai-je dit vrai?

— Vous êtes une femme de génie, murmura le colonel avec admiration.

— Or, reprit-elle, la lèvre plissée par son sourire infernal, cette circonstance, c’est moi qui la ferai naitre ; cette victime dont aujourd’hui il ne soupçonne pas l’existence, c’est moi qui l’armerai contre elle en attisant sa jalousie ou tout au moins sa vanité.

— O génie du mal! tu es sublime! exclama le colonel avec enthousiasme.

— Merci, répliqua Léona,

Puis elle se regarda de nouveau dans la psyché.

— Je suis encore assez belle, dit-elle, pour qu’on se tue en mon honneur... Quel est le nom de la victime?

— Octave de Verne.

— Où demeure-t-il?

— Rue de la Victoire. Mais, ajouta le colonel, laissezmoi vous conduire.

— Soit! que dois-je faire?

— Quitter cette maison d'abord.

— Quand?

— A l’instant.

— Sans écrire à Gontran?

— Inutile. Dans trois jours tout Paris saura votre, aventure. Quand tout Paris la saura, Gontran finira bien par l’apprendre.

— Ti •ès-hien! je vous suis.

— Je vous ai loué rue de la Chaussée-d’Antiu un logement pour huit jours. Je vais vous y conduire. Ce soir vous viendrez à l'Opéra avec moi. Je vous montrerai M. de Verne. Venez.

Dix minutes plus tard, après avoir fait enlever à la hâte une partie de sa garde-robe, Léona s’échappa de la rue du Port-Mahon et alla s’installer rue de la Chausséed’Antin.

Lorsque Gontran rentra, il ne demanda pas même où était Léona. La soirée s’écoula, Léona ne parut point ni ce jour-là ni le lendemain matin.

— Je comprends, se dit Gontran avec insouciance, elle aura pris son parti. Notre existence était devenue un supplice. Elle a voulu s’y soustraire; elle a bien fait. C’est une délivrance.

La journée qui suivit pour lui la fuite de la Florentine parut à Gontran plus courte que les autres. Il sortit, monta à cheval, alla passer sa soirée au spectacle et ne rentra qu’à minuit.

Alors seulement, et obéissant à l’habitude, il demanda

à son valet de chambre s’il n’avait pas de nouvelles de Léona.

— Aucune, répondit le valet.

Léona avait emmené Justine, sa femme de chambre, et ni l une ni l’autre n’avaient fait la moindre confidence au valet.

Gontran se mit au lit et s’endormit rêvant de Marguerite de Pons.

Cependant, le lendemain, il éprouva comme un vide autour de lui. Il ne sortit point, la journée lui parut longue.

— Mais cette femme pour laquelle j’ai donné d’abord ma' fortune et sacrifié mon honneur ensuite, se dit-il, je la verrai passer dans huit jours au bras d’un nouvel adorateur auquel elle racontera mon histoire. J’ai été ridicule et sot !

Une fois entré dans ce courant d’idées, Gontran subit en sens inverse la même réaction qu’avait éprouvée Léona. Son mépris se changea en haine jalouse, et il rugit de fureur en songeant qu’un nouvel amour allait placer sur un piédestal cette créature dont il avait fait tour à tour son idole et son esclave.

Et l’homme abattu se dressa, son œil sans rayons lança ' des éclairs, une étincelle de ce génie du mal qu’il avait admiré en Léona se révéla en lui.

— Allons doncl se dit-il avec un amer sourire, un crime de plus ou de moins, qu’importe? Il y a longtemps que le marquis de Lacy, le loyal et le brave, a fait place

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à uu vil spadassin... courbaut le front sous le 1er rouge delà destinée.

Dès lors Gontran voulut, à tout prix, retiouver Léona, et il alla frapper à la porte du colonel.

— Mon ami, lui dit-il, je sers l’association, l’association doit me servir.

— C’est tout simple, répondit le colonel sans s’émouvoir, nous sommes à vous corps et âme, qu’exigez- vous?

— Je veux retrouver Léona.

— Léona! fit le colonel en feignant une surprise profonde, qu’est-elle donc devenue?

— Je l’ignore.

— Eh bien ! dans vingt-quatre heures, dit le colonel, en reconduisant M. de Lncy, vous saurez où est Léona.

Lorsque Gontran fut paiti, le colonel se laissa aller à une rêverie profonde. Il était alors presque nuit, le ciel était brumeux comme on le voit souvent à Paris. Cet homme au regard étincelant et profond, au front dégarni, dont le visag&vportait les stigmates ineffaçables d’une vie agitée par les passions les plus orageuses et abandonné au ver rongeur de l’ambition, se prit alors à arpenter cette pièce de long en large.

On eût dit, en ce moment, d’une de ces personnifications grandioses du mal qui ne reculent devant aucun obstacle pour arriver à leur but, — but éclatant ou ténébreux.

— Pauvre Léona! murmura-t-il. Elle est plus forte à elle seule que tous ces niais vulgaires que j’ai réunis en

faisceau. Moi seul suis fort, dans cette association qui est mon œuvre, et que je n’ai constituée qu’à mou profit.

Et il haussa les épaules avec dédain.

— Triples fous! mm mura-t-il, je vous ai tous servis, je vous servirai tous, et vous oublierez longtemps que vous êtes mes esclaves, mais l’heure du règlement de compte viendra et nous verrons alors qui de vous ou de moi aura été l’instrument. Vous m’appartenez par vos vices et par votre situation sociale, vous m’appartenez par vos crimes et aucun de vous ne saurait me trahir, tandis que moi... ohl moi! quand je voudrai, je romprai avec vous et j’irai demander à une autre patrie ce soleil de l’opulence, du bonheur même que nul ne me pourra disputer.

Il demeura silencieux un moment.

— Bizarrerie du destin! reprit-il, Satan lui-même en rirait, s’il savait que c’est pour faire riche un être que j’aime comme un père doit aimer son enfant, que j’entasse tous ces crimes et remue toute ces fanges.

A ces derniers mots, l’expression de cruauté sauvage qui dominait toutà l’heure la physionomie de cet homme disparut, une larme d’attendrissement roula dans les yeux de ce tigre.

— O mon fils! dit-il, mettant en ce seul mot la sensibilité et l’élan chaleureux d’un cœur de mère.

Mais ce ne fut qu’un éclair. Le père s’effaça, le bandit reparut, implacable et hautain.

— Pauvre Léoua, ricanait-il, quel dommage qu’elle ait mon secret. Ses vices me plaisaient, mais une femme

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comme elle est trop dangereuse quand on ne la tient par aucun lien. Amour, orgueil, terreur de la mort, effroi de l’opinion du monde, tout se brise en elle... elle ne craint rien. Ali! si elle était mère!... Mais elle ne l’est pas, et, ma foi! puisqu’elle a mon secret, autant vaut l’abandonner à sa destinée.

Ces derniers mots furent accompagnés d’un sourire qui était l’arrêt de mort de Léona la Florentine.

Arrêt sans appel, irrévocable comme le destin dont cet homme jouait le rôle.

Or, voici ce qui s’était passé le soir même de la fuite de Léona.

Eu quittant la rue du Port-Malion, la Florentine suivit le colonel qui la conduisit rue de la Chaussée-d’Antiu dans un joli appartement meublé avec goût, dont les fenêtres donnaient sur un vaste jardin, aujourd’hui disparu. Dans la cour, un coupé tout attelé était aux ordres de la jeune femme.

— Vous ne sortirez que le soir, lui dit le colonel, et eu voiture. Il ne faut pas vous exposer à être rencontrée par Gontran avant que notre comédie soit convenablement mise en répétition. Tout dépend de la mise en scène. Ce

soir, vous irez à l’Opnra et vous baisserez votre voile de façon à n’ètre vue de personne. La loge dont voici le coupon est une avant-scène du rez-de chaussée où vous serez peu exposée aux regards de la salle : celle de M. de Verne est située vis-à-vis.

— Très- bien ! dit Léona ; je crois deviner. Si la loge est vide, je resterai voilée, si elle s’emplit...

— Non, répliqua le colonel, c’est tout le contraire.

— Ab! charmant, je comprends... il saura que c’est moi...

— Précisément.

— Et sa curiosité sera éveillée?

— Vous devinez.

— Or, acheva la Florentine, de la curiosité à l’amour, de l’amour... à la folie...

— IL n’y a qu’un pas, interrompit le colonel.

Et il laissa Léona prendre possession de son nouveau logis, lui recommanda de se vêtir tout en noir pour l'Opéra. genre de toilette qui faisait valoir sa beauté merveilleuse, puis il alla rue de la Victoire.

M. de Verne avait fait une visite au colonel ; le colonel devait lui faire une visite. Rien n’était donc plus paturel que de le voir se présenter chez le jeune homme. 11 y avait alors un mois environ que M. de Verne était à Paris.

La veille, on le sait, il avait logé une balle dans la gorge du chevalier d’Asti, et lui-mème il avait en les côtes effleurées par celle de son adversaire, mais cette blessure était tellement légère qu’il avait jugé inutile de garder le

lit, et replié dans sa robe de chambre, coiffé d’une toque de velours, à demi couché sur une ottomane, dans son fumoir, il s’entretenait fort légèrement avec deux de ses nouveaux amis, lorsque le colonel entra.

— Pardieu! monsieur, lui dit-il, soyez le bienvenu et donnez-moi des nouvelles de M. Lemblin, si vous eu avez.

— J’en ai reçu ce matin, répondit le colonel : il est hors de danger, mais sa convalescence sera longue.

— Tant pis!

M. de Verne se tourna vers l’un de ses amis.

— Et l’autre? demanda-t-il.

— Ah ! dit celui-ci, la blesssure du chevalier est si grave que le médeciu ne répond de rien. La gorge est à jour.

— Sans doute un de vos amis qui aura été blessé? interrogea naïvement le colonel.

— Hélas ! non, monsieur. Ce n’est poiut un de mes amis, c’est un autre adversaire. J’ai la main malheureuse.

— Comment ! vous vous êtes battu de nouveau?

— Hier matin, au pré Catelan.

— Avec qui?

— Avec le’ chevalier d’Asti.

— Je ne le connais pas, dit le colonel, mais j’ai entendu souvent prononcer ce nom-là.

— Nous avons eu une querelle aux Italiens.

— Sans doute quelque misère?

— Oh 1 comme vous le dites.

— Alors, je devine; il était question d’une femme. Il y a une femme au fond de toute rencontre.

— Eh bien! non, vous vous trompez, colonel, le motif était plus futile encore : mes amis soutenaient qu’il me manquait une lionne et un duel au pistolet. Î1 fallait un certain temps pour trouver la première, mais un duel, c’est si facile... J’ai vu un monsieur qui me lorgnait, je lui ai demandé raison, et voilà.

— Monsieur, dit le colonel émerveillé, vous me rappelez le bon temps de 1813, où l’on se battait régulièrement trois fois par semaine de bonapartiste à royaliste. Et la lionne, l’avez- vous trouvée?

— Pas encore, mais je suis sur la voie...

— Ali ! fit naïvement le colonel.

— Connaissez-vous la Léona ?

— Je l’ai vue.

— Est-elle réellement aussi belle qu’on le dit?

— Merveilleusement belle, murmura le colonel avec admiration.

— Et intelligente?

— Comme un démon, mais...

' Le colonel s’arrêta.

— Ah! ditM. de Verne, que veut dire ce mais?

— La Léona n’est pas libre.

— Comment cela?

— Elle est aimée du marquis Gontran de Lacy, lequel a fait des folies pour elle.

— Trcs-bien! je la lui enlèverai.

— Cher monsieur, dit froidement le colore1, je connais un peu M. de Lacy ; il est homme à se faire tuer pour

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conserver une femme, même à laquelle 11 ne tiendrait plus,

— Onle.tuera, répliqua simplement M, de Verne.

Puis il ajouta :

— Où rencontre-t-on la Léoua?

— A l’Opéra, toqs les soirs.

— Seule?

-r Presque toujours.

— - Ce soir, j’irai à l’Opéra.

— Elle occupe ordinairement la dernière loge d’avantscène du côté droit.

— Ceci tombe à merveille, car j’ai fait louer pour mon compte, il y a huit jours une avant-scène du côté gauche, juste en face.

— Elle est toujours voilée, ajouta le colonel qui donnait ces détails avec la bonhomie d’un gazetier.

— Diable! et elle ne relève pas son voile?

— Jamais. M. de Lacy qui hait la musique et ne veut cependant pas la priver d’aller à l’Opéra, le lui défend, car il est jaloux comme un tigre.

— Eh bien! monsieur, dit M. de Verne avec le plus grand calme, je vous jure qu’elle l’ôtera pour moi.

M. de Verne causa quelques minutes encore de choses indifférentes, puis le colonel se retira et vola cheg Léoua pour lui donner de nouvelles instructions.

A huit heures précises, Octave de Verne entra à l’Opéra et s’installa dans sa loge avec les deux amis qui causaient avec lui lors de la visite du colonel. Son regard se porta

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